
Résumés
français des articles 2004-1991
Les nouveaux enfants de Dieu.
Conversions récentes en Amérique latine
Les territoires de chasse
algonquiens avant leur « découverte »?
Études et histoires sur la tenure, les incendies de forêts et la
sociabilité de la chasse
Harvey Feit
Cet article résume l'intérêt soutenu
de l'auteur concernant la possibilité que les territoires de chasse algonquiens
aient existé avant l'arrivée des Européens. Il est également une réplique aux
arguments récemment repris selon lesquels les territoires de chasse algonquiens
sont un phénomène qui a vu le jour après la période du commerce des fourrures.
Après avoir passé en revue les analyses ethnographiques soutenant l'hypothèse
que les territoires de chasse algonquiens existaient bien avant que les
Européens ne décrivent cette pratique dans leurs documents, l'auteur met aussi
à jour certaines des conclusions de ces ethnographies. Il remet en question les
récentes déclarations qui prétendent que la pratique des territoires de chasse
chez les peuples algonquiens ne pourrait avoir précédé la tutelle européenne.
L'article montre aussi que les processus sociaux et environnementaux créés par
la répétition de vastes incendies de forêts avant l'arrivée des Européens
auraient périodiquement créé des conditions qui, pour les algonquinistes,
semblent favorables au développement de territoires de chasse. Enfin, à partir
des études ethnographiques, ethnohistoriques et socioécologiques, une «
histoire » est proposée, qui explique comment les territoires de chasse ont pu
être créés, et recréés à maintes reprises -- sans jamais devenir l'unique forme
de tenure ou de pratique de chasse chez les Algonquiens du Nord - bien avant
que les Européens ne « découvrent » qu'il y avait des territoires de chasse au
xix e siècle.
Frontières et
territoires : mode de tenure des terres des Cris de l'Est dans la région
frontalière Québec/Ontario - I - Crise et effondrement
Colin Scott et James
Morrison
Cet article est le premier d'une
étude en deux parties sur la tenure des terres chez les Cris de l'Est dans la
région de la présente frontière Ontario/Québec. Cette première partie décrit le
système algonquien de tenure de terres et se concentre sur les circonstances,
survenues durant les deux premières décennies du vingtième siècle, qui ont
rendu ce système dysfonctionnel : la compétition par les trappeurs
non-autochtones rendue possible par le chemin de fer, ajoutée aux politiques
gouvernementales souvent hostiles aux intérêts des chasseurs autochtones. Ces
circonstances ont précipité un déclin rapide et sévère des populations de
castors et autres animaux à fine fourrure dès la fin des années 1920.
L'extension de la frontière provinciale vers le nord jusqu'à la baie James à la
fin du dix-neuvième siècle, et les processus menant au Traité dans la première
décennie du vingtième siècle, ont établi la fondation de l'attitude de rigidité
administrative des gouvernements dans leurs réponses à cette crise (qui seront
examinées plus amplement dans la seconde partie). Les relations entre les Cris
de l'Est et leurs voisins, les Cris de Moose et les Algonquins d'Abitibi,
étaient caractérisées par l'interpénétration des relations sociales et des
modes de tenure des terres, et par des identités flexibles et mouvantes qui
s'accordaient peu avec les idées européennes sur la résidence et l'appartenance
aux bandes.
Différentes perceptions du
paysage : changement et continuité chez les Micmacs
Anne-Christine Hornborg
Cet article porte sur la manière
dont les Micmacs ont lutté contre le projet d'une vaste carrière dans les
années 1990 sur l'île du Cap-Breton, Nouvelle-Écosse, en faisant
référence à leurs traditions et à leur héros culturel, Kluskap. Tout d'abord,
l'auteure explore la manière dont un chasseur micmac canadien et
pré-moderne interprète le monde, tel que décrit dans les
histoires traditionnelles qui ont été compilées de 1850 à 1923. Les prouesses
de Kluskap, ses interactions hors du commun avec les animaux, les hommes et
d'autres créatures permettent d'apprécier les cadres de référence terrestres et
organiques du chasseur micmac : sa familiarité, par-delà la communication
linguistique, avec l'expérience des bruits, des odeurs, des viscères et des os
des animaux, mais aussi sa sensibilité particulière aux paysages. Dans un
deuxième temps, l'article situe l'invocation du héros légendaire dans le
contexte des années 1990, au moment où la référence aux traditions micmaques et
aux prouesses de Kluskap a joué un rôle de premier plan dans le combat mené
contre l'implantation de la carrière de granit évoquée plus haut. Il s'agit ici
d'analyser la manière dont les Micmacs ont reconstruit leurs traditions et
leurs relations avec l'environnement au sein de la société contemporaine. Dans
ce processus, la vie quotidienne dans les réserves joue un rôle tout aussi
important que les questions et les groupes environnementaux, le pan-indianisme
et l'éducation.
Le sens du lieu et les
revendications territoriales contemporaines des Salishs de la Côte
Brian Thom
Cet article étudie la façon dont les
concepts théoriques du « lieu » peuvent être utiles pour mieux comprendre
les différences entre les perceptions des premières nations et celles des
Eurocanadiens en ce qui a trait au territoire. Ancré dans la tradition de
l'anthropologie phénoménologique, le concept de « lieu » est compris
comme un puissant point de rencontre de diverses expériences individuelles et
collectives, qui façonne et est lui-même façonné par la langue et la culture.
Cet essai explore de quelle façon les communautés salishs de la Côte ont
développé leur sens du lieu à travers trois exemples ethnographiques qui
tournent autour des pratiques discursives à propos de lieux qui sont importants
pour elles. Les récits se rapportant aux noms de lieux, à la mythologie, à
l'identité, aux frontières et à la propriété territoriale sont abordés ici dans
un contexte où une population salish tente de mettre un terme aux inégalités
sociales et politiques en négociant une revendication territoriale globale avec
les gouvernements du Canada et de la Colombie-Britannique. Pour cette
communauté, l'expression culturelle unique qu'est celle du « lieu »
constitue un outil précieux pour aider à amener des changements positifs dans
l'avenir.
« Des femmes et de la
territorialité » : Début d'un dialogue sur la nature sexuée des droits des
autochtones
Gerdine Van Woudenberg
Cet article, qui se situe dans
l'ensemble des discours sur les droits des autochtones, explore de façon
spécifique le sujet du rapport des femmes à la territorialité. En utilisant
comme étude de cas les cultures wabanakies de la côte Est, l'auteure réexamine
de manière critique les documents historiques pour analyser le rapport des
femmes au « lieu » à travers leur relation à leur environnement et elle étudie
comment le contexte de cette relation a été transformé par les processus de
colonisation. Puisque ce texte s'insère dans le large champ des discours sur
les droits autochtones, il soulève des questions importantes sur la position
des femmes autochtones dans les processus actuels de reconnaissance des droits
et des titres, non seulement comme participantes actuelles mais aussi comme
acteurs historiques.
Autre article
Politique des
représentations
Les représentations sociales
bureaucratiques et la politique de l'éducation indienne au Canada, 1828-1996
(I)
Michel Lavoie
Cet article montre comment les représentations
sociales élaborées par la bureaucratie des Affaires indiennes sont venues
modeler et légitimer à la fois l'idéologie d'intégration des Amérindiens à la
société canadienne, la politique éducationnelle qui la prolonge et le
système d'éducation qui en est l'agent de changement. La première partie de
l'article expose, d'une part, la stratégie anglaise qui visait à faire passer
les Amérindiens de l'état de sauvagerie à celui de sujets civilisés. Et même si
le coeur y était, la bureaucratie coloniale n'a jamais eu les moyens de ses
ambitions. D'autre part, cette première partie fait voir qu'en dépit de
nouvelles approches sur les plans des représentations et de la politique
éducationnelle, le méthodique système d'éducation mis sur pied par la bureaucratie
fédérale non seulement ne parvient pas à ses fins assimilatrices, mais
s'inscrit plutôt dans un système d'exception qui ne fait que confirmer la
distinction indienne à travers le pays. Le gouvernement fédéral, au sortir de
la Deuxième Guerre mondiale, ne peut que produire un constat d'échec et
apporter les ajustements qui s'imposent aux représentations sociales, à la
politique éducationnelle et au système d'éducation. Ce redéploiement fera
l'objet de la seconde partie de cet article.
Les nouveaux enfants de
Dieu. Conversions récentes en Amérique latine
Violence politique, exclusion ethnique et rituels dans les Églises
pentecôtistes guatémaltèques (1989-1994)
Manuela Cantón Delgado
Cet article présente d'abord
certaines pratiques de négation de la diversité ethnique, fondées sur un refus
conscient et organisé de la culture autochtone par des Églises pentecôtistes
guatémaltèques pendant les années 1990. Il analyse ces stratégies de
représentation, qui visent à stigmatiser tous les Mayas non convertis et à
légitimer leur domination politique tout en proposant leur exclusion
symbolique. En second lieu, il s'agira de voir, cependant, comment les exclus
sont des acteurs sociaux capables de mettre en marche des processus
d'appropriation et de médiation culturelle qui transforment en stratégies
utiles ces mêmes idéologies qui cherchaient leur exclusion.
Changements religieux et «
désethnification » : l'expansion protestante récente dans les Andes
centrales d'Argentine
Rita Laura Segato
Cet article tente de dégager les
multiples significations d'un processus de changement religieux qui implique
une partie considérable de la population autochtone colla de la région des
vallées profondes ( quebradas ) et du haut plateau ( puna )
de la province de Jujuy, au nord-ouest de l'Argentine. L'auteure expose les
rapports entre les aspects traditionnels de leur société et de leur vision du
monde et des éléments introduits par de nouvelles options religieuses. Malgré
la continuité qu'on peut observer entre certains éléments nouveaux et anciens,
l'ensemble du processus est défini surtout comme une tendance à la désethnification
, qui sera mieux comprise à la lumière de l'opposition entre groupe ethnique
et nation.
Nouveaux imaginaires et
conversions récentes au pentecôtisme chez les autochtones du Guerrero (Mexique)
Pierre Beaucage
Au cours des dernières décennies, on
a observé au Mexique un important mouvement de conversions d'autochtones à
diverses Églises protestantes, généralement de la mouvance pentecôtiste. Les
chercheurs ont interprété fort diversement cette tendance : certains y
voient une perte de l'identité amérindienne sous la pression de forces externes
(p. ex. Hvalkof et Aaby), d'autres, une redéfinition, voire un renforcement de
cette identité dans un contexte de modernité (Bastiat). Les données recueillies
dans la montaña du Guerrero (Mexique) suggèrent que la conversion est
l'une des options ouvertes dans un vaste processus de décomposition/recomposition
des identités autochtones dans la région.
Religiosité indigène et
identité ethnique : le pentecôtisme chez le peuple toba
Liliana Tamagno
L'objectif de cet article est de
montrer comment l'analyse de la religiosité indigène est essentielle pour
comprendre la présence des Tobas et leurs formes d'organisation dans les villes
d'Argentine. Les liens très forts qui subsistent entre les groupes de migrants
urbains et ceux qui résident encore dans leurs territoires traditionnels du Chaco
(au nord-est de l'Argentine) permettent d'affirmer l'existence d'un peuple
toba qui transcende la division ville-campagne. Or, l'Iglesia Evangélica Unida,
fondée au Chaco comme « Église toba », constitue une des formes
principales d'organisation qui tend à reproduire la dynamique sociale de ce
peuple. L'examen de la religiosité des Tobas des villes nous permettra
d'éclairer sous un jour nouveau les rapports entre la religion et
l'organisation sociale.
La « généraction » du mythe
de saint Juan Diego : réappropriation et transformation du mythe de la
Vierge de la Guadaloupe
Margarita Zires
En juillet 2002, Jean-Paul II vint à
Mexico canoniser Juan Diego, autochtone auquel serait apparue la Vierge de la
Guadeloupe en 1531. Il s'agit d'une des nombreuses réappropriations du mythe de
la Vierge, cette fois-ci un rituel médiatique typique du xxi e siècle, régi par
la logique du spectacle et des stratégies de mise en marché. Le mythe
d'apparition de la Vierge, un des mythes fondateurs de l'identité nationale
mexicaine, devient mythe de vie exemplaire. L'auteure examine comment les
règles de vraisemblance propres au genre narratif des « vies exemplaires »
viennent agir sur le mythe d'apparition. En effet, les règles de vraisemblance
de ces deux genres de narratifs religieux diffèrent. Notre hypothèse est que
les différentes versions existantes du mythe de Juan Diego reflètent des
conflits de pouvoir au sein de l'Église catholique ainsi qu'entre les diocèses
et même les paroisses.
Note de recherche
Premiers contacts entre
Ayorés et Blancs dans le Chaco paraguayen
Le point de vue des Amérindiens
Salvatore D'Onofrio
À partir de la notion
d'acculturation, dont il examine les implications surtout par rapport au
concept tylorien de culture, l'auteur présente des matériaux qui illustrent, du
point de vue des Indiens, les contacts entre les Ayorés du Chaco paraguayen et
les Blancs. Pour échapper à la vision presque mystique du « premier
contact », les matériaux choisis (récits de vie et de guerre, ainsi que
textes de visions chamaniques recueillis personnellement sur le terrain, images
d'archives) couvrent une période allant de la capture par les Paraguayens d'un
garçon ayoré d'environ 12 ans (José Ikebi), en 1953, jusqu'à l'arrivée des
derniers Ayorés dans la « civilisation des Blancs », il y a quelques
années. La réflexion sur ces matériaux conduit d'une part à une critique
radicale du concept d'acculturation, et surtout des positions d'Herskovitz, et
d'autre part à s'interroger non seulement sur l'existence d'un point de vue
différent eu égard à la réalité de la conquête, mais aussi sur le statut des
sources qui la représentent dans les approches historique et anthropologique.
Présences autochtone de
l’âge glaciaire à aujoud’hui
Des chasseurs de la fin de l'âge glaciaire dans la région du lac
Mégantic : découverte des premières pointes à cannelure au Québec
Claude Chapdelaine
Au cours de l'été 2003, les
premières pointes à cannelure furent trouvées au Québec sur un site
archéologique de la région du lac Mégantic. Ces découvertes, réalisées dans le
cadre de l'École de fouilles du département d'anthropologie de l'Université de
Montréal, nous incitent à reculer le peuplement du sud-est du Québec à plus de
10 000 ans avant aujourd'hui. Ces chasseurs de l'âge glaciaire exploitaient
probablement le caribou dans un milieu totalement différent de l'actuel. Après
une brève description du site et de son contexte écologique, l'auteur présente
la collection d'outils et sa signification chronologique. Il propose ensuite
quelques hypothèses sur le mode de vie de ces chasseurs, leur cycle annuel,
leur réseau d'acquisition des matériaux lithiques, ainsi que sur les
implications possibles de la découverte de ces pointes à cannelure sur le
peuplement du territoire québécois.
La disparition des Oumamiois et des Kichestigaux : une histoire cousue de fil blanc
José Mailhot
L'auteure reprend entièrement la
question des Oumamiois et des Kichestigaux , deux groupes
innus parmi d'autres dont l'historien Dawson (2001) a prétendu qu'ils étaient
disparus du territoire de la Traite de Tadoussac avant le milieu du xviii e
siècle. Adoptant une approche qui combine linguistique et histoire, elle
réexamine les textes historiques après avoir établi que les deux gentilés
d'origine innue référaient aux occupants de la rivière Sainte-Marguerite et de
la rivière Moisie. Elle démontre que ces deux groupes ne sont pas du tout
disparus mais qu'ils ont changé de nom au cours des siècles. Elle en conclut
que leur disparition est une histoire inventée par l'historien à des fins
idéologiques.
Les Amérindiens face à la
justice coloniale française dans le gouvernement de Québec, 1663-1759.
II - Eau de vie, traite des fourrures, endettement, affaires civiles.
Denys Delâge et Étienne Gilbert
Cet article, qui traite de la
présence d'Amérindiens devant les tribunaux du Gouvernement de Québec sous le
Régime français, paraît en deux parties dans deux numéros successifs de Recherches
amérindiennes au Québec . Dans une première partie publiée dans le numéro
XXXIII(3), les auteurs ont présenté les acteurs amérindiens et le contexte
historique, ainsi que les intentions françaises relatives au statut juridique
des Amérindiens ; six procès relatifs à des crimes capitaux ont ensuite été
analysés. La bibliographie relative aux deux parties de l'article est jointe à
cette première partie. La deuxième partie, publiée dans ce numéro-ci, traite de
la législation et des affaires judiciaires relatives à l'eau de vie, au
commerce des fourrures, à l'endettement et à diverses affaires civiles.
Médaille commémorative ou «
médaille de paix »: parure de traite ou gage d'alliance
Christian Roy
La mise au jour d'un cellier
abandonné vers la fin du xix e siècle sur le site de la première maison du
personnel de Fort-Témiscamingue, un poste de traite occupé dès la fin du Régime
français, a livré une vaste quantité d'artefacts, dont une étonnante médaille
commémorative à l'effigie de la reine Victoria. Au-delà de ses caractéristiques
et de son contexte historique, qui rappellent la visite officielle de la jeune
monarque britannique dans la cité de Londres, le 9 novembre 1837, la découverte
de cette pièce sert ici de prétexte pour revoir le rôle et l'importance des «
médailles de paix » dans les relations entre Amérindiens et Européens. À la
lumière des données recueillies, les recherches entreprises semblent démontrer
que la pièce découverte à Fort-Témiscamingue pourrait représenter une nouvelle
« médaille de paix ». Cadeaux ou gages d'amitié, les médailles remises aux
chefs amérindiens devenaient des objets de parure recherchés tout en acquérant
une nouvelle signification.
Le couple Nature/Culture
(encore!) : les femmes, l'Ours et le Serpent chez les Nahuas et les Mazatèques
Pierre Beaucage, Eckart Boege et Taller de Tradición Oral del CEPEC
L'opposition moderne Nature/Culture,
que l'on a prise à tort pour un universel, n'a pas d'équivalent exact dans de
nombreux systèmes de représentation du cosmos. À partir d'une analyse des catégories
animales autochtones et de mythes nahuas et mazatèques, les auteurs démontrent,
en premier lieu, que la nature y est vue comme participant, mais de façon
inégale, au monde surnaturel : certaines plantes (comme le maïs) et certains
animaux (monstres ou « animaux parfaits ») assurent cette continuité. En second
lieu, concernant les rapports nécessaires et dangereux des humains avec ce
monde naturel/surnaturel, ils sont bidirectionnels ; le comportement des
humains influence celui des êtres de la nature, d'une part, et les forces de la
nature contrôlent certaines actions humaines particulièrement importantes,
d'autre part. Ces rapports sont ici représentés comme des rapports de couple,
soit impossibles, quand la Nature est symbolisée comme force destructrice (Jean
Ours), soit délicats mais stables, quand elle apparaît comme puissance de
fécondité (le boa).
La marche politique chez les
autochtones du Guerrero : de l'échange de saints à la contestation
Martin Hébert
Depuis quelques décennies, les
autochtones du Mexique ont fait de la marche politique une stratégie politique
extra-institutionnelle de choix. À partir de données ethnographiques
recueillies dans l'État du Guerrero, le présent article montre des parallèles
importants entre ces marches et les échanges de pèlerinages religieux
intercommunautaires. Ces parallèles font de la marche politique une
mobilisation dont l'enjeu se situe souvent au-delà du simple exercice de
communication politique entre les acteurs autochtones et non autochtones. L'exemple
tiré de la communauté tlapanèque de Barranca Tigre démontre que les débats
ayant entouré l'organisation d'une marche vers la capitale de l'État en 2001
étaient doublement liés à l'imaginaire des pèlerinages religieux, d'une part
parce que la mobilité traditionnelle religieuse a servi de canevas de base pour
penser la marche politique et son potentiel instrumental et, d'autre
part parce que, comme toute mobilisation pèlerine qui sort du cycle rituel
établi, l'organisation d'une marche politique est l'occasion d'une évaluation
du devenir d'une communauté par ses habitants.
Expérience amérindienne des
parcs nationaux aux États-Unis : de la dépossession à la coopération
interculturelle
Raphaëlle Rolland
Aujourd'hui, lorsque les touristes
s'émerveillent devant la majesté des parcs nationaux américains, très peu
réalisent que les nations se sont vu interdire le droit de résidence et d'usage
de leur territoire ancestral. Pourtant, sur les trois cent soixante-sept unités
du National Park Service (NPS), en éliminant les monuments de la Guerre civile
ou les sites plus urbains, les quatre-vingt-cinq parcs restants se situent tous
à proximité, au sein ou autour de différentes réserves amérindiennes. Cet
article s'attache d'abord à resituer le contexte idéologique du double système,
mis en place à la fin du xix e siècle, de sanctuaires de nature sauvage et de
réserves amérindiennes. Il retrace ensuite les concessions récentes du NPS,
confronté à la souveraineté tribale et à la revitalisation des traditions
culturelles, dans lesquelles les environnements naturels reprennent tout leur
fondement identitaire. La situation navajo est plus particulièrement développée
: la réserve, entourée par vingt et un parcs, offre en effet un cas exemplaire
de la complexité des relations entre NPS et Amérindiens.
Notes de recherche
En hommage à René Ribes. Le
site archaïque de Sainte-Thècle
Norman Clermont
René Ribes (1920-1983) a été un
pionnier de l'archéologie québécoise. Ses contributions comme prospecteur de
site, comme expérimentateur, comme promoteur et comme organisateur en
archéologie mauricienne, ont été notables. Cet article veut lui rendre hommage
en présentant à la communauté une collection modeste mais suggestive qu'il
avait ramassée à Sainte-Thècle il y a maintenant plus de vingt-cinq ans.
L'Amérindien dans la
littérature descriptive canadienne-française, 1850-1900
Claude Gélinas
Si le traitement de la réalité
amérindienne par les historiens canadiens-français du xix e siècle est
aujourd'hui bien connu, il en va tout autrement en ce qui concerne le portrait
des Amérindiens qui a pu être véhiculé dans la littérature plus large, produite
par l'ensemble de la classe intellectuelle du Canada français de l'époque. En
ce sens, on peut se demander si cette littérature était nécessairement porteuse
des mêmes perceptions et représentations des Amérindiens que celle à proprement
parler « historique ». En s'appuyant sur une analyse sommaire d'un corpus
littéraire représentatif, cet article cherche à démontrer que la classe intellectuelle
canadienne-française de la seconde moitié du xix e siècle, à l'instar des
historiens mais par des voies parfois différentes, proposait une image bien
précise des Amérindiens, mais une image qui découlait davantage de
préoccupations identitaires et qui, somme toute, avait peu d'ancrage dans la
réalité.
Quand les autochtones
expriment leur dépossession. Arts, lettres, théâtre...
Représenter la dépossession des Cherokees
Arnold Krupat
Dans son oeuvre magistrale, De
la démocratie en Amérique, 1838-1839 , Alexis de Tocqueville, qui avait
anticipé les effets de la loi sur l'exil des Indiens de 1830, laquelle donnait
au président Andrew Jackson le droit « d'exproprier » les Indiens de l'Est vers
des terres situées à l'ouest du Mississippi, écrivait ceci : « On ne saurait
détruire les hommes en respectant mieux les lois de l'humanité ». L'année même
de la parution du livre de Tocqueville, les Cherokees de l'Est ont dû quitter
de force leurs foyers en Caroline du Nord et en Géorgie pour prendre le chemin
de l'exil et se rendre en territoire indien, aujourd'hui l'Oklahoma. Ayant
entrepris le voyage en pleine canicule et l'ayant poursuivi par les grands
froids d'hiver, environ quatre mille membres de la nation cherokee ont péri sur
les treize mille qui ont cheminé sur le sentier connu plus tard sous le nom de
« Sentier où ils ont pleuré » ou « Sentier des larmes ». Cet article examine le
travail de certains auteurs cherokees, Robert J. Conley, Glenn Twist, Wilma
Mankiller et, en particulier, Diane Glancy qui cherchent à représenter la
dépossession de leur peuple.
Jouer à l'Indien est une chose,
être un Amérindien en est une autre
Guy Sioui Durand
Il y a certes une histoire visuelle
de la dépossession des Amérindiens. Elle appartient à l'Autre : le conquérant,
le missionnaire, l'anthropologue, le photographe, le cinéaste, le
technobureaucrate. D'un côté, elle renforce l'image des Amérindiens confinés
dans des réserves et folklorisés, et de l'autre, avec la bénédiction de l'État,
elle contribue à la constitution de savoirs académiques, d'un patrimoine, d'une
culture du spectacle et d'un récréotourisme exotique. L'auteur s'intéresse ici
à la dynamique socio-artistique opposée, celle des résurgences par l'art, et il
endosse les visions des Tom Hill, Georges E. Sioui et Gerald McMaster d'une
autre histoire, amérindienne, de l'art amérindien. Il commente de manière
sociologique critique certains jalons de ce parcours socio-artistique. Quoique
remontant loin dans le passé, les pratiques, manifestations et circonstances
socio-artistiques abordées ont affaire avec les enjeux actuels de l'art.
Avoir et être dans Slash et Whispering in Shadows , de Jeannette Armstrong
Simone Pellerin
En littérature, la voix des
Amérindiens a souvent été étouffée par le poids des représentations allogènes.
Les auteurs autochtones ont toujours réagi contre ces portraits des dénommés «
Indiens », images élaborées par d'autres, diffusées à grande échelle, et vues
par le prisme des concepts propres aux cultures dominantes. Dans deux de ses
romans, publiés à quinze ans d'intervalle, Jeannette Armstrong (Okanagan,
Colombie-Britannique) reprend cette tâche devenue traditionnelle d'écrire pour
contrer les informations qu'elle estime erronées sur les autochtones
d'Amérique. Elle adopte des modes de représentation de la « réalité » vécue qui
s'adressent à la fois aux autochtones et aux autres. Il s'agit de s'opposer à
la dépossession matérielle et culturelle par la mise en oeuvre d'une
réappropriation de l'histoire, des coutumes et des valeurs autochtones. Ses
deux oeuvres, très différentes sur le plan de l'intrigue et de la forme, sont
pourtant profondément semblables en ce qu'elles expriment une volonté
indomptable de rendre leur dignité aux autochtones spoliés et en grande partie
déculturés.
Le voyage de Sonia Robertson : Un
territoire pour une histoire
Jacqueline Bouchard
Cet article retrace le parcours de
Sonia Robertson, une artiste multidisciplinaire innue dont la démarche, ici,
sert à illustrer et alimente le débat autour des questions d'appropriation ou
de dépossession culturelle. Cette autochtone, qui se définit d'abord comme une
artiste, réalise des oeuvres qui manifestent la culture de ses ancêtres tout en
utilisant une syntaxe propre à l'art actuel international. En suivant
l'évolution de son travail, nous voyons apparaître et se préciser cet aspect
transculturel de sa pratique où la thématique de l'arbre, notamment, tient une
place importante. S'agit-il ici d'acculturation ou de réappropriation
culturelles? Quel rôle déterminant et quelle valeur assigne-t-on ici aux
référents culturels? Comment interpréter l'art de Sonia Robertson, et sa percée
sur les scènes locale, nationale et internationale de l'art? Toutes ces interrogations
mettent en évidence les nouveaux enjeux de l'art autochtone, que l'on ne peut
plus réduire à des contextes discriminatoires. Au lieu d'un récit passéiste,
l'auteure s'inspire de l'art même de Sonia Robertson pour proposer une parole
structurante et thérapeutique, un récit de Soi ouvert sur un avenir déjà là et
une histoire de l'art autochtone bien vivante, inscrite dans l'histoire de
l'Art.
Kaion'ni, le wampum rompu :
De la rupture de la chaîne d'alliance ou « le grand inconscient résineux »
Yves Sioui Durand
Cet article est une réflexion sur
l'état actuel de la présence ou de l'absence des écrivains amérindiens et
inuits au Québec à travers une mise en parallèle avec le contexte du Canada
autochtone et plus largement du continent nord et sud-américain et de
l'ailleurs fabuleux du monde. L'auteur présente cette réflexion de façon
personnelle à travers sa propre expérience et son parcours d'artiste. Homme de
théâtre et homme de paroles avant tout, il crée des spectacles où le texte est
au service de la parole, de la voix. Culture orale oblige, le théâtre demeure
toujours un artisanat, un archaïsme incontournable, une sorte de chamanisme qui
tisse la rencontre et la confrontation nécessaire du je, du nous et du vous.
Selon lui, il y a beaucoup de subterfuges et de mensonges qui consacrent la
médiocrité de ce qui se fait pour et au nom des autochtones ou encore sur
ceux-ci. En fait, n'y aurait-il pas une dépossession de la littérature, une
mise à l'écart puisque certains privilégiés occupent tout le champ, tout le
vacuum? Toute écriture, tout texte sont-ils littérature ?
Les différentes réceptions
de l'art amérindien contemporain
Alice Cerdan
Cet article ne s'adresse pas aux
spécialistes en art et encore moins à ceux de l'art contemporain amérindien puisqu'il
postule que ces derniers ne sont que peu nombreux. Comme son titre l'annonce,
ce sont les différents modes de réception qui sont abordés. Découpés en trois
zones géographiques et linguistiques, une différenciation est faite entre le
monde anglophone (sous-entendu principalement nord-américain, y compris le
Québec anglophone), la France et le Québec francophone. Trois postulats sont
discutés, se rapportant à ces trois zones, dans l'ordre : la ghettoïsation, la
fascination et l'ignorance. Une tentative de définir l'art contemporain
amérindien est faite d'entrée de jeu, mais c'est sur les stéréotypes rattachés
au mot « indien » qu'un regard plus détaillé est posé. Le refus d'aborder le
travail des artistes d'un point de vue plus théorique et analytique s'accorde
avec ce qui découle des trois postulats : la situation de l'art contemporain
amérindien ne lui permet pas d'être regardée conformément aux travaux des
artistes car le monde (de l'art) occidental, lui, n'a pas encore dépassé un
certain nombre de stéréotypes.
Du grenier à la forêt : le
musée de l'immatériel
Sylvie Paré
L'auteure décrit une sorte de
parcours littéraire en quatre lieux propices à l'émotion. L'exploration de ces
derniers permis de découvrir les mécanismes cachés que sous-tend l'expression
de la dépossession. Plus tard ou trop tard, en perpétuel décalage, la
dépossession est perpétuellement une conséquence des grandes luttes historiques
et c'est souvent sur le plan personnel que les effets en sont les plus
dramatiques. On la ressent de génération en génération, elle refait toujours
surface, peu importe le temps écoulé. La dépossession nous guette et, tel
l'animal, nous sommes toujours aux aguets. Ce parcours non chronologique d'un
fragment de sa vie a révélé à l'auteure l'importance d'être en relation au
territoire et, par le fait même, aux dimensions matérielles et immatérielles
qui le composent. En parcourant ces lieux que sont le grenier, le chalet, le
musée de l'Immatériel, le lecteur prendra part à ce sentiment de perte et
comprendra comment il peut s'atténuer par l'acte de re-création du patrimoine
immatériel.
Les Amérindiens face à la
justice coloniale française dans le gouvernement de Québec
1663-1759 I - Les crimes capitaux et leurs châtiments
Denys Delâge et Étienne Gilbert
Cet article, qui traite de la
présence d'Amérindiens devant les tribunaux du Gouvernement de Québec sous le
Régime français, paraîtra en deux parties dans deux numéros successifs de Recherches
amérindiennes au Québec. Les auteurs présentent aujourd'hui les acteurs
amérindiens et le contexte historique, ainsi que les intentions françaises
relatives au statut juridique des Amérindiens. Six procès relatifs à des crimes
capitaux sont ensuite analysés. La bibliographie relative aux deux parties de
l'article est jointe à cette première partie. La deuxième partie traitera de la
législation et des affaires judiciaires relatives à l'eau de vie, au commerce
des fourrures, à l'endettement et à diverses affaires civiles.
Les Abénaquis au Québec :
des grands espaces aux luttes actuelles
La linguistique liturgique du père Aubery : aperçu ethnohistorique
Nicholas N. Smith et Alice Nash
Le père Joseph Aubery (1673-1756) a
passé presque cinquante ans à la mission abénaquise de Saint-François-de-Sales,
connue aujourd’hui sous le nom d’Odanak. Il a rédigé un important dictionnaire
manuscrit de la langue abénaquise, de même que d’autres écrits relatifs à la
religion catholique. Bien que ces manuscrits aient été rédigés dans un dialecte
abénaquis qui était déjà en voie de disparition du vivant d’Aubery, ils ont
néanmoins été largement utilisés durant près de deux siècles, et ce d’Odanak
jusqu’à la communauté malécite de Woodstock au Nouveau-Brunswick. Forcément,
cette situation, comme le montre le présent article, soulève des questions
importantes sur le contexte socioculturel qui a entouré la production, la
distribution et l’utilisation de ces écrits par les missionnaires et les
populations wabanakises, et suggère une remise en question de l’utilité du
terme « Abénaquis de l’Ouest » retenu par le Handbook of North American Indians
(vol. 15) pour la période d’avant 1800.
Le chef abénaquis
Nescambiouit et l’alliance franco-abénaquise
Sylvie Savoie
Le parcours du chef abénaquis
Nescambiouit (vers 1660-1727) personnifie admirablement les hauts et les bas de
l'alliance franco-abénaquise. Il participe activement à plusieurs expéditions
de guerre effectuées depuis le Massachusetts jusqu'à Terre-Neuve, où il se joint
aux troupes françaises afin d'expulser les Anglais. Par le traité d'Utrecht,
qui met fin à cette guerre, la France cède le territoire de ses alliés
abénaquis sans les consulter. Dans ce contexte, Nescambiouit s'installe à
l'ouest du lac Michigan chez les Renards (Outagamis) qui résistent aux
Français. Ses liens avec cette nation insoumise menacent l'alliance
franco-abénaquise. Les autorités françaises craignent que les Abénaquis des
missions d'Odanak et de Wôlinak suivent un chef respecté et que leur départ
affaiblisse la défense de la colonie française. Pendant cette période, les
archives coloniales abondent en témoignages confirmant la nécessité de
conserver l'amitié et le support des Abénaquis, dont celui du chef
Nescambiouit. Pour sa part, pendant cette période troublée, la nation
abénaquise tente de se maintenir grâce à l'alliance avec les Français.
La Mauricie des Abénaquis au
XIXe siècle
Claude Gélinas
À partir des archives de la Hudson’s
Bay Company et des notes de terrains d’A. Irving Hallowell, cet article décrit
les activités économiques des Abénaquis sur la rive nord du Saint-Laurent entre
1830 et 1900. Sur le plan historique, deux grandes périodes peuvent être
distinguées : de 1830 à la 1870, la présence des Abénaquis au nord du fleuve
aurait surtout été intrusive, dans la mesure où ces derniers empiétaient le
plus souvent, sans permission, sur les territoires de chasse des Algonquins et
des Atikamekw. Puis, à compter des années 1870, les Abénaquis auraient profité
du départ des Algonquins pour implanter à leur compte, au nord du fleuve un
système de territoires de chasse familiaux typiquement algonquiens, lequel
s’est effondré avec le déclin de la chasse à compter du XXe siècle. Les
rapports que les Abénaquis ont entretenus avec les Algonquins et les Atikamekw
offrent aussi matière à réflexion sur l’utilisation opportuniste du système de
droit occidental dans la gestion des conflits entre nations autochtones.
Crespieul, ancienne réserve
abénaquise (1851-1911)
Jacques Frenette
La loi de 1851 mettait de côté 230
000 acres de terre à l’intention des Indiens du Bas-Canada. Le décret du 9 août
1853 en organisait la distribution. Les Abénaquis de Saint-François (Odanak) et
de Bécancour (Wôlinak), de même que les Algonquins et les Têtes-de-Boule
fréquentant aussi le bassin de la rivière Saint-Maurice, recevaient 16 000
acres de terre à La Tuque. Pour les Abénaquis, le site était éloigné des
réserves de Saint-François et de Bécancour. Il était peu giboyeux et guère
boisé ; il se prêtait mal à l’agriculture. Les Abénaquis de Saint-François le
rejetèrent dès 1857. Ils auraient préféré une réserve près de la Matawin. Les
Abénaquis de Bécancour, consultés pour la première fois sur le sujet en 1889,
écartèrent aussi l’emplacement de La Tuque. Après bien des retournements, le
département des Affaires indiennes faisait arpenter la réserve de Crespieul, en
1894, seulement à l’intention des Abénaquis de Saint-François et de Bécancour.
La réserve était située encore plus au nord, à proximité du lac Saint-Jean.
Finalement, le 30 juin 1911, les Abénaquis de Saint-François et de Bécancour
qui avaient demandé au département des Affaires indiennes de considérer, selon
le scénario le plus avantageux, la vente des droits de coupe de bois et/ou la
vente de la réserve de Crespieul, virent ce même département céder le tout,
droits de coupe et réserve, pour le prix de l’évaluation du bois.
La nation abénaquise et la
question territoriale
Lucie Gill
Depuis 1995, les Abénaquis d’Odanak
et de Wôlinak ont entrepris des revendications territoriales. À ce jour, quatre
rapports ont été déposés au ministère des Affaires indiennes et du Nord Canada.
Cet article présente un bref historique entourant la création de chacune des
communautés abénaquises, un rappel des événements qui ont mené au morcellement
de leur patrimoine foncier ainsi qu’une mise à jour des développements
concernant chacun des dossiers.
Théophile Panadis
(1889-1966), un guide abénaquis
Alice Nash et Réjean Obomsawin
Parmi les gens d’Odanak Théophile
Panadis était connu comme « le conteur », alors que pour les anthropologues A.
Irving Hallowell et Gordon M. Day, qui ont travaillé à Odanak dans les années
1920 et 1950-1960 respectivement, il était un informateur de grande valeur.
Panadis était aussi un mari et un père, un artiste et un membre actif de sa
communauté qui voulait que les siens se souviennent de leur culture
traditionnelle. Pendant longtemps, il a gagné sa vie en travaillant comme guide
pour les chasseurs et pêcheurs sportifs non autochtones, en mettant à profit
les habiletés qu’il avait acquises de son père et d’autres vieux parents. Cet
article explore la vie et le savoir de Théophile Panadis à partir d’entrevues
avec des gens d’Odanak et de documents d’archives. Guide à plusieurs égards,
Panadis conduit quiconque veut bien le suivre sur un sentier bien documenté qui
mène à la langue, l’histoire, la culture et la cosmologie des Abénaquis.
Note de recherche
La « piste Bécancour » : des campements abénaquis dans l'arrière-pays
Gwen Barry
Dans le sillon des études sur l’histoire
sociale et la transhumance à l’échelle locale, cet article traite des
campements saisonniers des Abénaquis dans le comté de Mégantic, situé dans le
piémont des Appalaches, dans la portion nord-est et reculée des Cantons de
l’Est. Effectivement, un chemin, qui correspondait à la rivière Bécancour,
reliait sur une base saisonnière le comté au village abénaquis de Wôlinak.
Cette « piste abénaquise » a été utilisée depuis au moins la fin du
dix-huitième siècle jusqu’au mitan du dix-neuvième siècle. Les récits des
premiers colons venus dans la région nous renseignent sur les rapports qu’ils
entretenaient avec les Abénaquis et sur la situation de la communauté
abénaquise de Wôlinak à cette époque. Ils révèlent également l’existence peu
connue, et probablement antérieure au contact, d’un cimetière abénaquis dans le
comté. Cet article s’attarde aussi à l’attribution tardive d’une réserve au
petit lac Saint-François (1853-1882) et aux causes qui ont mené à sa cession.
Outre les récits de colons, les sources utilisées comprennent les annales du
comté, des entrevues et des données généalogiques sur les Abénaquis ainsi que
des registres cadastraux et paroissiaux.
Note de recherche
Les Abénaquis de Bécancour (Wôlinak) et les terres d'Arthabaska
(1829-1850)
Sylvie Savoie
En 1829, les Abénaquis de Wôlinak
envoyaient aux autorités coloniales une pétition « demandant des terres au sud
du fleuve ». Ils obtinrent la permission d'aller visiter et de choisir des
terrains « où il leur plairait [...] pourvû que les terres n'eussent pas été
promises à d'autres personnes ». Les Abénaquis, qui trouvent des terres
satisfaisantes dans le canton d'Arthabaska, poursuivent leurs démarches afin de
s'y installer. Leur requête, d'abord favorablement reçue, n'aura pas de suite
dans cette région.
La chasse au phoque, une activité
multimillénaire
Phoques et morses dans la préhistoire du littoral du golfe du Maine
Arthur Spiess
Le témoignage archéologique de la
pêche et de la chasse côtières des autochtones est principalement représenté
dans les amas coquilliers où la conservation des os est excellente. À cause de
l’affaissement et de l’érosion de la côte, ce témoignage ne couvre que les
périodes de l’Archaïque récent et Céramique (ou Sylvicole), c’est-à-dire les
derniers 5000 ans de la période préhistorique. Durant cette période, les
autochtones ont exploité au moins quatre espèces de pinnipèdes : le Phoque
commun, le Phoque gris, le Phoque du Groenland et le Morse. Cependant, les deux
derniers ne venaient que rarement dans la région. Cet article traite d’abord de
la nature de la conservation des os dans les sites côtiers et de la
différenciation entre les espèces de pinnipèdes, pour passer ensuite en revue
l’âge et l’identification culturelle des sites archéologiques qui ont fourni
des os de phoque ou de morse. Les sites Turner Farm et Goddard (Maine)
fournissent la plus grande partie des échantillons ostéologiques et permettent
la reconstitution de la chasse saisonnière. Ils nous montrent que la chasse au
phoque n’était pas une activité importante durant l’Archaïque récent, mais
qu’elle s’est intensifiée rapidement, en certains endroits, pendant la période
Céramique, pour devenir une importante activité annuelle juste avant le contact
avec les Européens.
L’importance du phoque dans
l’alimentation des populations sylvicoles de la région de Quoddy
(Nouveau-Brunswick)
David W. Black
Les assemblages fauniques et
d’autres données concernant la subsistance sur les sites archéologiques du
Sylvicole dans la région de Quoddy, au Nouveau-Bruswick, indiquent que les
populations autochtones pratiquaient un mode d’acquisition centré sur les
ressources de la zone littorale mais incluant également les ressources des eaux
côtières et les habitats terrestres et d’eau douce proches de la côte. La
chasse de deux espèces de phoque, le phoque commun (Phoca vitulina) et le
phoque gris (Halichoerus grypus), représente un volet important des différentes
stratégies d’acquisitions. Les populations autochtones chassaient les phoques
surtout dans la zone littorale, quand ceux-ci s’échouaient sur les crans
rocheux pendant les saisons de mise-bas, de reproduction et de mue :
printemps/été pour le phoque commun; janvier-mars et début du printemps pour le
phoque gris. Les phoques étaient probablement exploités pour leur huile, leur
viande et leur peau.
Les analyses d’isotopes stables de résidus carbonisés sur les tessons de
céramique indiquent que de la viande de phoque était cuite dans des récipients
de poterie. L’analyse d’isotopes stables sur des restes de chiens domestiques
suggère que, dans les analyses fauniques des sites côtiers de la région de
Quoddy, l’importance des ressources marines (tel le phoque) dans la diète des
populations préhistoriques est sous-estimée. À partir des données rassemblées
sur la zooarchéologie, le régime alimentaire et l’histoire culturelle, l’auteur
fait l’hypothèse que, dans la région de Quoddy, l’exploitation des ressources
maritimes, y compris celle des phoques, a culminé durant le Sylvicole moyen.
Préhistoire de la chasse au
phoque dans le détroit de Belle-Isle
Jean-Yves Pintal
Cet article évalue la place
spécifique occupée par la chasse au phoque dans les stratégies adaptatives des
peuples amérindiens qui ont fréquenté le territoire de la Basse-Côte-Nord
orientale, et plus spécifiquement la rive nord du détroit de Belle-Isle, avant
l’arrivée des Européens. L’analyse des restes fauniques indique clairement que
le phoque a de tout temps joué un rôle important dans l’alimentation des
Amérindiens qui ont fréquenté cette région. Toutefois, un examen plus précis
permet de faire ressortir certaines tendances chronologiques. En effet, les
données suggèrent que l’exploitation du loup-marin est importante au cours de
la période archaïque (8500-3500 ans AA), bien que cette chasse s’inscrive dans
le contexte d’une exploitation généralisée des gros mammifères marins et
terrestres. Par ailleurs, on note que l’exploitation du phoque s’intensifie
durant le post-Archaïque (3500 à 400 ans AA), pour atteindre un sommet au cours
de l’intervalle 1100-400 ap. J.-C. Parallèlement, les données relatives au mode
d’établissement indiquent le développement d’une forme de semi-nomadisme, un
développement qui semble avoir été rendu possible, entre autres, par la chasse
au phoque.
Les phocidés du secteur de
l'embouchure du Saguenay : modalités d'exploitation au Sylvicole supérieur
Michel Plourde et Christian Gates Saint-Pierre
Dans le secteur de l’embouchure du
Saguenay, la grande majorité des restes fauniques trouvés sur des composantes
archéologiques remontant au Sylvicole supérieur (1000-400 AA) ont été
identifiés comme appartenant au phoque. L’exploitation de ce mammifère marin,
qui remonterait à l’Archaïque ancien (8000 AA), aurait été pratiquée durant de
courtes périodes, à l’occasion des pics d’abondance du phoque du Groenland dans
la région. Il s’agirait d’une forme d’adaptation maritime à caractère
saisonnier qui n’aurait pas nécessité de technologie spécialisée.
L’exploitation du loup-marin
et son incidence sur l’occupation de la côte du fleuve Saint-Laurent par les
Montagnais de la Traite de Tadoussac au XVIIIe siècle
Daniel Castonguay
Les sources du XVIIIe siècle
contiennent de nombreuses informations touchant la chasse au loup-marin par les
Montagnais. À l’époque, les Français soulignent l’importance de l’activité en
distinguant, au sein de la population autochtone qui occupe le versant nord du
Saint-Laurent, deux grands sous-groupes appelés respectivement « Sauvages du
bord de la mer » et « Sauvages des terres ». Cette situation diffère de celle
qui peut être reconstituée à partir des sources du XVIIe siècle, qui font peu
référence à la chasse des mammifères marins par les Montagnais et n’associent
aucune population spécifiquement au milieu marin. La confrontation des
documents historiques indique que des changements importants se sont produits à
la fin du XVIIe siècle ou au début du XVIIIe : le développement de
l’exploitation commerciale du loup-marin et la diminution des orignaux amènent
une partie des Montagnais à chasser le phoque plus intensivement et à prolonger
leur occupation sur la frange côtière du fleuve Saint-Laurent.
La chasse au phoque par les
Innus d’Ekuanitshit (Mingan) de 1900 à 1950
Robert Comtois
La chasse au phoque est une des principales
occupations des chasseurs innus d’Ekuanitshit au retour de la chasse au castor
au printemps. En 1903 et les années suivantes, alors que la chasse au castor
est interdite, cette activité a probablement pris de l'importance en s’imposant
au printemps après la chasse à l'outarde. Sur le plan des revenus réalisables
pendant le séjour à la côte, elle a constitué une des deux options s'offrant
aux Innus pendant la séquence où la pêche à la morue a connu un certain attrait
pour les chasseurs. Par la suite, elle est devenue la seule activité
d'importance à ce chapitre. Les prochaines possibilités de revenus de la
communauté ne font leur apparition qu'au moment de l'établissement de la base
militaire américaine à Longue-Pointe-de-Mingan en 1942. Pendant la plus grande
partie de la période de 1900 à 1950, l'accomplissement de cette activité répond
à des besoins essentiels de la communauté innue grâce aux principaux produits
tirés du phoque, les peaux et l’huile, cette dernière étant essentielle à la
confection des chaussures utilisées l’automne, lors de la montée à l’intérieur
des terres, ainsi que l’hiver et le printemps lorsque la neige devient
mouillée.
La chasse au loup-marin à
Essipit et aux Escoumins
Paul Charest
La chasse au loup-marin – un vieux
terme français pour phoque – est encore pratiquée aujourd’hui par des Innus de
la petite réserve d’Essipit et leurs voisins allochtones des Escoumins. Les
deux communautés sont en quelque sorte les héritières d’une longue tradition
qui a été poursuivie à la période historique par des Amérindiens rattachés au
poste de traite de Tadoussac ayant chassé au poste de Bon-Désir jusqu’au milieu
du XIXe siècle. Dans la première moitié du XXe siècle, la façon de chasser le
loup-marin du Groenland avait encore très peu changé : elle était pratiquée par
une équipe de deux chasseurs utilisant un fusil et un harpon et se déplaçant en
canot au milieu des glaces flottantes, en hiver et au printemps. La peau et
l’huile tirée de la fonte du gras étaient commercialisées et la chair était
consommée et même appréciée par la grande majorité des membres de la
communauté. L’introduction de la chaloupe à moteur hors-bord au milieu des
années 1960 a rendu la chasse plus productive en termes de captures, mais le
boycott des produits du phoque aux États-Unis et dans les pays de l’Union
européenne dans les années 1970 sous la pression des groupements écologistes
antichasse a rendu cette activité économiquement très peu rentable, malgré le
fait que les chasseurs d’Essipit font partie, avec ceux de la communauté
euroquébécoise voisine, d’organisations (association de chasseurs,
coopératives) ayant contribué à une meilleure structuration de leurs activités
et à la mise en marché de produits plus diversifiés.
Note de recherche
La pétition montagnaise du 1er février 1843 :
chasse, pêche et agriculture à la Baie des Escoumins
Jacques Frenette
Lorsque la Hudson’s Bay Company
signa un nouveau contrat de location du Domaine des Postes du Roi le 27 juin
1842, elle ne conserva de ses anciens droits monopolistiques que le contrôle du
commerce avec les autochtones et des pêches au phoque. De son côté, la Couronne
se réservait le droit de mettre en valeur le territoire du Domaine au profit
des colons des régions voisines et des marchands de bois du Canada-Uni qui
désiraient le voir ouvrir depuis plusieurs années. Devant l’invasion annoncée
de leurs terres, les Montagnais ne tardèrent pas à réagir. Forts de l’appui
d’hommes d’affaires, de politiciens et de missionnaires de la région, ils se
mirent à envoyer des pétitions, le plus souvent au Gouverneur général, dans le
but de sensibiliser les autorités à leur situation. Une dizaine de ces
requêtes, s’échelonnant de 1844 à 1850, ont déjà été recensées, mais l’auteur
en présente ici une nouvelle. À partir de la littérature régionale et de
documents d’époque (i.e. récits d’exploration, recensements nominaux, registres
ecclésiastiques, rapports et plans d’arpentage), il précise l’identité des
signataires, leur lieu de résidence et le contenu de leurs demandes en regard
des changements rapides qui devaient se produire.
2002 (volume XXXII) n° 1
La rencontre des cultures :
Amérindiens, Français et Britanniques
L’art de la guerre sous le Régime
français : adaptation réciproque des Français et des Amérindiens
Martin Fournier
Cet article se fonde sur
l’expérience de vie des acteurs historiques pour analyser deux aspects
significatifs des relations franco-amérindiennes sous le Régime français. Les
alliances et les échanges entre autochtones et Français ont provoqué des
transformations des usages militaires chez les deux partenaires : les
autochtones ont rapidement adopté les armes européennes, et les Français ont
rapidement adopté les tactiques et les stratégies autochtones. Les faits sont
bien documentés, et cet article décrit tout particulièrement le pourquoi et le
comment des transformations qui sont survenues. Cette approche permet aussi de
résoudre en partie les débats entourant ces deux questions : l’introduction des
armes à feu a-t-elle bouleversé la géopolitique amérindienne dans la région du
Nord-Est? Par ailleurs, les tactiques et les stratégies difficilement
conciliables des combattants français, canadiens et autochtones ont-elles
affaibli, sur le terrain, les forces armées françaises pendant la guerre de
conquête? L’analyse des pratiques et des expériences guerrières de ces deux
groupes de combattants indique que des avantages tangibles, attestés au
quotidien dans leur vision du monde et dans leur mode de vie, représentaient
tant pour les autochtones que pour les Français la principale incitation au
changement et à l’adaptation dans le domaine militaire.
Archéologie d’une rencontre : Les
univers dualistes français et amérindiens dans l’Amérique septentrionale des
XVIIe et XVIIIe siècles
Marcel Moussette
L’adoption par les Amérindiens de
l’est de l’Amérique du Nord de l’ornementation florale ou végétale à partir du
style décoratif baroque ou rococo, et peut-être aussi du motif de la double
courbe, constitue un phénomène d’une grande importance, puisqu’elle marque la
rencontre de deux traditions, de deux univers mentaux : l’européen avec
l’esprit baroque et l’autochtone avec une forme d’expression qui trouve sa voie
dans une idéologie bipartite. Devant l’ampleur du phénomène, dont l’extension
s’est poursuivie sur un territoire immense en dépit des divisions entre
nations, de la côte Est jusqu’aux Rocheuses, l’auteur se demande si ce
métissage de motifs ornementaux ne devrait pas être compris comme un
renouvellement de la construction identitaire des Amérindiens à la suite de
leurs contacts avec les Français, ou, en posant la question de façon plus
générale : quelles seraient, dans les structures de l’univers mental des
Amérindiens en contact avec l’univers baroque de la Nouvelle-France, les
affinités profondes ou les conditions permettant l’expression de ce métissage?
Neutralité active des Iroquois
durant la guerre de la Succession d’Autriche, 1744-1748
Jon Parmenter
Cet article s’intéresse aux
différentes formes de neutralité que les peuples de la Confédération iroquoise
du nord-est de l’Amérique du Nord ont adoptées durant la guerre de la
Succession d’Autriche entre 1744 et 1748. À partir de sources françaises et
anglaises, l’article tend à démontrer comment les Iroquois ont utilisé une
diversité d’approches visant à protéger leurs intérêts supérieurs face à deux
puissances européennes rivales. Une attention particulière est portée au
soutien que les Iroquois domiciliés de Kahnawake et de Kanesatake ont apporté à
la stratégie neutraliste de la Confédération pendant toute la durée du conflit.
Les chefs des communautés domiciliées de la région de Montréal ont travaillé
étroitement avec ceux des territoires traditionnels de la région de New York
dans la conduite de pourparlers parallèles avec les autorités coloniales
françaises et anglaises et dans l’échange de renseignements stratégiques entre
les communautés. Ils ont été assistés dans ces activités par les commerçants et
commerçantes de fourrures iroquois qui voyageaient régulièrement entre Montréal
et Albany. Il en est résulté que l’ensemble des communautés iroquoises ont pu
harmoniser leurs actions avec une grande précision et protéger ainsi leur
statut neutraliste. En conclusion, l’article montre que l’adhésion continue des
Iroquois à une politique de neutralité durant la guerre de la Succession
d’Autriche a contribué à la fois à neutraliser les effets du conflit sur la
scène nord-américaine et à préserver un certain niveau d’influence politique
qu’ils n’auraient pu assurer par la force.
L'homme à chapeau, le
Grand-Esprit et l’Anichenabé : Ojibwas et Jésuites au Canada-Ouest, 1843-1852
Sylvie Dussault
Peu de recherches se sont
concentrées sur les missions jésuites après les XVIIe et XVIIIe
siècles. Pourtant, au début des années 1840, les jésuites, dans la tradition de
leurs prédécesseurs en Nouvelle-France, revinrent au Canada, spécialement au
Canada-Ouest, afin de convertir au catholicisme les Ojibwas traditionalistes et
protestants. À ce moment, certains groupes habitent déjà dans des réserves. À
la lumière de ce que les Lettres des nouvelles missions du Canada, 1843-1852 ont dévoilé, une analyse est faite des
arguments des Ojibwas traditionalistes contre le prosélytisme des jésuites et
parallèlement, des motivations de quelques-uns d’entre eux à épouser la
doctrine catholique.
Être catholique et devenir
Indienne : S’ur Cecilia, une femme odawaise
Susan Sleeper-Smith
Cet article traite du problème de
l’identité métisse au xixe siècle dans la région de l’Ouest des Grands Lacs, au
sud de la frontière canadienne, à l’époque où les États-Unis établissaient leur
souveraineté sur le territoire. Une élite métisse a émergé dans plusieurs
communautés vivant de la traite des fourrures comme celle de Michillimackinac
et a réussi à imposer des normes et des exclusions sociales qui
trouvaient écho chez les nouveaux arrivants américains. L’efficacité de
l’ostracisme social ainsi réservé à ceux qui outrepassaient les normes
comportementales rend difficile l’identification des Métis. Une analyse
minutieuse de la famille Bailly révèle combien il était complexe d’être Métis
en ces temps et lieux.
La justice coloniale britannique
et les Amérindiens au Québec 1760-1820 : I ‘ En terres amérindiennes
Denys Delâge et Étienne Gilbert
Au Québec, entre 1760 et 1820, les
tribunaux britanniques s'imposent graduellement face aux Amérindiens, mais pas
complètement. L'analyse systématique des archives judiciaires révèle également
que les institutions politiques et judiciaires amérindiennes demeurent
fonctionnelles. Les autorités coloniales tentent d'imposer leur droit criminel,
quitte à reconnaître l'équivalent d'un droit civil pour les Amérindiens. En
territoire amérindien ou encore dans des causes de nature criminelle entre
Amérindiens, les recours aux tribunaux britanniques sont tardifs et ils sont le
fait d'acteurs sociaux davantage porteurs de la modernité que de la tradition,
ce qui est source de tensions parmi les Amérindiens. Si les causes criminelles
impliquant Amérindiens et « Blancs » sont portées devant les tribunaux
coloniaux, elles sont aussi l'occasion de nombreux accommodements entre deux
principes et deux modes de règlement des conflits : réparations ou punitions,
responsabilité collective ou individuelle, dette ou culpabilité, bannissement
ou peine de mort, mort par balle ou par pendaison. Cela confirme, pour le
droit, les thèses de la constitutionnaliste Andrée Lajoie sur le pluralisme
juridique et, pour l'histoire, celles de Jan Grabowski de même que les nôtres
sur les Amérindiens et la justice sous le Régime français. Cet article est
publié en deux parties. La première, qui apparaît dans le présent numéro, porte
sur le recours à la justice coloniale britannique ou à la justice amérindienne
des conseils des chefs de village pour des causes relatives à : 1) deux parties
amérindiennes, 2) des territoires amérindiens, et 3) l'eau-de-vie (alcool). La
seconde partie de l’article, qui sera publiée dans notre prochain numéro,
traitera du recours à la justice coloniale britannique dans des causes
relatives à des infractions en territoire colonial, que les Amérindiens soient
demandeurs ou défendeurs.
L'autre main invisible : Deux
rituels domestiques de prospérité chez les Tlapanèques du Guerrero, Mexique
Martin Hébert
Cet article offre un examen
anthropologique de deux rituels de prospérité pratiqués par les Tlapanèques de
la Montagne du Guerrero (Mexique). De ces deux rituels, décrits ici pour la
première fois dans la littérature anthropologique, l'un est lié à la production
du café, alors que l'autre vise à assurer de bons revenus monétaires. À partir
de travaux ethnographiques réalisés dans la région entre 1998 et 2001, le
contexte social, culturel et économique dans lequel s'inscrivent ces rituels
sera d'abord discuté. Au cours des vingt dernières années, la vie économique
des Tlapanèques a subi des transformations majeures caractérisées, entre
autres, par le passage d'une agriculture de subsistance à une agriculture
commerciale. Cette transformation non seulement a eu un impact important sur le
cycle productif proprement dit, mais a aussi motivé l'adaptation de rites
agraires aux nouvelles réalités économiques régionales. Cette discussion est
suivie de la description et de l'analyse de la « construction symbolique »
(Bloch) des deux rites domestiques de prospérité tlapanèques tels qu'ils
étaient pratiqués lors de l'enquête de terrain. Outre une présentation du
déroulement de ces rituels, l'article explore comment ces derniers sont perçus
par les producteurs comme d'importantes ressources, essentielles à une
intégration favorable au marché. Cette autre « main invisible », théoriquement
capable de contrebalancer la « main » du marché généralement défavorable aux
petits producteurs, devient donc un instrument privilégié, chez les
Tlapanèques, pour gagner un certain contrôle subjectif sur les forces du
marché.
2002 (volume XXXII)
n° 2
Histoire récente des Amérindiens et des Inuits du Québec et du Labrador,
1900-1950
Odanak durant les années 1920’:
un prisme reflétant l’histoire des Abénaquis
Alice Nash
Cette étude repose sur des
manuscrits de l’anthropologue A. Irving Hallowell qui a fait du travail de
terrain à Odanak durant les années 1920. Cette documentation comprend ses notes
de terrain, un album-photo et un texte manuscrit portant sur les territoires de
chasse des Abénaquis. Ce dernier document contient également de nombreuses
annotations faites par le linguiste Gordon M. Day. L’information recueillie par
Hallowell durant les années 1920 offre une nouvelle façon de raconter
l’histoire d’Odanak. Vue à travers la lentille de la chasse et, plus tard, de
l’industrie des paniers, plutôt qu’à travers les thèmes traditionnels de la
guerre, des missions catholiques ou des relations entre Amérindiens et
Européens, l’histoire d’Odanak devient celle des relations entre nations
amérindiennes, de la constante renégociation des frontières et de la volonté de
tirer le meilleur d’une situation difficile dans un monde colonial.
La création des réserves atikamekw
(1895-1950), ou quand l’Indien était vraiment un Indien
Claude Gélinas
Avec le début de l’exploitation
forestière et de la colonisation en Haute-Mauricie dans les années 1870, les
Atikamekw ont senti le besoin de réclamer des réserves de manière à protéger
des portions de territoires sur lesquelles ils pourraient continuer à chasser,
à pêcher et à piéger. L’attribution de réserves aux Atikamekw a été un
processus long et complexe qui a nécessité l’intervention des gouvernements
fédéral et provincial, des missionnaires, des divers acteurs économiques
implantés en Haute-Mauricie et des Atikamekw eux-mêmes. Or, tous ces
intervenants avaient des opinions divergentes au sujet de la pertinence et de
la fonction des réserves, ce qui a eu notamment pour effet de retarder la
création des réserves, de telle sorte que les Atikamekw finirent par obtenir
des territoires dont l'étendue n’avait plus aucune commune mesure avec leurs
besoins. Cet article présente les principales étapes qui ont marqué la création
des réserves atikamekw de même que les intérêts défendus par les divers
intervenants dans le processus.
Les Innus de la Basse-Côte-Nord
et la mission catholique de Musquaro (1800-1946) : contexte historique et
tradition orale
Denis Gagnon
L'étude de l'impact du catholicisme
chez les Innus de la Basse-Côte-Nord, entre Mingan et Saint-Augustin, est une
problématique récente en sciences sociales. Marquées par l'importance de la
prière, du chant et des pèlerinages, leurs pratiques religieuses montrent une
adaptation particulière du catholicisme à leur idéologie religieuse
traditionnelle. Située à l'embouchure de la rivière du même nom entre les
villages de Natashquan et de La Romaine, la mission de Musquaro a été, de 1800
à 1946, le site des rassemblements d'été de Innus de la Basse-Côte-Nord. À
partir de l'analyse de sources écrites et de seize entrevues réalisées avec des
aînés des communautés innues de la Basse-Côte-Nord, cet article présente
quelques éléments de la tradition catholique implantés à la mission de Musquaro
en mettant l'accent sur les relations de pouvoir et les pratiques signifiantes.
L’histoire de l’est de la baie
James au xxe siècle’: à la recherche d’une interprétation
Toby Morantz
Dans la présente étude, qui concerne
particulièrement la période 1930-1970, l’auteure s’interroge sur la manière de
juger ou d’interpréter l’époque où le gouvernement canadien a instauré des
programmes socio-économiques qui ont directement affecté le bien-être
économique et politique des Cris de l’est de la baie James. Dans cette vaste
région, le développement industriel est venu plus tardivement que dans d’autres
territoires autochtones du Nord et, ne disposant pas des formes de
communication modernes (routes, téléphones, télévision), la plupart des Cris se
trouvaient alors, dans une large mesure, isolés de l’influence directe du Sud.
D’autant plus qu’à cette époque l’immigration et l’émigration étaient faibles.
Néanmoins, comme le montre ce bref récit, il y a eu, vers la fin des années
1930, un souci de la part du gouvernement fédéral en vue d'assurer le
repeuplement de la population de castors et, dans les années 1940, concernant
les soins de santé, l’aide aux démunis, l’éducation et la direction politique
des communautés. Selon l’auteur, ces initiatives doivent être perçues comme une
forme de colonialisme bureaucratique. Toutefois, si ce modèle théorique s’avère
plutôt évident à formuler, il en va tout autrement pour l’interprétation ou le
jugement moral à poser sur les interventions du gouvernement à cet égard. Ont-elles
été bénéfiques pour les Cris?
Rivalités franco-anglaises en
Hudsonie (1904-1926), à l'origine de la structuration du territoire
Thibault Martin
Cet article étudie les raisons
historiques qui ont conduit, en 1986, un tiers des Inuits de Kuujjuarapik
(Nunavik-Québec) à déménager pour aller fonder, environ 160 km plus au nord, le
nouveau village d’Umiujaq. Ce relogement est intervenu durant le projet
hydroélectrique Grande-Baleine et a été financé dans le cadre des accords de la
Convention de la Baie James et du Nord québécois. Toutefois, selon l'auteur, il
semblerait que la scission contemporaine du village de Kuujjuarapik ne soit pas
le seul fait du projet hydroélectrique. Au contraire, cette scission d’un
groupe inuit du Nunavik (les Itivimiuts méridionaux) pourrait être en partie
reliée aux politiques commerciales pratiquées, durant la première moitié du
vingtième siècle, par les compagnies de traite. L'article montre ainsi comment
le fourreur français Revillon Frères, pour détourner les Itivimiuts des
comptoirs de son concurrent anglais, la Hudson's Bay Company, adopta une
politique de clientélisme qui contribua à affaiblir les réseaux traditionnels
d’alliance des groupes autochtones. La discussion proposée ici se base sur une
analyse croisée entre documents historiographiques (récits de Victor Revillon)
et informations collectées directement (entrevues semi-dirigées) auprès des
résidants de Kuujjuarapik et d’Umiujaq.
Les onze « apôtres » du révérend
E.J. Peck : Les premières conversions inuites de Little Whale River (1876-1885)
Frédéric Laugrand
L’auteur porte un regard
ethnohistorique sur onze conversions d’Inuits décrites par un missionnaire de
la Church Missionary Society, le révérend E.J. Peck. Alors que les traditions
orales situent dans les années 1910-1920 les premières conversions de la côte
orientale de la Baie d’Hudson, les archives de Peck montrent qu’elles eurent
lieu un demi-siècle plus tôt, au cours des années 1870-1880, dans la région de
Little Whale River. Jugées «’exemplaires’» par le missionnaire, ces
trajectoires permettent de faire ressortir plusieurs aspects fondamentaux des
premiers temps de l’évangélisation : rôle des agents de la traite des
fourrures, prosélytisme des Inuits, poids et effets contradictoires des
maladies, réception plurivoque des idées chrétiennes, malentendus, etc. Elles
offrent une occasion privilégiée pour cerner, à travers la rhétorique du
narrateur, les représentations du missionnaire attachées à un modèle
strictement transformiste de la conversion. La complexité de ce processus tient
pourtant à ce que les convertis privilégient des stratégies d’appropriation qui
ne semblent jamais tout à fait complètes ni antinomiques avec le maintien de
certaines pratiques ancestrales. Même pour ceux qu’il qualifie «’d’apôtres’»
inuits, le missionnaire éprouve plus de mal à démontrer leur intégration des
dogmes chrétiens qu’à affirmer leur progression dans l’apprentissage du
syllabique et à déplorer un certain atavisme culturel. Saisir la conversion
exige ainsi d’associer étroitement de la continuité à de la discontinuité.
Compatibilité apparente,
incompatibilité réelle des versions autochtones et des versions occidentales de
l'histoire : l'exemple innu
Sylvie Vincent
Il est de plus en plus souvent
question de réserver davantage de place aux Autochtones dans la rédaction de
l'histoire nationale et l'on parle même d'« intégrer » les traditions orales à
l'histoire occidentale. L'article indique cependant que cette entreprise est
irréalisable. Prenant l'exemple de l'arrivée des premiers Européens telle que
racontée par les Innus de l'est du Québec, l'auteur indique que certaines
passerelles peuvent être jetées d'une histoire à l'autre mais que,
fondamentalement, nul pont n'est possible entre les histoires autochtones et les
histoires occidentales. L'histoire, en effet, est construite à partir de la
culture qui la produit, ce qui signifie que, d'une culture à l'autre, ceux qui
la font utilisent des méthodes différentes pour appréhender la réalité
d'autrefois, qu'ils ont leurs propres façons d'ordonner les événements, leurs
propres référents culturels pour en parler et que, en créant leur histoire, ils
poursuivent des buts différents. L'histoire ici est vue comme un espace où
chaque société s'invente selon des codes qui lui sont propres. Si prendre
connaissance de l'histoire de l'autre, telle que cet autre la relate, est une
nécessité, tenter d'« intégrer » ou d'« harmoniser » des savoirs sans
comprendre leur culture d'origine, c'est, comme le disent plusieurs auteurs,
dont Morantz, Cruikshank et McClellan, risquer de faire de très sérieuses
erreurs d'interprétation.
La justice coloniale britannique
et les Amérindiens au Québec 1760-1820: II ‘ En territoire colonial
Denys Delâge et Étienne Gilbert
Au Québec, entre 1760 et 1820, les
tribunaux britanniques s'imposent graduellement face aux Amérindiens, mais pas
complètement. L'analyse systématique des archives judiciaires révèle également
que les institutions politiques et judiciaires amérindiennes demeurent
fonctionnelles. Les autorités coloniales tentent d'imposer leur droit criminel,
quitte à reconnaître l'équivalent d'un droit civil pour les Amérindiens. En
territoire amérindien ou encore dans des causes de nature criminelle entre
Amérindiens, les recours aux tribunaux britanniques sont tardifs et ils sont le
fait d'acteurs sociaux davantage porteurs de la modernité que de la tradition,
ce qui est source de tensions parmi les Amérindiens. Si les causes criminelles
impliquant Amérindiens et « Blancs » sont portées devant les tribunaux
coloniaux, elles sont aussi l'occasion de nombreux accommodements entre deux
principes et deux modes de règlement des conflits : réparations ou punitions,
responsabilité collective ou individuelle, dette ou culpabilité, bannissement
ou peine de mort, mort par balle ou par pendaison. Cela confirme, pour le
droit, les thèses de la constitutionnaliste Andrée Lajoie sur le pluralisme
juridique et, pour l'histoire, celles de Jan Grabowski de même que les nôtres
sur les Amérindiens et la justice sous le Régime français. Cet article est
publié en deux parties. La première, parue dans notre dernier numéro (vol. 32
n° 1), portait sur le recours à la justice coloniale britannique ou à la
justice amérindienne des conseils des chefs de village. La seconde partie de
l’article, qui apparaît dans le présent numéro, traite du recours à la justice
coloniale britannique dans des causes relatives à des infractions en territoire
colonial, que les Amérindiens soient demandeurs ou défendeurs.
Aux marges de l’œkoumène. La
période paléoindienne dans le Nord-Est
Sous la direction de Pierre
Dumais, Gilles Rousseau et Éric Chalifoux
Les assemblages
archéologiques du Paléoindien dans le sud de l'Ontario
Christopher J. Ellis
Cet article présente un aperçu des développements survenus depuis 1985 dans
l'étude des plus anciens occupants de l'Ontario. Contrairement aux recherches
plus anciennes, les travaux récents ont mis l'emphase sur la fouille et
l’analyse détaillée des données plutôt que sur l’exploration et le repérage de
nouveaux sites. De plus, les chercheurs se sont montrés plus sélectifs dans le
choix des sites à fouiller, en privilégiant les plus petits sites dans des
contextes géographiques variés et les sites qui affichent aussi des contextes
fonctionnels non déjà documentés tels que reflétés par les artefacts
recueillis. Les chercheurs ont également tenté de développer des typologies
servant à évaluer de façon plus précise les changements temporels et à
documenter la variabilité des activités. Le grand nombre de sites maintenant
connus et répertoriés commence également à permettre aux chercheurs d'explorer
la signification de la variabilité entre les assemblages. Les principaux
obstacles demeurent le manque de dates au radiocarbone et d’indices directs
relatifs au contexte paléoenvironnemental et aux modes de subsistance des
groupes du Paléoindien.
La séquence et l’adaptation
paléoindiennes en Nouvelle-Angleterre et dans les Maritimes
Arthur Spiess et Paige Newby
Au cours de la dernière décennie, notre compréhension de la période
paléoindienne de la région Nouvelle-Angleterre–Maritimes s’est améliorée grâce
à la construction d’une séquence stylistique des pointes de projectile à
cannelures, à une chronologie plus précise basée sur des dates au radiocarbone,
ainsi qu’à la découverte et à la fouille de nouveaux sites. Nous avons aussi
une meilleure idée de la chronologie et de la séquence stylistique des pointes
jusqu’à la période paléoindienne récente. Les reconstitutions
paléophytogéographiques obtenues par des analyses polliniques pour la fin du
Pléistocène ont révélé que l’environnement avait beaucoup changé, mais que
celui-ci avait été favorable au maintien de grands troupeaux de caribous. La chasse
de ce cervidé pourrait être le dénominateur à partir duquel on pourrait
expliquer une grande partie des comportements des Paléoindiens anciens.
Cependant, en Nouvelle-Angleterre, les grands troupeaux de caribous ont disparu
au début de la période paléoindienne récente.
De la nature des occupations
paléoindiennes à l'embouchure de la rivière Chaudière
Jean-Yves Pintal
Cet article présente les données obtenues lors de travaux d’inventaire et de
fouille effectués en 1996 et en 1998 sur trois sites préhistoriques localisés à
l’embouchure de la rivière Chaudière. Ces données n’ont été que partiellement
analysées, ce qui limite d’autant les interprétations possibles. Par ailleurs,
les données disponibles ne reposent que sur des paramètres chronologiques relatifs
et sur l’identification de rares traits typologiques distinctifs. Toutefois,
considérés comme un tout, ces éléments nous amènent à envisager la présence
d’occupations amérindiennes anciennes. L'auteur émet l'hypothèse que ces sites
correspondent à de petits établissements amérindiens représentatifs des phases
ultimes du Paléoindien ancien ainsi que des premières manifestations du
Paléoindien récent.
De limon et de sable : une
occupation paléoindienne du début de l’Holocène à Squatec (ClEe-9), au Témiscouata
Pierre Dumais et Gilles Rousseau
Deux saisons de fouilles sur le site de Squatec (ClEe-9) ont permis d’aborder
l’étude d’occupations humaines successives du début de l’Holocène dans un
paysage changeant du sud-est du Québec. Ce site paléoindien se trouve dans un
espace stratégique d’un réseau très étendu de vallées reliant la baie de Fundy
à l’estuaire du Saint-Laurent. Sa stratification complexe témoigne du fort
dynamisme de l’environnement physique et hydrographique à cette époque, et
d’événements naturels majeurs que l’on peut retracer jusque dans la haute
vallée de la rivière Saint-Jean. D’importants dépôts sédimentaires ont scellé
les dépôts archéologiques, ce qui a permis d’observer de nombreuses traces
d’aménagement du lieu d’habitation, en plus de recueillir des échantillons
fiables pour la datation au radiocarbone. Les auteurs ont réalisé un premier
exercice de comparaison typologique avec des sites de l’Holocène ancien de la
vallée du Saint-Laurent et de la région Nouvelle-Angleterre–Maritimes. Ce
travail préliminaire révèle la singularité de l’assemblage lithique de Squatec
et met en lumière une grande complexité de la période paléoindienne récente.
L’apport de la
géomorphologie à l’archéologie des périodes paléoindienne et archaïque dans
l’est du Québec : une géoarchéologie à (ré-)inventer ?
Bernard Hétu et James T. Gray
Cet article propose une réflexion sur le cadre paléogéographique des
occupations paléoindienne et archaïque dans l’est du Québec. Compte tenu des
nouvelles données disponibles concernant la chronologie de la déglaciation et
le rétablissement des systèmes écologiques postglaciaires, il est peu probable
que le territoire ait été propice à la colonisation avant 10 000 ans AA. Les
premiers groupes paléoindiens de culture planoenne sont arrivés dans l’est du
Québec entre 8 500 et 7 800 ans AA. Ils ont occupé un paysage de végétation
ouverte dans un contexte climatique froid et sec, qui devait encore comporter
des poches de pergélisol. Cette période est caractérisée par de bas niveau
marin, de bas niveaux lacustres et des transformations radicales des fonds de
vallée, lesquels ont connu plusieurs phases d’incision et de remblayage sous la
double influence des variations du niveau de base et des changements
climatiques. Cette morphogenèse a des implications importantes pour
l’archéologie : plusieurs sites archéologiques paléoindiens et archaïques ont
probablement été enfouis ou submergés, comme l’attestent les sites de Squatec
(ClEe-9), de Sainte-Anne-des-Monts (DgDo-4) et de la baie des Belles Amours
(EiBi-5). Il est maintenant plus que jamais nécessaire de compléter les
prospections de surface par des inventaires stratigraphiques. Archéologues et
géomorphologues devront œuvrer en étroite collaboration afin de mieux
comprendre les transformations qui se sont opérées dans le paysage au cours de
l’Holocène.
Les carrières du Paléoindien
récent à La Martre et la géologie du chert du mélange de Cap-Chat
Adrian L. Burke
Trois carrières de chert exploitées durant la période paléoindienne récente ont
été découvertes récemment dans la région de La Martre en Gaspésie. Ces
carrières présentent un chert de bonne qualité qui se trouve dans l’unité
géologique du mélange de Cap-Chat et qui s’étend le long du littoral nord de la
péninsule gaspésienne. L’auteur décrit les qualités physico-chimiques et
géologiques des variétés de cherts qui s'y trouvent et explique comment
celles-ci sont reliées à la technologie lithique des sites paléoindiens récents
qui y sont associés.
2001
(volume XXXI) n° 1
Enfants du jaguar et du colibri
Les autochtones contemporains de Mésoamérique
Fragmentation et recomposition
des identités autochtones dans quatre communautés des régions caféicoles du
Mexique
Pierre Beaucage
Cet article étudie les
transformations économiques et écologiques consécutives au développement de la
caféiculture chez quatre peuples autochtones du Mexique : les Nahuas de la
Sierra Norte de Puebla, les Popolucas de Veracruz, les Tlapanèques du Guerrero
et les Zapotèques de la Sierra Sur de Oaxaca. D'abord adoptée comme complément
aux cultures vivrières traditionnelles comme le maïs et les haricots, la
culture autochtone du café fut transformée lorsque le gouvernement mexicain, en
1974, lança un ambitieux programme de modernisation agricole, qui impliquait
l'utilisation de variétés à haut rendement, d'engrais chimiques et de
pesticides. Cette monoculture intensive heurtait les pratiques de travail
traditionnelles et les rapports à l'environnement et fut diversement reçue dans
les communautés, où elle coïncida avec le développement d'un important
mouvement autochtone. Il y a une décennie, une autre série de bouleversements
(désengagement de l'État, chute des prix) venait affecter les petits producteurs.
La recherche comparée effectuée par une équipe d'ethnologues et de biologistes
dans quatre régions autochtones productrices de café révèle leur forte
différenciation actuelle, sur les plans écologique, socioéconomique et
identitaire. Les différences observées semblent dues à la fois à la nature des
rapports sociaux dans les communautés étudiées, à l'exposition différentielle
des régions du golfe du Mexique et du versant du Pacifique aux politiques
étatiques de modernisation, ainsi qu'à l'orientation des organisations qui
regroupent les producteurs autochtones dans les diverses régions.
Échanges de pèlerinages, réseaux
d'alliance et micropolitique d'un mouvement autochtone au Guerrero
Martin Hébert
En s'appuyant sur des données
ethnographiques recueillies chez les Tlapanèques vivant dans la partie
orientale de l'État du Guerrero (Mexique), le présent article examine l'amorce
d'une mobilisation autochtone régionale qui croît dans cette région montagneuse
et retirée du Mexique depuis 1995. Il étudie, entre autres, la manière dont des
communautées ayant, jusqu'à une époque récente, présenté certaines
caractéristiques attribuées au schéma corporatif et fermé défini par Wolf
(1957) se sont unies à travers divers réseaux d'alliances pour former un
mouvement capable de tenir tête aux divers paliers gouvernementaux mexicains.
L'auteur soutient que ce processus de mobilisation, axé sur des intérêts
sociaux, politiques et économiques communs à un ensemble de communautés
autochtones traditionnellement isolées les unes des autres, est un processus
qui doit être compris, non seulement en termes pratiques, mais également en
termes symboliques. En utilisant des données ethnographiques amassées au cours
de divers séjours dans la région, l'auteur tente de décrire et d'expliquer
comment des réseaux de conflits et de coopérations traditionnels, et les
représentations qui leur sont attachées, sont venus influencer la dynamique
intercommunautaire et les luttes de pouvoir au sein même d'une organisation
naissante. Cette exploration devient d'autant plus importante que le nouveau
mouvement formé regroupe des communautés qui ont dû surmonter des antagonismes
parfois séculaires pour accepter de s'engager dans un contexte de mobilisation
régionale.
Droits des autochtones et droits
de la personne au Mexique : de l'« indigénisme » d'État aux mouvements
populaires
Kristin Norget
Cet article examine l'engagement
d'un courant particulier de l'Église catholique appelé « théologie de la
libération », auprès de groupes autochtones engagés dans une lutte pour leurs
droits économiques et politiques et le respect de leur caractère culturel
distinct. Dans l'État d'Oaxaca, plus particulièrement, un nouveau leadership
autochtone catholique a mobilisé les membres des communautés pour créer un nouvel
espace d'autonomie, sur les plans culturel et organisationnel; à partir de là,
ils remettent en question les structures sociales et politiques qui les ont
traditionnellement exclus. Dans ce processus le groupe incorpore des éléments ?
idéalisés et essentialisés ? de la tradition, à la lumière desquels il réévalue
sa pratique culturelle et démocratique, en même temps qu'il se reconstruit avec
de nouveaux paramètres d'identité collective. La question des « droits de la
personne » (derechos humanos) opère comme un discours de base avec lequel les
représentants de l'Église organisent les communautés et mettent de l'avant la
nécessité d'un changement social et politique. Il s'ensuit que la définition
qu'on donne aux « droits de la personne » dans le contexte du mouvement
autochtone, déborde largement la définion occidentale traditionnelle. Cet
article veut présenter un aperçu des conditions sociales et économiques des
autochtones dans l'État d'Oaxaca et au Mexique, et contribuer à la
compréhension des luttes sociales contemporaines, en particulier du mouvement
autochtone appuyé par l'Église.
Pouvoir, résistance et processus
identitaire dans une région « autochtone » de la Sierra Sur
Carlos Antonio Martínez
La recherche ethnographique sur
laquelle s’appuie cet article a été effectuée de février à juillet 1999 dans
une région zapotèque de la Sierra Sur de Oaxaca dans la paroisse d’Atahualco.
L’auteur étudie la question du destin des identités collectives locales dans le
processus de mondialisation tel que décrit par Castillo et Nigh (1998) et
Featherstone (1990), entre autres. À l’heure de la mondialisation un débat
s’est engagé sur ce thème dans les sciences sociales, dont l’anthropologie. Il
semblerait que, dans le «’nouveau’» contexte global, les cultures locales
redéfinissent leurs identités et, ce faisant, s’approprient (en les juxtaposant
ou en les mettant en contradiction) des éléments non traditionnels de
l’extérieur, ce qui confère une apparence «’hybride » à ces identités
collectives locales/régionales.
Que sont les Mayas devenus’? La
construction de nouvelles identités au Yucatán
Marie-José Nadal
À partir de l’observation de deux
régions du Yucatán, on s’aperçoit que la privatisation de l’économie rurale
mexicaine provoque une multiplication de situations interculturelles dans
lesquelles les Mayas appauvris doivent s’intégrer pour survivre à la crise de
l'ejido. Cet article analyse les stratégies identitaires, différentes selon les
genres, des paysans qui se consacrent à la production agricole et artisanale
dans le cadre de l’économie sociale ou du secteur privé. De plus, l’étude des
nouveaux débouchés dans les usines de sous-traitance ou dans l’industrie
touristique permet de saisir la diversité des expressions identitaires
élaborées par les Mayas.
À la recherche d'identités au
Guatemala après la guerre civile : perspectives transnationales
Patricia Foxen
Cet article décrit l'expérience
transnationale d'une communité maya k'ichée partagée entre un village des
hautes terres d'El Quiché, Guatemala, et une grande ville industrielle de la
Nouvelle-Angleterre. La plupart des membres de cette communauté ont été
victimes de la violence brutale perpétrée pendant la guerre civile; certains en
ont été les auteurs, surtout dans les sinistres « patrouilles d'autodéfense
civile ». Dans les années 80, quelques-uns ont émigré au Nord, créant les bases
de ce qui deviendrait un solide réseau transnational. En Nouvelle-Angleterre,
la plupart des K'ichés se retrouvent sans documents ou avec des visas
temporaires, et doivent vivre en marge de la société nord-américaine. Des
auteurs affirment que parmi les personnes déplacées, la mémoire et les récits
du passé redéfinissent le territoire et créent un sentiment de continuité avec
la terre natale. Cependant, pour ceux qui ont non seulement vécu une violence
ethnique extrême, mais se retrouvent cachés et sans voix dans la société-hôte,
la peur, la honte et la culpabilité peuvent produire des sentiments de rupture
profonde vis-à-vis de l'identité et de l'espace antérieurs. Cet article examine
les manières avec lesquelles ces K'ichés transnationaux négocient des processus
conflictuels de mémoire et transforment créativement le passé pour créer des
identités viables et flexibles. L'auteure compare ce processus avec le discours
formel et institutionnalisé sur l'identité maya qui se développe dans le
contexte de l'après-guerre au Guatemala.
Les lois révolutionnaires des
femmes au sein du zapatisme : du texte aux acteurs
Geneviève Saumier
La place importante que l’Armée
zapatiste de libération nationale (EZLN) a accordée à la question des femmes a
contribué à lui attirer la sympathie d’une partie de la population mexicaine et
d’un public international. Parmi l’abondante documentation produite par l’EZLN,
l’auteure situe les textes zapatistes des deux lois révolutionnaires des
femmes’dans le contexte politique et socioculturel dans lequel elles ont vu le
jour, pour ensuite les analyser. Élaborée en 1993, à la veille de
l’insurrection, la première Loi révolutionnaire des femmes’vise à leur
reconnaître les droits dont elles ont besoin pour participer à la révolution.
Elle est issue d’une synthèse entre les intérêts des femmes autochtones
zapatistes et ceux de l’organisation se préparant à la lutte armée. La
Proposition d’extension de la Loi révolutionnaire des femmes zapatistes, écrite
plus de deux ans et demi plus tard, paraît, quant à elle, correspondre plus
directement à la voix des femmes autochtones du Chiapas. Elle révèle une
certaine progression de la lutte des femmes au sein du zapatisme. Une lecture
de ce deuxième texte suggère notamment la présence d’une conception
particulariste et collective des droits puisant dans la tradition autochtone
mésoaméricaine quant à la justice et l’ordre social. En dépit ? et peut-être en
raison ? des contradictions existant entre cette conception et les préceptes de
droits et libertés individuelles chers aux Occidentaux, l’auteure souligne
l’intérêt pour la réflexion féministe de reconnaître la validité d’une autre
recherche de solutions basée sur une vision interne de la situation spécifique
de ces femmes.
2001 (volume XXXI)
n° 2
Le temps des alliances
La Grande Paix de Montréal de 1701
Note de recherche
Les lieux de la Paix de 1701, et autres considérations sur les campements
amérindiens à Montréal
Laurence Johnson
Durant le Régime français, il était
fréquent de voir arriver à Montréal des groupes importants d’Amérindiens venant
de la région des Grands Lacs, pour des rencontres diplomatiques ou commerciales
avec les Français. La conférence de paix de 1701 est un exemple spectaculaire
de ces visites annuelles. À partir de données archéologiques et
ethnographiques, des textes d'époque et des données sur le cadastre, cet
article traite des lieux physiques des cérémonies lors de cet événement.
L’auteure examine également la question plus large des lieux de campement et de
logement des Amérindiens au xviie siècle et au début du xviiie.
Les signatures amérindiennes :
Essai d’interprétation des traités de paix de Montréal de 1700 et de 1701
Yann Guillaud, Denys Delâge et Mathieu d'Avignon
Cet article fait le point sur les
difficultés auxquelles est confrontée une analyse des symboles utilisés comme
signatures par les Amérindiens lors des traités avec les Européens, par
exemple’: trouver les documents d’archives originaux pour s’assurer de
l’exactitude des symboles apposés, identifier chaque signataire et le groupe
qu’il représente, établir ce que représente le pictogramme. Les traités de paix
de Montréal de 1700 et de 1701 entre la Ligue des Cinq Nations iroquoises,
d’une part, et la Nouvelle-France et ses alliés amérindiens, d’autre part, sont
utilisés pour étudier ces symboles de manière systématique. L’intérêt de
recourir à ces deux traités réside dans le fait que les signataires présents
aux deux conférences de paix sont les mêmes et que le traité de 1701 a
rassemblé un grand nombre de nations de la région des Grands Lacs’: Iroquois,
Hurons, Outaouais, Illinois, Miamis, Abénaquis, Algonquins, Castor, Cris,
Ojibwas, Potéouatamis, Renards, Sakis, Sioux’ Afin de tenter d’identifier les
signataires et le nombre de signatures et de comprendre leur nature (symboles
faisant référence à la nation, au clan, à l’individu ou à un lieu donné),
plusieurs traits de la diplomatie franco-amérindienne sont abordés’: importance
du protocole, ordre de prise de parole et de signature, distinction entre
orateurs et signataires. Ce domaine de recherche ethnographique est encore très
largement en friche, en comparaison de l’art rupestre, et plusieurs pistes
restent encore à étudier pour mieux comprendre la nature des pictogrammes
utilisés par les Amérindiens lors de la signature d’ententes dans l'est de
l'Amérique du Nord.
Les origines de la Fédération des
Sept Feux
Denys Delâge et Jean-Pierre Sawaya
La Fédération des Sept Feux a été
l’organisation politique des Amérindiens domiciliés de la vallée du
Saint-Laurent, dans la province de Québec, depuis 1760, année de sa création,
jusqu’à environ 1860. Sous le leadership des Iroquois du Sault, maintenant
Kahnawake, qui en était la capitale, cette fédération regroupait également les
autres Iroquois de la région de Montréal, c’est-à-dire ceux de Saint-Régis ou
Akwesasne et de Deux-Montagnes désigné également sous les toponymes de Oka
ou Kanesatake, de même que les Nipissingues et les Algonquins de ce dernier
village, les Algonquins de Pointe-du-Lac, près de Trois-Rivières, les Abénaquis
de Saint-François ou Odanak et ceux, tout proches, de Wolinak, et enfin les
Hurons de Lorette ou Wendake. Les Iroquois de La Présentation ou Oswegatchie
n’en ont pas été membres au-delà de 1763. Cette organisation n’a jamais fait
partie du réseau d’alliance franco-amérindien. Elle fut crée par les
Britanniques après la Conquête du Canada, et sa création s’inscrit dans le
prolongement des efforts diplomatiques de rapprochement depuis le début du
xviiie siècle et de la conclusion de traités (1735, 1742, 1753) entre les
Britanniques et les Amérindiens domiciliés, les Iroquois de Kahnawake tout
particulièrement. L’émergence de cette fédération et la primauté de Kahnawake
répondent à la volonté de contrôler et de gérer les Amérindiens qualifiés
alors de «’sujets et alliés’» dans le cadre de la politique britannique de
«l’indirect rule’» qui consistait à élever une nation au-dessus des autres pour
l’associer au pouvoir colonial et lui confier un rôle d’intermédiaire entre la
Couronne et les autres nations. Par-delà l’étude des origines d’une
organisation politique autochtone, cet article traite des modèles coloniaux de
la France et de la Grande-Bretagne, de même que, plus généralement, de ce qui
caractérise les colonisés, le pouvoir colonial et plus généralement le
colonialisme.
Vivre comme frères : Le rôle du
registre fraternel dans les premières alliances franco-amérindiennes au Canada
(vers 1580-1650)
Peter Cook
Dans la première moitié du xviie siècle, l’alliance regroupant
Montagnais, Algonquins, Hurons et Français est caractérisée par l’emploi de
tropes fraternels qui, en l’absence d’un vocabulaire et d’institutions
politiques communes, offrent aux Français et aux Amérindiens un moyen de
traduire leurs attentes et revendications respectives lors des pourparlers
interculturels. La convergence est cependant limitée, puisque la logique de la
fraternité diffère d’un système culturel à l’autre. La rhétorique missionnaire
a recours aux mêmes métaphores de parenté pour traduire l’idéal de la
solidarité religieuse et politique des croyants. La dispersion des communautés
huronnes et algonquines au milieu du siècle marque le déclin du rôle central de
la métaphore du frère dans la diplomatie franco-amérindienne, en dépit des
tentatives iroquoises de l’adapter au projet de former «’un seul peuple’» avec
les Français. Désormais, les Français sont les pères de leurs alliés
amérindiens en Amérique du Nord.
« Des esprits à soi » : Les chefs
dans l’alliance franco-amérindienne du Pays d’En Haut (1660-1715)
Gilles Havard
Les « ambassadeurs » amérindiens du
Pays d’En Haut avec qui s’entretiennent régulièrement les officiers de la
Nouvelle-France sont à la fois des leaders dans leur nation et des
intermédiaires entre les deux sociétés. Les Français, qui voient dans ces chefs
des relais de la Pax Gallica, souscrivent conjointement, à travers
l’institutionnalisation des présents et des festins, à la logique politique
louisquatorzienne ? la magnificence et la corruption comme instruments de
domination ? et à celle de la chefferie amérindienne ? la libéralité comme
attribut du pouvoir. Le dialogue des autorités coloniales avec les chefs
amérindiens est d’essence diplomatique, mais il s’inscrit aussi dans un
processus d’inféodation, qu’illustre la position centrale des Français dans
l’alliance.
Des Iroquois aux Tupinambas et
retour, ou réflexions sur la guerre amérindienne
Emmanuel Désveaux
La question de la guerre domine de
nouveau les travaux les plus récents sur les Iroquois. À leur suite, le présent
article interroge le phénomène mais en refusant l'idée de sa singularité
absolue. L'auteur s'efforce au contraire de l'inscrire dans la perspective d'un
comparatisme, à l'échelle de l'Amérique, se situant dans le sillage des
Mythologiques de C. Lévi-Strauss et fondé sur la notion de transformation.
Partant du constat d'une série de ressemblances profondes entre les rites et
les pratiques guerrières des Tupinambas et ceux des Iroquois, il met au jour
une structure commune du fait guerrier qui repose sur le couple que forment le
captif et son vainqueur et montre le rôle déterminant que jouent dans un cas
l'affinité et dans l'autre ce qu'il appelle la « maternalité ». L'exercice
comparatiste entrepris à propos des fondements sociologiques de la guerre
présente d'autres avantages heuristiques, tendant en particulier à une
meilleure intelligence de l'anthropophagie sud-américaine versus la torture
nord-américaine.
La Ligue des Iroquois: Une « paix
» d’espace, de temps et de parenté
Adriano Santiemma
Cet article analyse quelques
éléments de la culture traditionnelle iroquoienne que l'Occident, depuis le
premier contact jusqu'à nos jours, a utilisés pour construire des stéréotypes
(négatifs et positifs) selon un processus d'assimilation de la diversité
culturelle. Ces stéréotypes ont servi à renforcer l'identité culturelle de ceux
qui observaient la culture iroquoienne. Quelques stéréotypes liés à la « Ligue
» sont étudiés plus en détail afin de montrer l'écart qui sépare les
analyses classiques (Lafitau, Cusick, Morgan, Hale, Clastres’) de la vision
cosmologique des Iroquois. L'auteur met l'accent sur la complexité de la vision
iroquoise et le fossé qui sépare celle-ci d’études existantes fondées sur le
plaquage de cadres idéologiques occidentaux. L’article propose une nouvelle
analyse des mythes fondateurs de la Ligue, afin de démontrer que deux systèmes
de parenté (matri- et patrilinéaire) ont fortement influencé l'organisation
sociale, politique et territoriale de la Ligue. Pour les Iroquois
traditionnels, la Ligue était une entité cohérente possédant plusieurs
dimensions que la culture occidentale considère comme des catégories distinctes
de la réalité. La Ligue s’accordait aux phénomènes cosmologiques à tel point
qu'elle constituait un instrument précis pour mesurer le temps solaire et
lunaire.
2001 (volume XXXI)
n° 3
Mondialisation et stratégies politiques autochtones
Mondialisation et redéploiement
des pratiques politiques autochtones’: esquisses théoriques
Irène Bellier et Dominique Legros
Dans les cadres nationaux qui les
englobent, au Québec, au Canada et ailleurs, les peuples autochtones ont
jusqu’à présent été considérés comme des mineurs politiques. La mondialisation
autoriserait-elle la formation d’un nouvel espace politique dans lequel les
Amérindiens retrouveraient une voix et des moyens d’action’? L’émergence de
jeunes responsables autochtones éduqués à l’occidentale et maintenant rompus
aux échanges internationaux permettra-t-elle de transformer durablement les
conditions de vie des sociétés concernées’? Le dossier présenté dans ce numéro
explore quelques situations dont l’exemplarité est définie par le fait de
traiter des enjeux emblématiques de la lutte des peuples amérindiens pour la
reconnaissance de leurs droits politiques et culturels’: le rapport au
territoire, la gestion du patrimoine et de l’environnement, l’éducation
bilingue, la construction d’un espace politique. Ces questions posent le
problème qu’ont les Amérindiens pour se faire reconnaître non seulement comme
des citoyens mais aussi comme des peuples de plein droit, porteurs de cultures
distinctes dans un monde où leurs stratégies de survie économique et culturelle
côtoient celles de groupes ayant une tout autre histoire. Les articles réunis
ici évoquent les conséquences de l’internationalisation de la question
amérindienne et les difficultés pour les organisations autochtones de gérer les
contradictions inhérentes à la formulation d’un projet politique dans les
situations de déstructuration sociale, économique et culturelle qui vont de
pair avec la remise en cause du cadre national. Ils nous montrent également
comment les Amérindiens sont susceptibles de penser des «’espaces de sens’» qui
dépassent les limites de leurs propres territoires, par la conscience anticipée
qu’ils ont des menaces pesant sur le devenir des hommes dans un cadre qui
serait régulé seulement par le visage néo-libéral de la mondialisation
économique.
Les peuples autochtones ont le
droit de s’autodéterminer’
Entretien avec Kenneth Deer, représentant à l'ONU de la nation mohawk de
Kahnawake
Dominique Legros et Pierre Trudel
Après des années de militantisme, en
1987, Kenneth Deer, alors un jeune conseiller scolaire mohawk de Kahnawake,
près de Montréal, se convainc qu’il faut, pour être efficace, porter la cause
des peuples amérindiens devant les instances internationales. Il se rend à Genève
pour y représenter sa nation, d’une part auprès de l’Organisation
internationale du travail quant à la Convention 169 relative aux droits des
peuples autochtones, et par ailleurs auprès du Groupe de travail des Nations
unies sur les populations autochtones. Depuis cette date, il a continué
d’assumer cette dernière fonction, année après année. Dans cet entretien, il
relate comment cette participation aux travaux de l’ONU a élargi ses intérêts
aux peuples autochtones du monde entier. En même temps il explique avec force
pourquoi aucun d’entre eux ne pourrait se satisfaire d’un simple droit à
l’autonomie politique à l’intérieur des États où chacun s’est retrouvé
emprisonné au cours de la période coloniale. Pour Kenneth Deer, tous les
peuples autochtones ont un droit inhérent à l’autodétermination. Il révèle
également combien reste réel le racisme de la plupart des sociétés dominantes,
y compris le Canada, vis-à-vis des peuples autochtones qu’elles croient avoir
intégrés.
Nous sommes là pour parler d’égal
à égal. Entretien avec Alexis Tiouka, coordonnateur de la Fédération des
organisations amérindiennes de Guyane de 1996 à 2001
Irène Bellier et Gérard Collomb
En 1995, la Fédération des
organisations amérindiennes de Guyane (FOAG) a pris place sur la scène internationale
en occupant un espace que les Nations unies accordent à Genève aux peuples
autochtones. Jusqu’alors les revendications des peuples autochtones de Guyane
(Arawaks, Émérillons, Kali’nas, Palikurs, Wayanas, Wayãpis) n’avaient guère été
reçues par la France, et la FOAG entendait ainsi peser sur l’État à travers la
référence au droit international. Alexis Tiouka, qui fut coordonnateur délégué
de la FOAG chargé de la question du droit autochtone, rapporte ici son
expérience au sein du Groupe de travail sur les populations autochtones des
Nations unies, ainsi que du Groupe de travail pour la création d’une instance
permanente sur les questions des peuples autochtones et du Groupe de travail
intersessions sur le projet de déclaration des droits des peuples autochtones.
La construction de nouveaux
espaces politiques inuits à l’heure de la mondialisation
Françoise Morin
La mondialisation, qui se traduit
par l’intensification des relations sociales planétaires (Giddens), a suscité
de nombreux débats. Certains analystes interprètent ces échanges, produits par
l’interpénétration croissante des sociétés, en termes de métissage ou de
multiculturalisme; d’autres posent le problème de l’uniformisation culturelle
et étudient les nouveaux cosmopolitismes. Mais qu’en est-il des peuples
autochtones’? S’ils ne peuvent échapper aux effets de l’uniformisation
culturelle, ils sont surtout préoccupés par la dégradation de leur
environnement qui résulte de la mondialisation des circuits économiques. Pour
défendre leurs droits territoriaux et culturels et proposer des voies de
développement durable, ils ont inventé des stratégies politiques leur
permettant de développer de nouvelles relations avec les États-nation qui les
englobent. Afin d’illustrer cette nouvelle façon autochtone de penser le
politique et de le gérer, l’auteure, dans une perspective d’anthropologie
politique, a choisi deux cas de figure. Le premier est celui des Inuits du
Nunavut (Arctique central canadien) qui ont réussi à signer en 1992 avec l’État
fédéral une entente reconnaissant leurs droits fonciers et leur autonomie
gouvernementale et qui gèrent depuis 1999 un nouveau territoire. Le second est
celui de la Conférence inuit circumpolaire (CIC) qui, depuis 1980, rassemble,
au-delà des frontières nationales, les Inuits de quatre États (Russie, USA,
Canada, Danemark). Avec le Nunavut, on assiste à la création d’un territoire
inuit et d’une nouvelle entité politique dans le Grand Nord canadien. Pour la
première fois, les revendications territoriales et politiques font partie d’un
même processus de négociation avec le gouvernement fédéral. Avec la CIC, deux
processus sont à l’’uvre’: l’invention d’une ethnicité, celle de «’peuple
inuit’», et la construction d’un’«’espace de sens’» transnational qui permet l’invention
d’un territoire imaginaire qui va de la Chukotka au Groenland. Loin de
s’apparenter aux «’ethnoscapes’» d’Arjun Appadurai, l’identité transnationale
des Inuits est un outil politique qui permet aux leaders de la CIC d’agir sur
la scène internationale pour faire face aux enjeux de la globalisation.
De l’Indien à l’indigène :
l’internationalisation des luttes amérindiennes en Guyane et les enjeux de
l’autochtonie
Gérard Collomb
Le mouvement politique amérindien en
Guyane française s’est constitué dans les années quatre-vingt chez les Kali’nas
(Caribes), sur la base d’une revendication relative aux droits territoriaux et
à la reconnaissance des cultures et des langues amérindiennes. Cette
revendication était adressée à l’État, reproduisant une relation qui s’était
établie tout au long de l’histoire coloniale entre la France et les peuples
autochtones. Depuis une dizaine d’années, les Amérindiens de Guyane (Arawaks,
Émérillons, Kali’nas, Palikurs, Wayanas, Wayãpis) ont développé d’autres
stratégies politiques, en portant leur discours dans l’espace transnational des
instances politiques autochtones de l’ensemble amazonien (COICA), et des
groupes de travail pilotés par des ONG ou par les Nations unies à Genève.
L’article s’appuie sur un matériau ethnographique pour proposer une analyse
anthropologique de ce repositionnement. L’ouverture internationale du mouvement
amérindien en Guyane a reconfiguré les discours et les argumentaires et créé de
nouvelles solidarités transversales. Mais elle a surtout légitimé la notion de
«’peuple autochtone’», désormais centrale dans l’expression politique de
peuples qui devaient dans un passé récent se penser plutôt comme des
«’minorités’» dans l’ensemble national. Les enjeux du politique amérindien en
Guyane se dessinent désormais autour de cette notion qui investit, en la
contredisant, la définition en cours d’un «’imaginaire national’» commun aux
différentes populations de ce pays, propre à soutenir demain une autonomie ou
une indépendance, définition que tente de légitimer la composante créole ?
dominante politiquement ? de la population guyanaise.
Associations amérindiennes et
développement durable en Amazonie brésilienne
Bruce Albert
Depuis la fin des années 1980 plus
de deux cents associations amérindiennes se sont constituées en Amazonie
brésilienne. Cet article propose un panorama de ce mouvement, une analyse de sa
dynamique et un bilan de ses enjeux en matière de préservation de
l’environnement. Il s’attache d’abord brièvement aux conditions politiques et
économiques qui ont rendu possible le surgissement de ce réseau associatif,
puis à son mode d’opération au sein de l’espace institutionnel, local et
global, de l’aide au développement durable. Il évalue enfin l’importance
géographique et écologique des terres amérindiennes en Amazonie brésilienne
ainsi que l’intérêt et les défis d’une gestion durable de leurs ressources
naturelles par des projets associatifs amérindiens, cela dans la perspective
d’un modèle de développement «’socio-environnemental’» non prédateur de la
région.
Le multiculturalisme à l’école :
entre mythe et utopie
Christian Gros
Partant de mythes amérindiens qui
soulignent l’importance de l’écriture et de l’école, cet article s’interroge
sur la reconnaissance constitutionnelle d’un droit à des écoles bilingues et
biculturelles destinées aux populations autochtones de l’Amérique latine. Pour
des pays qui se voulaient jusque-là culturellement métis, cette reconnaissance
intervient dans un contexte néolibéral où la mondialisation et la montée des
revendications ethniques posent aux États et aux gouvernements la nécessité de
mettre en place de nouvelles stratégies destinées à renouveler leur légitimité
et à assurer leur gouvernance. Ce faisant, elle établit une rupture symbolique
avec un projet national qui faisait de l’école de la république le creuset où
devait se construire une citoyenneté dégagée de toutes affiliations
communautaires. Or, si pour les organisations autochtones engagées dans un
processus de construction et de politisation d’une identité ethnique, l’école
bilingue et biculturelle fait bien partie de ces droits collectifs récemment
conquis dont on réclame la mise en ‘uvre, il peut en aller différemment pour
des populations amérindiennes qui cherchent avant tout dans l’école l’acquisition
de nouveaux savoirs et les moyens d’une intégration. Ce qui pose la question
plus générale de savoir comment introduire le multiculturalisme à l’école pour
des pays qui prétendent désormais assumer leur qualité de nations
pluriethniques et multiculturelles. Pour éviter la construction de ghettos
culturels ne faudrait-il pas repenser l’école pour tous et en faire le lieu
d’un multiculturalisme partagé’? La discussion porte sur des pays qui, comme la
Colombie, l’Équateur ou la Bolivie, semblent s’être engagés assez loin dans la
mise en ‘uvre d’écoles bilingues et biculturelles et sur d’autres qui, comme le
Mexique, ont jusqu’à présent été peu enclins à aller au-delà d’une affirmation
rhétorique du multiculturalisme.
Les nouveaux défis des Cris de la
Baie James à l’heure de la globalisation : Penser le politique au-delà du
projet néo-libéral
Jean Rousseau
Cet article examine l’impact de la
globalisation du politique sur les luttes menées par les Cris de la Baie James
depuis les années 1970. L’accélération de la globalisation au cours des
dernières décennies a permis aux Cris de la Baie James de devenir des acteurs
actifs sur la scène mondiale. Cependant, telle qu’elle se dessine actuellement,
la globalisation du politique les confronte à des obstacles majeurs qui les
marginalisent. Deux de ces obstacles sont discutés dans cet article. L’un de
ceux-ci découle du très haut niveau de ressources organisationnelles et
politiques que les acteurs non-étatiques doivent acquérir pour accéder à
l’espace politique global. L’autre obstacle est l’hégémonie du globalisme dont
les grandes orientations sont largement influencées par le néolibéralisme. Le
globalisme s’avère particulièrement menaçant puisqu’il contredit à plusieurs
égards les revendications du mouvement des peuples autochtones. Alors que les
Cris ont pu jusqu’à maintenant contourner le premier obstacle, ils demeurent
toujours confrontés au second obstacle. Il s’avère néanmoins essentiel qu’ils
proposent une alternative au globalisme qui impliquerait une globalisation
progressiste, plurielle et démocratique.
La rencontre de l'éthique
bourgeoise et de l'éthique autochtone : Modernité, postmodernité et
amérindianité
Denys Delâge et Jean-Philippe Warren
Cet article entend poser l'hypothèse
d'une rencontre des deux mondes qui soit, outre celle des armes et des
cultures, celle de l'éthique. Est-il possible de penser les conflits et les
dialogues entre les peuples amérindiens et les peuples européens à partir d'une
conception éthique différente de la morale? S'appuyant sur l'intuition de
l'‘uvre de Weber, l'éthique protestante et l'esprit du capitalisme, il s'agit
de procéder à une lecture sociologique de l'arrière-fond d'idées morales qui
oriente l'appropriation du sens de l'amérindianité par les Européens et de l'européanité
par les autochtones. Explorant brièvement le sens des termes « travail » et «
culpabilité » chez les uns et les autres, les auteurs tentent de dégager le
rapport instauré par la modernité avec les peuples sédentaires ou
chasseurs-cueilleurs de l'Amérique du Nord au moment des premières
colonisations. Dans une première partie, seront ainsi opposés la culpabilité de
l'éthique réformiste et la dette de l'éthique autochtone, ainsi que le « beruf
» de l'éthique bourgeoise et la conception du « travail » proposée par
l'éthique autochtone. Dans une seconde partie, ces deux « oppositions » seront
reprises afin de démontrer leur persistance, malgré certaines reformulations
radicales, dans la société postmoderne. Dans la première partie comme dans la
seconde, il sera question d'analyser le processus par lequel se construit une
certaine image de la réalité coloniale de la part des Amérindiens, image
renforcée par toutes sortes d'incompréhensions mutuelles. En cours de lecture,
il sera possible de comprendre avec plus de clarté la logique éthique autant
que politique, sociale ou militaire grâce à laquelle se referme sur les
Amérindiens le piège du colonialisme. Ce vaste parcours permettra aussi de
mieux comprendre les défis présents auxquels sont confrontés les peuples
autochtones.
2000
(volume XXX) n° 1
Spiritualité et identité. Dislocation, interaction et recomposition
Penser hors de soi. Miroirs
identitaires en Mésoamérique
Jacques Galinier
Le texte met en évidence la façon
dont, en Mésoamérique, certaines théories indigènes conçoivent les processus de
pensée comme un flux anonyme, circulant de manière continue dans le monde, et
dont les individus ne sont que les capteurs fugitifs. Les théories indigènes de
l’activité psychique sont ancrées dans une vision énergétique de la « chose
sexuelle », expliquant les interactions entre les humains et une nature
pensante représentée - dans le cas otomi ici développé - par des « balises
anthropomorphes », les ídolos chamaniques en papier découpé, bien connus
aujourd’hui sur le marché touristique international. Toutefois, le dispositif
cognitif qui rend compte de la présence de ces artefacts s’inscrit dans une
tradition à soubassement préhispanique, centrée sur l'idée de sacrifice,
tradition complexe et très difficilement accessible mais encore bien vivante,
que les « métissages » et « syncrétismes » de tous ordres n’ont pas fait
disparaître.
Le rituel de l'offrande à San
Marcos dans une communauté tlapanèque du Guerrero
Martin Hébert
Cet article décrit le rituel de San
Marcos tel qu'il est pratiqué chez les Tlapanèques (Me'phaa) de l'État mexicain
du Guerrero dans la nuit du 24 au 25 avril de chaque année. Au cours de ce
rituel, les habitants de chacune des communautés de la région érigent un autel
dans la montagne et y célèbrent des sacrifices en l'honneur du saint afin que
ce dernier envoie bientôt les pluies et veille sur les habitants de la terre.
Dans le déroulement de cette célébration aux origines préhispaniques très
marquées, on peut voir émerger plusieurs éléments de la vision du monde des
Tlapanèques dont, entre autres, la distinction qu'ils opèrent entre les êtres
incapables de connaître le dieu célébré et ceux qui peuvent le connaître. Cette
distinction, enchâssée dans le rituel lui-même, nous aide à comprendre comment
les Tlapanèques envisagent l'action collective lorsque celle-ci consiste à
demander un bien indivisible à un être surnaturel.
La casta, fête de la puberté des
Apaches jicarillas
Veronica Velarde Tiller
L'auteure de cet article,
historienne apache, analyse « de l'intérieur » la fête de la puberté des
Jicarillas (casta) et son renouveau actuel au sein de son peuple. Elle fait une
présentation historique des épreuves traversées par les Apaches au cours des
cent dernières années et fait valoir que tout ce qui constituait les fondements
et les valeurs de la société apache fut démantelé au nom du christianisme et de
politiques assimilationnistes. Enfin, elle analyse la mise en scène de la casta
dans une perspective féminine, en mettant l'accent sur la philosophie qui la
sous-tend plutôt que sur le détail des rituels. Elle présente la casta comme un
rite de passage important qui célèbre le rôle de la femme dans la société
jicarilla, et comme une manifestation significative de la préservation de la
culture jicarilla et du renouveau des traditions indiennes aux États-Unis.
Sitting Bull et la religion de
l'homme blanc
Colin Taylor
Cet article donne un aperçu détaillé
de la vie et de l'époque d'un très grand patriote autochtone. L'auteur apporte
un soin particulier aux documents historiques et linguistiques qui ont été
passés sous silence par les chercheurs du passé. Il examine entre autres les
différentes références au véritable nom (lakota) de Sitting Bull, dont les
traductions en anglais n'ont jamais pu exprimer les nuances. L'auteur s'attarde
également sur les parallèles qu'il décèle entre les religions des Indiens des
Plaines et celles des missionnaires qui s'acharnaient à les convertir.
Le cercle sans fin. Naissance et
renaissance dans le système de croyances lakota
William K. Powers
Dans cet article,William K. Powers
analyse les concepts de naissance, de vie, de mort et de renaissance parmi les
Lakotas. Il souligne l'influence de la religion sur l'identité tribale et
insiste sur la continuité plutôt que sur le changement. Selon l'auteur l'idée
du cercle joue un rôle important dans la structuration des rituels et des
croyances lakotas. La vie est perçue comme un voyage circulaire, les différents
stades du développement humain étant marqués par les directions cardinales, le
symbolisme des couleurs, le déroulement des saisons. Le cercle de la vie, sous
forme d'un cercle sans fin, définit l'identité métaphysique des Lakotas. Leurs
sept rites sacrés sont fondés sur le symbolisme du cercle. La vie et la mort
sont perçues comme des événements qui s'inscrivent sur le cercle éternel.
L'idée du cercle est analysée à deux niveaux, horizontal et vertical. Selon
l'auteur, « tandis que le plan horizontal est une représentation du caractère
mortel des êtres humains, le plan vertical a trait à l'immortalité ».
Cérémonies, prières et médias :
perspectives autochtones
Jean-Guy Goulet
Cet article est à la recherche des
raisons qui expliquent la ferme résistance des autochtones nord-américains dit
« traditionalistes » à la présence des médias et à l'enregistrement par des
moyens électroniques de leurs cérémonies traditionnelles et de leurs prières.
Trois raisons expliquent en partie cette résistance. Premièrement le refus
d’offrir l’héritage autochtone à une consommation touristique ou médiatique.
Deuxièmement le refus de s’assimiler à la culture dominante : refuser la
présence des médias c’est aussi par le fait même afficher son identité
d’autochtone traditionaliste, par opposition à ceux et celles, autochtones ou
non, qui ne la partagent pas. Troisièmement le refus de privilégier la
perspective de l’observateur par rapport à celle du participant pleinement
engagé dans la cérémonie. L’auteur appuie ses réponses sur une analyse de cas
de situations rencontrées parmi les Cris, les Lakotas, les Dènès et d'autres
autochtones.
Identité, politique et
spiritualité : Entretiens avec quelques leaders ojibwas du nord du lac Huron
François Boudreau
Dans la région des Grands Lacs où le
contact entre Amérindiens et Eurocanadiens est fort ancien, la culture et la
religion traditionnelles des Ojibwas se sont depuis longtemps déstructurées.
Néanmoins, on constate actuellement chez les Ojibwas contemporains une volonté
de ré-instituer une culture autochtone distincte. Cette recomposition et cette
forme de renaissance se font à partir d'éléments culturels hétérogènes. Pour
comprendre comment s'opère cette recomposition, l'auteur a interrogé vingt et
un leaders ojibwas du Conseil tribal de la rive nord du lac Huron et de deux
institutions anishnaabe d'enseignement supérieur de Sudbury. À partir de ces
entretiens, il met en évidence les conceptions identitaires de ces leaders et
le sens que ceux-ci donnent à certains concepts autochtones pour aboutir à une
critique de la démocratie représentative de type occidental. Poursuivant son
questionnement sur le rapport que ces Ojibwas établissent entre eux-mêmes et le
reste de la nature, l'auteur montre que, pour certains leaders, il s'agit de conférer
à leur projet d'autonomie politique la dimension spirituelle qu'avait la
culture de leurs ancêtres. Par là même, ils refusent la modernité occidentale
du politique, modernité qu'ils trouvent anormale sinon amorale et
anti-démocratique.
Archéologie, politique et
révisionnisme : une « première nation » européenne en Amérique?
Patrick Plumet
Deux découvertes, celle de l’Homme
de Kennewick aux États-Unis et celle d’un micronucléus de type paléoarctique en
Islande, ainsi que le recyclage d’une vieille théorie sur une origine
paléolithique européenne d’un premier peuplement de l’Amérique sont examinés.
L’article essaye de comprendre la démarche des chercheurs et le contexte
sociopolitique dans lequel sont présentées, discutées et exploitées idéologiquement
ces nouvelles données et leurs premières interprétations. Quelques réflexions
sont proposées au sujet de l’exploitation extra-scientifique et idéologique qui
se développe à partir de ces « scoops » officieux de la préhistoire.
2000 (volume XXX)
n° 2
Sujets divers. Tzeltals (Chiapas), Groupes du Pays d'En Haut, Attikamekw
(Haute-Mauricie), Tutchones (Yukon), Innus et Inuits (Labrador) et Dorsétiens
(Baie d'Hudson).
Histoire, symbolisme et modes de
résistance chez les Tzeltals de la Selva Lacandona (Chiapas), 1940-1994
Martin Hébert
À travers un examen de la
conjoncture qui a mené à la colonisation de la Selva Lacandona (Chiapas) par
des autochtones tzeltals à partir des années quarante, cet article tente de
retracer l'origine de certains des éléments symboliques qui sont intervenus
dans le processus de mobilisation sociopolitique ayant débouché sur le
soulèvement zapatiste de janvier 1994. L'un de ces éléments est constitué par
le découpage en trois périodes que font les Tzeltals eux-mêmes de l'histoire de
leur communauté : l'exode, la déception et la mobilisation sociopolitique. Ce
découpage, par ailleurs, s'est trouvé fortement influencé par les enseignements
de la théologie de la libération de telle sorte que la mobilisation
sociopolitique visant à résoudre les injustices sociales qui sont perpétrées
contre les Tzeltals doit nécessairement se comprendre à travers un symbolisme
composite dont les diverses constituantes se sont développées en synergie et où
des figures comme le « patron » se sont vues remplacées par le « gouvernement »
au moment même où des formes traditionnelles de résistance étaient remplacées
par un mode de revendication plus organisé.
Postes français et villages
indiens : un aspect de l’organisation de l’espace colonial français dans le
Pays d’En Haut (1660-1715)
Gilles Havard
Dans le Pays d'En Haut (région des
Grands Lacs), l'espace colonial ne se structure pas sous l'effet d'une
dynamique de peuplement mais, d'une part, à travers le rôle central et
polarisateur joué par la ville de Montréal, qui sert de trait d'union avec le
Pays d'En Bas (la vallée du Saint-Laurent), et de l'autre, localement, par le
biais de l'interaction entre les postes de traite et les villages indiens. Cette
connexion (poste/village), véritable support de la présence coloniale française
en Amérique du Nord, constituait l'indice de l'incorporation ? partielle ? du
Pays d'En Haut au sein de l'empire français.
Commerce des fourrures et société
autochtone en Haute-Mauricie à la fin du xviiie siècle
Claude Gélinas
La correspondance échangée entre
Frederick Haldimand et Louis-Joseph Godefroy de Tonnancour, à la fin des années
1770, constitue jusqu'à présent la plus abondante source d'information sur
l'histoire et sur les occupants de la Haute-Mauricie à cette époque. Elle livre
des données sur le commerce des fourrures, sur l'identité des commerçants et
sur la rentabilité de leurs opérations. De plus, elle offre un aperçu de
l'organisation sociale et des comportements économiques des autochtones des
Hauts mauriciens. Le commerce des fourrures en Haute-Mauricie était peu
lucratif puisque les autochtones de l'endroit préféraient se rendre à la Baie
James ou dans les King's Posts pour se procurer l'essentiel de leurs articles
de traite. Ces derniers commerçaient avec les marchands de la Haute-Mauricie
uniquement dans le but de se procurer une gamme limitée d'articles de traite
qu'ils jugeaient de meilleure qualité que ceux offerts ailleurs.
Vendetta et cérémonie de la paix
chez les Athapascans tutchones (Yukon) : Pour une critique du lien nature et
violence fait par saint Augustin, Hobbes et Lévi-Strauss
Dominique Legros
Dans un premier temps, cet article
montre que la théorie de l'alliance (augustinienne et lévi-straussienne) relève
de la problématique hobbesienne de l'ordre. Il révèle combien cette
problématique est ancienne dans la pensée occidentale et en quoi l'opposition
qu'elle fait entre nature/guerre d'une part et culture/paix d'autre part est
une théorie locale et non pas universelle ou même rationnelle. Dans les
sections 2 et 3, l'auteur avance deux thèses centrales sur la base de données
ethnographiques provenant des Athapascans tutchones septentrionaux. Tout
d'abord, il n'existe pas de causes de guerre qui soient universelles. Toute
guerre est fondée sur des prétextes culturellement définis et liés à des
structures particulières. Ce qui est odieux ici peut être anodin là-bas. C'est
pourquoi on doit avancer que la violence est toujours partie intégrante de la
culture comme les erreurs grammaticales n'existent que par la présence de
grammaires et de langues données. Grâce à l'analyse de la conception de la
violence (section 2) et du rituel de paix (section 3) tutchones, on constate
qu'un cycle paix/violence comprend toujours en fait un troisième temps qui en
fait un cycle ternaire paix/violence/paix et qu'il est donc plutôt un rapport
d'affirmation et de réaffirmation solennelle des termes des structures d'ordre
? en quelque sorte le tic-tac d'un mouvement d'horloge. Qu'il en soit ainsi
dans nos sociétés est plus difficile à percevoir car nous n'avons pas assez de
distance sur notre propre monde. Néanmoins, en prenant l'évolution de la notion
de viol sexuel l'article permet de montrer que nos violences ne sont pas d'une
nature moins culturelle que celles des Tutchones, et que le viol ? et le procès
qui le suivait ? n'était que le tic ou le tac du tic-tac d'une vieille horloge
et une réaffirmation des termes de la structure alors acceptable des rapports
hommes/femmes et, entre autres, des types de comportements qui dans cette
structure étaient interdits aux femmes et qui, « provoquant le crime », l'«
excusaient éventuellement ».
Après la capture des phoques et
des caribous : Une reformulation des modèles d'adaptation dans le Subarctique
oriental
Marianne P. Stopp
La viande gelée, «’la viande
putride’», les ‘ufs pulvérisés et les caches d'entreposage constituaient chez
les peuples autochtones de la période historique du Subarctique oriental des
moyens réels et éprouvés pour assurer leur subsistance. L'auteure de cet
article développe l'idée que les données ethnohistoriques peuvent servir de
points de comparaison valables dans l'étude des besoins des groupes
préhistoriques en matière de transformation et d'entreposage de la nourriture.
Les modèles d'adaptation actuels sont construits et définis en fonction de
l’acquisition des ressources; cependant, la transformation et l'entreposage de
la nourriture sont des facteurs tout aussi cruciaux dans la survie en milieu subarctique
et ils devraient être davantage pris en considération dans les discussions sur
l’adaptation.
Le site IcGm-5, une occupation
dorsétienne sur la côte est de la baie d’Hudson
Claude Pinard
Les diverses recherches
archéologiques dans l’Arctique de l’Est ont révélé le manque de données sur les
sites comportant uniquement des structures de tente, l’emphase des travaux
ayant reposé plutôt sur les sites avec des structures semi-souterraines. Les
données récoltées sur IcGm-5 en 1995 nous ont fourni un peu d'information sur
une occupation dorsétienne non hivernale de la côte est de la baie d’Hudson.
Une comparaison avec quelques sites de l’Arctique de l’Est au chapitre des
structures de tentes et d'une partie du matériel lithique nous permet de dater l'occupation
du site à la période dorsétienne moyenne.
2000 (volume XXX)
n° 3
Les Hurons de Wendake
Le territoire de chasse des
Hurons de Lorette
Jocelyn Tehatarongnantase Paul
Le mode de vie des Hurons de Lorette
témoigne de la capacité qu’avaient les groupes amérindiens du Nord-Est à
s’adapter à un environnement changeant. Ces Amérindiens, issus de la famille
iroquoienne et qui avaient un mode de vie d’horticulteur typique de cette
région au moment du contact, se sont tournés vers celui de chasseurs au
tournant du xviiie siècle. Cet article s’intéresse aux limites du
territoire de chasse fréquenté par cette nation ainsi qu’à son mode
d’occupation et ce plus particulièrement pour la période du xixe siècle.
Délimité par la rivière Saint-Maurice à l’ouest et la région de Charlevoix à
l’est, ce territoire allait, au nord, jusqu’à la limite des eaux et au sud
jusqu’à la rivière Saint-Jean. L'article met en évidence une certaine variation
en ce qui a trait à la limite est dans le secteur de Charlevoix et à la forte
présence huronne sur la rive sud du Saint-Laurent. L’auteur souligne la grande
mobilité de certains chasseurs qui, loin de se limiter à leur zone familiale,
parcouraient l’ensemble du territoire de leur nation, et il démontre que les
zones occupées par certaines familles avaient tendance à bouger au fil des
générations.
Après avoir souligné les limites de l’analyse faite par Frank G. Speck en 1927
dans un article intitulé Huron Hunting Territories in Quebec, c'est en
confrontant diverses sources historiques et en tenant compte de données
démographiques que l’auteur remet en question la notion de territoires de
chasse familiaux exclusifs chez les Hurons de Lorette. En s’inspirant d’auteurs
tels que Tanner et Morantz, il conclut que les groupes de chasseurs hurons
avaient adopté un comportement adaptatif en se déplaçant sur l’ensemble du
territoire de leur nation. Bref, les Hurons n’avaient pas de territoires de
chasse familiaux à proprement parler mais plutôt un système de zones de chasse
très flexible au sein duquel des individus et des groupes de chasse masculins
pouvaient circuler de façon relativement flexible au fil des décennies et des
générations.
Les règles d’alliance et
l’occupation huronne du territoire
Jean Tanguay
Le présent article porte sur
l’occupation territoriale huronne dans une perspective ‘ internationale ‘ :
celle des ententes entre nations alliées pour la fréquentation et l’utilisation
du territoire laurentien. L’auteur vérifie plus précisément si les règles
d’alliance furent déterminantes dans la façon dont les Hurons réfugiés à Québec
en 1650 ont pu accéder à de nouveaux territoires pour leurs activités de
subsistance. Cette étude se distingue ainsi de la plupart des recherches
publiées jusqu’à présent sur la territorialité amérindienne, notamment celles
de Frank G. Speck, qui, au début du xxe siècle, portaient sur les
modes d’utilisation et de partage du territoire à l’intérieur de certaines
bandes autochtones du Québec. L’étude de ces ententes et de la logique qui les
sous-tend mène notamment à une nouvelle compréhension du mode d’accès et de
partage des territoires de chasse chez les nations domiciliées de la vallée du
Saint-Laurent entre les XXVIIe et XIXe siècles. Elle
démontre également à quel point ces nations sont parvenues à préserver une
certaine autonomie politique et juridique qui leur aurait permis de se répartir
ou de mettre en commun une très grande portion du territoire, et ce, en dépit
des prétentions territoriales des pouvoirs coloniaux français et anglais.
La tradition de commerce chez les
Hurons de Lorette-Wendake
Denys Delâge
L'histoire du commerce des Hurons de
Lorette-Wendake, à proximité de la ville de Québec, durant la période de 1650 à
1950, illustre un processus d'appropriation de la modernité en même temps que
la force de résistance et d'inventivité d'une petite communauté, sur le plan
culturel. Les Hurons, autrefois agriculteurs, se sont vite ajustés aux réalités
nouvelles en faisant de la chasse leur activité principale, à laquelle se sont
aussitôt greffées l'artisanat et la vente de leurs produits. Les Hurons ont su
tirer parti de leur différence et de la proximité de la ville : c'est toute
leur culture qu'ils ont mise en ‘uvre dans l'interaction avec l'Autre (visites
diplomatiques et touristiques dès les débuts du xviiie siècle qui
théâtralisaient une dialectique du même et de l'autrui). Les Hurons sont
maintenant comme les Eurocanadiens en ce qui a trait aux phénotypes ? de la
religion, de la langue et de l’architecture ?, mais ils sont différents dans
leur conscience de soi, leurs métiers, leur statut politique et leur histoire.
Les Hurons font de tout cela leur entreprise pour vivre de manière relativement
prospère et pour signer le monde moderne à leur manière. Les premiers
entrepreneurs émergent à Lorette vers 1830-1840, ce qui place ces Hurons à
l'avant-garde des Indiens du Canada depuis un siècle et demi; avant-garde
également dans les progrès de l'éducation et pour l'accès aux institutions politiques.
Au-delà de l'histoire des Hurons et de leur commerce, cet article, écrit à
partir du dépouillement d'archives, traite de l'identité et de la modernité.
Les Hurons et la Conquête’: un
nouvel éclairage sur le ‘‘traité Murray’’
Alain Beaulieu
Jusqu’à maintenant, on possédait peu
d’informations sur le rôle des Hurons dans les derniers moments de la guerre de
Sept Ans. On ne trouvait à leur sujet que de brèves allusions dans la
documentation française de l'époque. La découverte récente d’un document de
1828, qui rapporte des éléments de la tradition orale des Hurons sur cette
période troublée, comble en partie cette lacune. Ces éléments de la tradition
orale des Hurons, transmis par le chef Petit Étienne, alors âgé de 91 ans, nous
permettent de suivre un peu mieux l’histoire des Hurons de Lorette pour la
période qui va de la défaite des Français sur les Plaines d’Abraham (septembre
1759) à la capitulation de Montréal (septembre 1760).
Une fois replacé dans le contexte plus large des démarches diplomatiques des
Britanniques pour obtenir la neutralité des Amérindiens domiciliés de la vallée
du Saint-Laurent, le témoignage du chef Petit Étienne jette un éclairage
intéressant sur les choix faits par les Hurons dans les derniers mois de la
guerre de Sept Ans. Ce document montre notamment que les Hurons avaient
conservé pendant plusieurs décennies le souvenir de leur rencontre avec le
général James Murray, une rencontre qui s’inscrit dans le prolongement direct
du traité d’Oswegatchie (30 août 1760), ce qui témoigne bien de l’importance
qu’elle avait à leurs yeux. Mais le récit de Petit Étienne vient aussi appuyer
la position de ceux qui considèrent que le document du 5 septembre 1760, que
Murray fit remettre aux Hurons, ne peut pas être considéré comme un traité et
qu’il constitue essentiellement un sauf-conduit qui devait faciliter le retour
des Hurons vers leur village, abandonné l’automne précédent.
Les Indiens et le système
judiciaire criminel de la province de Québec : les politiques de
l’administration sous le Régime britannique
Helen Stone
Cet article résulte d’une étude
effectuée en 1996-1997 et relève à la fois des disciplines historique,
juridique et sociologique. Le texte porte sur l’administration de la justice
criminelle au Québec en rapport avec les Amérindiens domiciliés de la province,
et contient également des données concernant les Indiens hors Québec résidant
dans les territoires dits ‘ non organisés ‘ de l’Ouest. L’article vise à
comparer comment le processus judiciaire fut mis en application à l’endroit des
autochtones et des non-autochtones résidant dans les régions de Québec,
Montréal, Trois-Rivières et Detroit. La période analysée se situe entre le
mitan du xviiie siècle et le tout début du xixe. Les
sources consultées aux Archives nationales du Canada comprennent, entre autres,
celles des Secrétariats publics, des Gouverneurs et autres documents officiels,
des Comptes publics, des Shérifs et des documents relatifs à l’administration
des prisons, du ministère de la Guerre ainsi que des registres relatifs aux
Affaires indiennes. Furent principalement consultés, aux Archives nationales du
Québec, des documents légaux en rapport avec le processus judiciaire, tels le
plumitif du greffier, les mandats, les listes du jury d’accusation et celles du
‘ petit jury ‘, les actes d’habeas corpus, les actes de mise en accusation, les
témoignages d’enquêtes du coroner, et autres dépositions et requêtes.
L’étude démontre que, si le processus judiciaire dans la province de Québec a
été constitué dans le but de prendre en charge l’individu et son crime, il a
toutefois souvent été édulcoré, dans le cas des Amérindiens, pour tenir compte
de la nécessité qu’avait le gouvernement de reconnaître les alliances
politiques conclues avec les nations autochtones et leurs fédérations. Dans la
dernière partie du xviiie siècle, la clémence se révéla être une
caractéristique assez courante du système judiciaire criminel. En raison du
déclin du pouvoir politique des nations autochtones, à la suite de la guerre de
1812, la justice fut finalement rendue sur une base d’égalité entre les Blancs
et les Autochtones.
Les Hurons et l’émancipation : le
maintien d’une identité distincte à Lorette au début du xxe siècle
Patrick Brunelle
Cet article est une analyse sur le
sentiment identitaire des Hurons de Lorette au début du xxe siècle,
à une époque où s'accélérait le processus devant mener à l’émancipation des
Indiens. Le texte couvre une période peu exploitée en histoire huronne et se
penche sur une réalité peu traitée par les chercheurs qui s’intéressent à cette
collectivité. Ayant progressivement perdu leurs territoires de chasse et de
pêche et adoptant alors l’artisanat comme principale base économique, les
Hurons de Lorette se transforment culturellement au cours des siècles qui
suivent leur installation dans cette petite réserve en 1697. La proximité d’une
ville comme Québec et les contacts fréquents avec sa population viennent
accélérer la francisation et l’adoption de la religion catholique. À la fin du
xixe siècle et au début du xxe, le gouvernement fédéral multipliera
les efforts afin de pousser vers l’émancipation les bandes indiennes qu’il juge
suffisamment assimilées. Cependant, en dépit des transformations culturelles et
de la pression ainsi exercée, les Hurons refuseront l’émancipation. Sur la base
du maintien d’un sentiment identitaire distinct, ils continueront à se
percevoir différemment des autres Canadiens et refuseront d’abandonner leur
statut d’Indien et leur réserve.
D’abord entreprise dans le cadre d’une recherche en histoire, cette étude
emprunte aussi à l’anthropologie et à la sociologie (les travaux de Gérin).
Elle s'appuie principalement sur le journal du chef huron Pierre-Albert Picard
(chef de 1916 à 1920) ainsi que sur diverses monographies et articles consacrés
aux Hurons de Lorette (Gérin, Speck, Falardeau, etc.). Les journaux de l’époque
et certains documents d’archives ont aussi été consultés, de même que des
travaux plus récents de chercheurs, notamment ceux d’Eugene Roosens.
Note de recherche
Adams et la carte sur bouleau du chef Nicolas Tsawanhonhi Vincent
Jocelyn Tehatarongnantase Paul
Les Hurons de Lorette furent
employés à titre de guides et de porteurs par plusieurs arpenteurs de la
Couronne au cours de la majeure partie du xixe siècle. Ainsi,
Nicolas Tsawenhonhi Vincent, grand chef de sa nation, guida l’expédition d’Adams
et Baby qui eut lieu à l’été 1829. Ces derniers nous ont légué une carte
communément appelée ‘‘plan Vincent’’ qui est, de toute évidence, une
reproduction de la carte sur écorce de bouleau que le grand chef des Hurons
avait en sa possession lors de l’expédition. Cette carte, qui comporte au-delà
de trois cents lacs, rivières et cours d’eau, témoigne de la mémoire
topographique exceptionnelle de cet Amérindien et du fait que les Hurons de
Lorette fréquentaient tous les bassins hydrographiques entre les rivières
Saint-Maurice et Saguenay au cours des XVIIIe et XIXe
siècles.
1999
(volume XXIX) n° 1
Couleurs de l'identité en archéologie
Le Sylvicole supérieur à l’embouchure
du Saguenay est-il iroquoien?
Michel Plourde
Des recherches archéologiques
portant sur l’exploitation paléohistorique des ressources marines par les
Amérindiens, ont été menées à l’embouchure du Saguenay depuis 1987. Elles ont
révélé trois composantes archéologiques principales : l'utilisation courante de
la céramique, d’outils de mouture et de cherts appalachiens, le rejet de la
moitié des déchets culinaires à l’extérieur des enceintes de combustion et une
très forte proportion d’ossements de mammifères marins (95’%) parmi les restes
fauniques. Cet article tente de démontrer que cette exploitation spécialisée
était l’’uvre de groupes iroquoiens vivant le long de la vallée du
Saint-Laurent, et que ce type de chasse s’est poursuivi tout au long du
Sylvicole supérieur (1000-1535’ap. J.-C.).
Quelques notes sur la bande
algonquine ountchatarounounga (onontchataronon) de la vallée de l’Outaouais
James F. Pendergast
À partir des sources primaires
documentaires, cartographiques et linguistiques, couplées à des données
archéologiques récentes, cet article tente de vérifier l’hypothèse selon
laquelle la bande algonquine ountchatarounounga a pu entretenir des liens avec
les Iroquoiens du Saint-Laurent avant la dispersion de ces derniers vers 1580.
Selon les données archéologiques disponibles, rien n’indique que cette bande
algonquine, établie le long de l’axe des rivières Cataraqui et Rideau, au sud
de l’île Morrison, avant 1640 env., aurait eu des rapports avec les Iroquoiens
du Saint-Laurent. Cette constatation soulève la possibilité que les Algonquins
n’étaient pas encore présents dans la vallée de l’Outaouais avant 1580 environ.
Il est toutefois possible que, lors de leur dispersion, des réfugiés iroquoiens
d’Hochelaga aient été assimilés par des bandes algonquines. C’est ainsi que
certains de leurs descendants anonymes en seraient venus à raconter à Vimont,
en 1642, que leurs ancêtres avaient autrefois vécu sur l’île de Montréal.
Regards sur le passé. Réflexion
sur l'identité des habitants de la vallée du Saint-Laurent au XVIe siècle
Roland Tremblay
Confrontée à des difficultés
méthodologiques inhérentes à la discipline archéologique, l'identification des
groupes humains du passé s'articule dans un contexte actuel où des intérêts
variés peuvent mener à des interprétations différentes du passé. Cet article
examine et compare trois positions actuelles sur l'identité des habitants de la
vallée du Saint-Laurent rencontrés par Jacques Cartier au xvie siècle : celle de
l'anthropologie telle que mise de l'avant par les archéologues, celle d'un
historien huron et celle d'un anthropologue qui a travaillé chez les Mohawks.
Quelques points d'articulation possible entre les positions sont soulevés. Nous
croyons que les différences d'interprétation sur un élément important de
l'histoire amérindienne de la région ont intérêt à être comparées, ne serait-ce
que pour amorcer une discussion entre les communautés et éviter le chauvinisme.
Frontière et zone frontalière en
Mésoamérique préhistorique : le cas du Honduras
José Dario Izaguirre
Après une brève description du
concept d'aire culturelle, cet article examine, à la lumière des concepts de
frontière et de zone frontalière, comment s'articule la limite entre les deux
aires culturelles que sont l'aire Mésoaméricaine et l’aire Intermédiaire dans
le discours archéologique. En s'appuyant sur une liste de traits culturels
provenant de certaines régions du Honduras et du Nicaragua, l'auteur établit
des liens avec l'une ou l'autre des aires culturelles à travers le temps et
montre que le positionnement d'une limite entre les deux aires est un processus
arbitraire qui a plutôt tendance à restreindre notre compréhension de la
spécificité de cette partie de l'Amérique centrale ? qui reste encore très peu
connue archéologiquement.
L'archéologue, la culture
matérielle et les problèmes de l'ethnicité
Norman Clermont
Les groupes humains expriment ce
qu'ils sont dans ce qu'ils font mais ils font toutes sortes de choses. Or,
chacune de ces choses n'encode qu'une fraction de la personnalité de ceux qui
les font, et celles que l'archéologue retrouve ne correspondent elles-mêmes
qu'à une fraction de la production culturelle. Ce ne sont pas toujours les
choses les plus représentatives. Pas toujours non plus les plus chargées en
attributs de distinction. C'est la raison pour laquelle on a souvent de la
difficulté à reconnaître l'identité ethnique des groupes auxquels ces artisans
appartiennent.
Autres articles
Les sacrifiés de Pampa de las Florès : contribution archéologique à l’étude
du sacrifice humain dans les Andes préhispaniques
Peter Eeckhout
En s’appuyant sur l’analyse des
ensembles funéraires découverts lors des fouilles menées dans le site de Pampa
de las Florès (vallée du Lurín, côte centrale du Pérou), l’auteur développe une
discussion sur la signification des restes mortuaires humains préhispaniques
dont la disposition et le contexte se situent hors des normes habituelles. Tout
en indiquant qu’il s’agit de sacrifices, il propose deux interprétations’: soit
que nous ayons affaire à des offrandes de fondation, soit que les individus
aient été destinés à accompagner un défunt de statut spécial.
L'organisation sociale des
Atikamekw au XIXe siècle
Claude Gélinas
Principalement à partir d'une
analyse des archives de la Hudson's Bay Company et des missionnaires oblats,
cet article retrace l'évolution des trois types d'unités sociales que l'on
retrouvait au sein de la population atikamekw de la Haute-Mauricie au xixe
siècle ? à savoir la bande, le groupe de chasse et la famille ? dans le cadre
de la coexistence avec les Eurocanadiens. Selon l'auteur, l'interaction avec
les Eurocanadiens aurait eu peu d'impact sur l'organisation sociale des
Atikamekw qui sont demeurés organisés à l'intérieur de groupes de chasse
comprenant chacun quelques familles apparentées. La venue des commerçants et
des missionnaires a cependant contribué à la transformation des bandes
mauriciennes en unités sociopolitiques, en plus de forcer une redéfinition des
qualités requises de la part des chefs de bandes.
1999
(volume XXIX) n° 2
Iroquois au présent du passé
Onontio, le grand arbre et la
chaîne d'alliance : Le discours du marquis de Beauharnois aux Kanehsata’kehró:non,
août 1741
Louise Johnston
Le présent article porte sur l'usage
du langage métaphorique dans l'art oratoire des Iroquois, en particulier lors
d'un conseil tenu en août 1741 entre le Marquis de Beauharnois et les
Kanehsata'kehró:non. Dans son discours, Beauharnois utilisa trois métaphores
iroquoises importantes : le feu, l'arbre et la chaîne. L'auteure montre que
Beauharnois a systématiquement étendu le sens de ces métaphores bien au-delà de
ce qui était admis dans les coutumes et la tradition des Iroquois. La
préoccupation de Beauharnois, comme d'ailleurs de presque tous les Européens,
touchait aux retombées du conseil. Il désirait s'assurer que les
Kanehsata'kehró:non s'engagent dans une alliance permanente, et il construisit
son discours en conséquence. La critique du discours de Beauharnois se
concentre sur une analyse des concepts iroquois de procédure et de
renouvellement.
’ Un malaise qui est encore
présent ‘
Les origines du traditionalisme et de la division chez les Kanien’kehaka de Kahnawake au xxe siècle
Gerald F. Reid
Cet article examine le développement
du traditionalisme et de la division chez les Kanien’kehaka de Kahnawake à la
fin du xixe siècle et au début du xxe. L’auteur analyse trois séries
d’événements connexes : 1) la réponse des Kahnawakeró:non à l’application de la
Loi sur les Indiens dans leur réserve en 1889; 2) l’établissement d’un ordre de
religieuses enseignantes à Kahnawake par le département des Affaires indiennes
(DAI) en 1915; et 3) la participation locale au Conseil des Nations (Council of
Tribes), ou mouvement Thunderwater, entre 1916 et 1920. L’étude de ces
événements offre une nouvelle compréhension du développement culturel et
politique de Kahnawake durant cette période, ainsi que du renouveau
traditionaliste amorcé au sein de la communauté pendant les années 1920 et
1930.
La politique du deuil : le
factionalisme onontagué et la mort de Canasatego
Jon W. Parmenter
La vie, la mort et le rituel du
deuil du chef onontagué Canasatego (actif de 1742 à 1750) fournissent un
excellent matériau pour une étude de cas sur la nature du leadership dans la
société iroquoise du dix-huitième siècle. Canasatego a probablement acquis son
importance tant par ses talents oratoires que par ses liens diplomatiques avec
plusieurs colonies anglo-américaines, la Pennsylvanie en particulier. Explorer
sa brève carrière publique et sa mort mystérieuse durant une époque critique de
l'histoire iroquoise permet de nouveaux aperçus sur la façon dont les Iroquois
géraient leur propre système politique des factions et dont ils parvenaient à
préserver un haut niveau d'indépendance culturelle en dépit des pressions
exercées par les pouvoirs coloniaux rivaux.
L’héritage de Kinzua. La
reconquête du pouvoir chez les femmes sénécas
Joy A. Bilharz et Thomas S. Abler
En 1848, une révolution se produisit
dans les réserves d’Allegany et de Cattaraugus, à l'ouest de l’État de New
York. Elle a mené à la création d’un conseil élu, chargé de gouverner la nation
sénéca. Les élections étaient bisannuelles et réservées aux hommes sénécas
adultes. Un siècle plus tard, au cours des années 1950, alors que la
construction du barrage de Kinzua semblait inévitable, les femmes jouèrent un
rôle de premier plan dans la lutte contre ce projet et les efforts pour obtenir
du gouvernement un dédommagement financier pour la perte des terres de la
réserve d'Allegany. Ces luttes portèrent sur la place publique la situation
injuste des femmes sénécas, à qui on refusait le droit de vote. Elles obtinrent
pour la première fois ce droit aux élections de 1964, puis, en 1966, celui de
se présenter aux divers postes administratifs de la nation sénéca. Bien qu’aucune
femme n’ait, jusqu’à présent, assumé le poste de président, le rôle des femmes
à l’intérieur de ce monde politique complexe qu’est celui de la nation sénéca
est ici l’objet d’un examen.
La ‘ loi des condoléances ‘ et la
structure de la Ligue
Commentaire sur The Great Law and the Longhouse: a Political History of the
Iroquois Confederacy de William N. Fenton
A. Brian Deer
Après avoir examiné la structure de
l’ouvrage de Fenton ainsi que les sources utilisées, ce texte critique
considère quelques questions d’un point de vue iroquois. L’auteur de l'essai
discute d’abord de la distinction problématique entre la ‘ Ligue ‘ et la ‘ Confédération
‘ iroquoise. Il examine ensuite ensuite les perceptions différentes qu’ont les
iroquoïennistes, d’une part, et les Iroquois, d’autre part, sur la grande loi
de la paix, la cérémonie des condoléances et le wampum à deux rangs. Il traite
plus loin de la politique de la terminologie et constate la présence de l’’
orientalisme’ d’Edward Said dans l'‘uvre de certains iroquoïennistes. Après
avoir souligné le manque d’information sur les femmes iroquoises dans cet
ouvrage, il conclut que ce livre très dense ‘ sera consulté beaucoup plus
souvent qu’il ne sera effectivement lu ‘.
Les Relations des Jésuites de la
Nouvelle-France
Guy Laflèche
Les relations des Jésuites de la
Nouvelle-France occupent une place importante parmi les écrits du Régime français,
non seulement parce qu'ils sont nombreux (on compte 60 volumes), mais encore à
cause de leur régularité, puisqu'ils ont paru chaque année de 1632 à
1673. Ces ‘ relations ‘ n'ont rien à voir avec des relations de
voyage. Il s'agit de relations missionnaires, un genre fort répandu de
journalisme dévot. Or, ce qui est paradoxal ici, c'est que ces ouvrages
populaires constituent pour nous aujourd'hui un document anthropologique majeur
de l'américanité française du xviie siècle. Il est donc temps de faire le
point sur la redécouverte de la collection, ses études et ses éditions
classiques, de 1840 à 1940, puis sur les trente ans d'études dévotes qui ont
précédé la relance des éditions modernes à partir de 1972. Ces ‘
documents historiques ‘ redeviennent alors ce qu'ils étaient à l'origine
: des livres destinés à la lecture!
1999
(volume XXIX) n° 3
Signatures post-coloniales
Le diabète chez les autochtones :
regard sur la situation à Betsiamites, Natashquan et La Romaine
Bernard Roy
À partir des évaluations des
services de santé montagnais de Natashquan et de La Romaine et d'une recherche
sur le diabète chez les Montagnais de Betsiamites, l'auteur propose une
approche anthropologique critique de l'épidémie de diabète qui affecte
aujourd'hui les nations autochtones. Il s'appuie, entre autres, sur le concept
de colonialisme interne qui permet de mettre en lumière les dimensions
politiques intimement liées à la genèse de cette maladie classiquement associée
par la médecine à un défaut du patrimoine génétique des peuples autochtones et,
par les sciences sociales, aux avatars d'un processus d'acculturation. Plus
précisément, l'auteur suggère que la non-adhésion des diabétiques aux
traitements prescrits par le monde biomédical peut être appréhendée comme un
geste de résistance au pouvoir blanc. Selon lui, il s’agirait surtout de l’exercice
d’un choix mettant en jeu le maintien de comportements interprétés par les
milieux de la santé publique comme étant ‘ à risque ‘ mais conçus par de larges
segments communautaires comme des codes et des symboles de l’identité
autochtone résultant des métissages des dernières décennies.
Les bulletins de nouvelles à la
façon inuite : ‘ Qagik ‘, un outil de prise en charge culturelle et politique
Kate Madden
Cet article montre comment la Inuit
Broadcasting Corporation (IBC), par le biais d'une émission de nouvelles
télévisées produite par et pour les Inuits canadiens de l'Arctique central et
de l'Est, a atteint son objectif de renforcement de la culture inuite.
L'analyse des textes de cette émission, appelée ‘ Qagik ‘, montre qu'IBC a su
aborder, dès ses débuts entre 1983 et 1985, la création d'un bulletin
d'information d'une manière spécifiquement inuite, c'est-à-dire en reflétant la
culture inuite. L'existence de ce bulletin au sein de la programmation
canadienne et américaine a aidé à renforcer aux yeux des Inuits eux-mêmes et
aux yeux du reste du monde la valeur de la culture inuite. En ce sens, Qagik
fut un outil significatif pour les efforts de prise en charge culturelle des
Inuits, en appuyant leurs efforts constants d'élever leurs pouvoirs politiques
jusqu'à l'autodétermination, incluant le développement d'une province
quasi-indépendante appelée Nunavut, qui était demeurée, jusqu'en avril 1999,
une division des Territoires du Nord-Ouest.
Quand le Corbeau parle : la
radiodiffusion autochtone en Colombie-Britannique
Michael Seberich
Les stations de radio des premières
nations ont sans cesse attiré l'intérêt des chercheurs en communication et en
anthropologie. Mais, fait intéressant, ce ne fut pas le cas des activités
radiophoniques autochtones en Colombie-Britannique. Cet article essaie de
combler cette lacune en offrant un premier historique de l'utilisation de la
radio par les premières nations de Colombie-Britannique des années 1920 aux
années 1990. De plus, il donne une vue d'ensemble des diverses stations de
radio qui ont diffusé des émissions de radio autochtones en 1996 et en 1997.
L'article décrit les formats de ces émissions et présente quelques personnes
qui ont participé à leur production. À travers cette description, l'auteur
tente d'analyser la question de l'utilisation de la radio par les premières
nations de Colombie-Britannique et des implications politiques qui en ont
découlé.
Du déjà-vu en
Colombie-Britannique : l’affaire Delgamuukw et la controverse du potlatch
Isabelle Schulte-Tenckhoff
L’article aborde certains aspects de
l'affaire Delgamuukw, en Colombie-Britannique, à la lumière de la lutte contre
le potlatch à la fin du xixe siècle, en montrant leur continuité à la fois
historique, politique et discursive. Celle-ci contribue à perpétuer un rapport
foncièrement colonial entre peuples autochtones et secteurs non autochtones en
Colombie-Britannique. Sur cette base, l’auteure aborde la fonction-miroir des
peuples de la côte du Pacifique dans le discours judiciaire. Elle s’interroge
notamment sur les ambiguïtés de ce discours pour ce qui est du rôle futur des
peuples autochtones en tant que tels dans le cadre du projet multiculturaliste
canadien, lequel oscille souvent maladroitement entre la célébration des ‘
cultures distinctives ‘ autochtones et la sauvegarde d’intérêts économiques et
politiques établis.
Cheval Debout, un Indien de
France ?
Olivier Maligne
Est-il possible de choisir sa
culture, voire de l'inventer’? C'est en tous cas ce que suggère l'existence des
indianophiles, ces passionnés qui poussent leur admiration pour les Amérindiens
si loin qu'ils en viennent à s'identifier aux Amérindiens et à reconstituer
leur mode de vie, souvent sans aucun contact avec eux. Le cas du Français
Cheval Debout, malgré son caractère extrême et atypique, illustre parfaitement
la puissance du mythe de l'Indien, ainsi que les modalités de construction d'un
‘‘univers indien’’ comme mode nouveau de vie. À terme, cette volonté de
réaliser le mythe, de le vivre au quotidien, fait basculer l’indianophilie du
domaine de la simple représentation à celui de la culture construite en actes,
de l’utopie.
Un récit édifiant sur une récolte
et une chasse : la différence entre chacu inca et chacu colonial
Daphne S. Kelgard
Cet article étudie la différence
entre une pratique inca connue sous le nom de chacu et la pratique coloniale
espagnole du même nom. Après avoir tiré au clair la méthode préhispanique de
récolter les fibres de la vigogne et du guanaco, l’auteure souligne l’importance
d’une lecture critique des sources primaires du xvie siècle, en particulier
lorsqu’il s’agit de références aux Incas. La confusion entre chacu inca et
chacu colonial démontre clairement à quel point les méprises du colonisateur
espagnol au sujet des pratiques et significations propres au monde andin
risquent de compromettre notre compréhension des cultures andines
préhispaniques.
Les occupations paléoindiennes
récentes en Gaspésie : résultats de la recherche à La Martre
Éric Chalifoux
Cet article présente les résultats
de la recherche archéologique menée sur les occupations de la période
paléoindienne récente dans la région de La Martre en Gaspésie. L'auteur décrit
les assemblages des trois principaux sites qui ont fait l'objet de fouilles
extensives et donne les résultats préliminaires des travaux réalisés sur trois
sources de chert localisées à proximité de l'aire d'étude. Dans une perspective
régionale, l'article discute la chronologie, la nature et la fonction des
occupations, du mode de subsistance et des schèmes d'établissement des premiers
occupants de la vallée de La Martre il y a 8 000 ans.
Note de recherche
La pipe en pierre du site Inksetter, témoin précieux de l'univers symbolique
des Algonquiens du Bouclier
Marc Côté
Cette note de recherche signale la
découverte d'une pipe en pierre tendre recueillie sur le site Inksetter
(DcGt-42) lors d'un inventaire archéologique. Cet objet porte des gravures
anthropomorphes. Utilisant ce prétexte nous présentons aussi un ensemble
d'objets coniques en stéatite que nous croyons être la représentation
tridimensionnelle des esprits de la tente tremblante.
1998
(volume XXVIII) n° 1
Peuples autochtones dans le monde
Tragédie et travestissement : la
subversion de la souveraineté autochtone aux États-Unis
Ward Churchill
Si la suppression de la souveraineté
autochtone par divers États-nations représente l’un des problèmes omniprésents
et controversés de cette fin de millénaire, ses tenants et aboutissants sont
toutefois peu compris. Avec l’exemple des États-Unis, l’auteur fait l’historique
de la circonvolution judiciaire par laquelle les puissances coloniales ont
cherché à créer l’illusion qu’elles favorisent l’autodétermination autochtone,
alors qu’en réalité, elles ‘uvrent pour la restreindre, voire la nient purement
et simplement.
La Tchoukotka : une illustration
de la question autochtone en Russie
Yvon Csonka
La situation des peuples autochtones
de la Russie est présentée ici à l’exemple de ceux de la Tchoukotka, en
particulier les Tchouktches et les Esquimaux. Ces derniers font partie des
vingt-six ‘ petits peuples ‘ qui avaient été désignés par les Soviétiques en
vue de les soumettre à des mesures de ‘ développement ‘ ciblées. L’approche
historique s’impose en raison même de l’influence de ce passé dans la situation
d’aujourd’hui. L’attitude de l’État central est aujourd’hui caractérisée par le
lâchage économique et la négligence de la question autochtone. Cette dernière a
été et demeure essentiellement absente de la législation du pays. Le ‘ retour
aux traditions ‘ observé récemment est déterminé, sous son aspect économique,
par la nécessité de la subsistance, mais une tendance à l’affirmation
culturelle l’accompagne. Le mouvement autochtone manque des moyens, de l’expérience
et d’un programme précis qui lui permettraient de constituer un poids
politique. Les propositions de l’intelligentsia russe pro-autochtone sont
pragmatiques, mais ne suscitent aucun optimisme pour un proche avenir.
L’autochtonie en terre taiwanaise
Fiorella Allio
Peu connus, les Austronésiens de
Taiwan (380 000 individus) sont répartis en une douzaine de groupes ethniques
non encore sinisés. Ils résistent depuis trois siècles et demi à la
colonisation massive de l'île par des Chinois et à l'assimilation forcée
entreprise par les divers régimes qui s'y sont succédé. Le mouvement de défense
des droits des peuples autochtones a connu une ascension rapide depuis dix ans,
profitant de la libéralisation politique et de la multiplication des groupes
sociaux. Mais les améliorations obtenues, notamment à un niveau institutionnel
et budgétaire, n'ont pas encore permis de faire face à la situation précaire
dans laquelle se trouvent les aborigènes en matière de débouchés économiques
locaux et de droits fondamentaux, ni d'assurer pleinement le maintien de leur
altérité socioculturelle.
Orang Asli et Malais : équité et
titre aborigène en Malaysia
Patrick Sullivan
Dans le débat international sur les
droits des peuples autochtones, une approche réserve le droit à l’autodétermination
exclusivement aux États, le problème des droits autochtones étant rélégué dans
le domaine de la non-discrimination, tandis qu’une autre considère que les
peuples autochtones sont en mesure de se prévaloir du droit à l’autodétermination
au même titre que les peuples actuellement dominants. Or, on n’en est pas
encore là en Malaysia, où les Orang Asli (‘aborigènes’, ‘habitants originels’)
sont privés d’exercer leur droit à l’autodétermination en tant que premiers
occupants des terres qu’ils occupent depuis des temps immémoriaux sur la
péninsule de Malaisie, sans jouir pour autant pleinement des droits de
citoyenneté malaysienne. Cherchant à explorer les causes de cette situation, l’auteur
aborde, entre autres, la question du titre aborigène.
La Loi sur le titre aborigène en
Australie : pérennité du rapport colonial?
Jason Behrendt
Cet article offre une analyse juridique
de la Loi sur le titre aborigène promulguée en 1993 par le gouvernement fédéral
australien à la suite de la célèbre décision de la Haute Cour de l’Australie
dans l’affaire Mabo, qui a réfuté la doctrine de terra nullius et a reconnu le
titre aborigène. L’auteur argumente que cette décision offre une occasion de
choix pour redéfinir de manière constructive la relation entre autochtones et
non-autochtones en Australie. En principe, la Loi sur le titre aborigène
pourrait faciliter un tel processus. Mais en réalité, elle contribue à
réaffirmer le rapport colonial, en garantissant, une fois de plus, les
avantages que la doctrine de terra nullius fournit aux non-autochtones.
Terre kanak et identité
autochtone
Nicolas Guillemard
Cet article présente le modèle de
constitution de l’identité kanak et le regroupement des autochtones de la
Nouvelle-Calédonie en vertu du droit du premier occupant. Ce droit était
fondamental dans l’organisation des communautés kanaks distinctes de l’ère
pré-coloniale. La colonisation, par laquelle les habitants autochtones de l’île
furent privés de leur droit du sol, leur donna cependant les moyens
institutionnels et historiques pour inventer et faire valoir une culture
commune. Après la Seconde Guerre mondiale, la référence au premier habitant est
devenue un outil de mobilisation et de revendication des Kanaks qui réclamaient
alors l’indépendance.
Autres articles
Les impacts du complexe hydroélectrique La Grande sur les communautés
autochtones
Pierre Senécal et Dominique Égré
Cet article dresse pour la première
fois une synthèse des principaux impacts humains générés par la construction et
l'exploitation du complexe hydroélectrique La Grande sur les communautés
autochtones, ainsi que ceux des conventions signées dans son sillage. Avant
tout basée sur différents bilans (plus élaborés ou sectoriels) résumant les
études de suivi de ces impacts réalisées depuis les années 70, ce texte
présente d'abord les répercussions sur le plan humain des impacts biophysiques
découlant des aménagements hydrauliques et des accès routiers, qui ont avant
tout affecté l'exploitation des ressources fauniques. L'auteur décrit ensuite
brièvement les principaux impacts survenus dans les villages cris, inuits et
naskapis, qu'ils soient de nature économique, occupationnelle, administrative,
psychosociale ou culturelle.
Le ‘ petit commerce ‘ entre les
Trifluviens et les Amérindiens en 1665-1667
Jan Grabowski
Le présent article porte sur un
procès qui s’est déroulé à Trois-Rivières en 1667, quand les autorités
judiciaires commencèrent l’enquête sur la vente de l’eau-de-vie aux
Amérindiens. Malgré son cadre chronologique restreint, le texte vise un vaste
sujet, celui des rapports entre les Français et les Amérindiens. L’auteur
formule l’hypothèse que le ‘ petit commerce ‘, impliquant un nombre
considérable d’habitants et d’Amérindiens de la région trifluvienne, fut un
élément important dans le développement d’un terrain d’entente entre les deux
sociétés. Contrairement à la traditionnelle traite des fourrures, le petit
commerce attirait les habitants, leurs femmes, les volontaires et les
serviteurs, plutôt que les marchands importants et leurs engagés. Les
autochtones fournissaient à leurs partenaires français non seulement la
fourrure, mais aussi des objets d’artisanat et de la nourriture. À la lumière
de cette procédure judiciaire nous pouvons examiner un phénémène plus général,
celui des échanges culturels entre la société colonisatrice et les sociétés
autochtones.
1998
(volume XXVIII) n° 2
Développements théoriques en archéologie
Espace et archéologie :
réflexions sur la médiation entre l'homme et la nature
Pierre Dumais et Jean Poirier
De par leur pratique privée, les
auteurs ont été maintes fois confrontés à l'étude de faits archéologiques à
l'échelle de très grands territoires. Il s'est bientôt avéré que les approches
fonctionnalistes traditionnelles ne pouvaient fournir un cadre explicatif
satisfaisant et qu'il y avait nécessité de développer de nouvelles démarches
théoriques et méthodologiques en archéologie spatiale. L'approche structurale
exposée ici découle de la fusion entre l'anthropologie et la géomorphologie;
elle propose de considérer l'espace géographique comme objet de connaissance et
d'appropriation par les groupes humains de la préhistoire. Les différents
corpus méthodologiques mis de l'avant pour analyser l'espace livrent un canevas
géographique inédit sur lequel il est possible de construire des modèles
anthropologiques qui vont au-delà de l'économie de subsistance.
Esquisse du paysage sacré
algonquien. Une étude contextuelle des sites rupestres du Bouclier canadien
Daniel Arsenault
Ce texte propose des éléments
conceptuels et des moyens méthodologiques concrets pour établir une archéologie
des paysages culturels autochtones qui prendrait directement appui sur les
rapports complexes, tant matériels que symboliques, qu’entretenaient avec la
nature certaines communautés anciennes de chasseurs-cueilleurs rattachées à la
famille linguistique algonquienne. L’auteur de cet essai tente donc de mettre
en évidence le fait qu’il existe pour les archéologues préhistoriens d’autres
façons d’interroger les paysages autochtones passés. Plus spécifiquement, en
procédant à une étude contextuelle du cadre physique propre aux sites rupestres
(à tracés faits à l’ocre rouge) de la forêt boréale québécoise et en faisant
appel à des sources de renseignement autochtones, cette étude vise à obtenir
une meilleure compréhension de la dimension symbolique et religieuse de lieux
et espaces d’action sociale et rituelle afin de reconstituer des formes
spécifiques du paysage sacré algonquien dans l’histoire.
La géographie structurale
dynamique à la rencontre de l’archéologie, de l’anthropologie et de l’ethnohistoire
Gilles Ritchot
Selon la géographie structurale
dynamique, toute occupation à la surface de la terre, en plus de devoir être
rationalisée par une activité pratique, doit y valoriser économiquement une
position engendrée par une trajectoire : celle-ci ayant pour sa part réalisé un
contrôle politique de la mobilité corrélé à un interdit de propriété
axiologiquement investi. Ce parcours commence tout juste à être connu. C’est
pourquoi les recherches archéologiques, anthropologiques et ethnohistoriques,
quand elles s’intéressent aux rapports que les sociétés sans écriture
entretiennent avec leurs environnements, disposent encore de concepts
opératoires insuffisamment forgés. Or, en attendant qu’une théorie pertinente
soit disponible, la phraséologie qui en est privée ne verse pas nécessairement
dans un réductionnisme trivial. Elle peut aussi être composée d’une telle
manière que le réductionnisme en question soit vulnérabilisé et devienne par
conséquent disponible envers une critique qui, si l’on peut dire, se fait
attendre. Au Québec, les recherches sur les cultures amérindiennes auraient
largement prisé ce procédé. Les reconstitutions géographiques qu’elles
proposent tolèrent la formulation d’hypothèses contradictoires.
Le Sylvicole du Bouclier
Norman Clermont
Les groupes culturels qui ont
exploité le Subarctique depuis des temps préhistoriques encore mal connus
chronologiquement, y ont développé des formules adaptatives sans doute
variables et circonstanciées mais, à première vue, structurellement immuables. C'est
ce qui pourrait expliquer leur description comme un exemple de survivance. En
fait, de plus en plus de découvertes nous font croire que leur développement
culturel n'était pas imperméable ni réalisé dans l'isolement. Ces groupes ont
toujours été en contact avec d'autres groupes contemporains vivant sous
d'autres latitudes. Nous considérons qu'il est important de discuter leur
dynamisme dans un cadre élargi qui insiste davantage sur les osmoses que sur
les contrastes. La poterie du Subarctique est encore anecdotique mais n'est
plus exceptionnelle. Elle indique des contacts fréquents et soulève le problème
des échanges plus généraux d'information culturelle liés à ces contacts. C'est
ce qui est impliqué dans la formulation du concept de Sylvicole du Bouclier.
La logique du temps en
archéologie
Daniel Chevrier
Par définition, le temps forge le
cadre heuristique de la démarche archéologique. Pourtant , le cadre théorique
de l’archéologie contrôle encore mal cette donnée fondamentale. L’auteur
présente les composantes du temps et la nature assez univoque de la démarche
explicative de l’archéologie quant à la dimension temporelle de son objet d’étude.
Il propose ensuite une approche basée sur une compréhension des grands axes de
changement auxquels doit s’adapter tout groupe culturel à travers son histoire.
Autres articles
Quelques aspects de l'économie des gens de Weymontachie dans les années
1820, vus à travers les livres de comptabilité des compagnies de traite
Claude Gélinas
Cet article vise à documenter, à
partir des livres de comptabilité de la Hudson's Bay Company et de la King's
Posts Company, la nature et l'évolution de certaines pratiques économiques des
autochtones de Weymontachie dans les années 1820. Une méthodologie particulière
est proposée pour analyser les livres de comptabilité, et ce dans le but de
mettre à jour les habitudes de consommation d'articles de traite chez les
autochtones et detracer les grandes lignes de leurs activités prédatrices
(chasse, pêche et piégeage). Parallèlement, les résultats obtenus permettent de
mesurer l'impact de l'implantation récente des postes de traite en
Haute-Mauricie sur la culture matérielle et l'économie de subsistance des
autochtones.
Note de recherche
Le silence des Mohawks... ou des médias? La presse écrite et le déroulement
de l'enquête du coroner Guy Gilbert sur la crise d'Oka (1990)
Matthieu Sossoyan
Cette étude montre que la couverture
de la presse sur le déroulement de l'enquête du coroner Guy Gilbert et sur les
témoignages autochtones et policiers durant cette enquête n'a pas été nuancée
et équilibrée. Instaurée après les événements d'Oka en 1990, l'enquête du
coroner Gilbert avait pour mandat d'élucider les facteurs qui avaient accéléré
la fusillade entre les Mohawks et les policiers de la Sûreté du Québec ainsi
que la mort subséquente du caporal Lemay. Or, malgré les conclusions du coroner
sur le rôle majeur de la Sûreté dans cette affaire, la présente analyse tend à
montrer que la responsabilité de la police a été quelque peu occultée par des
journalistes des deux plus importants quotidiens français de Montréal tandis
que les témoins mohawks ont été sérieusement incriminés.
1998
(volume XXVIII) n° 3
Du futur au passé : Les Athapascans septentrionaux
" C'est comme ça
qu'ils l'attrapent ", paroles célestes dans les chants et les danses des
Dunne-zas
Robin Ridington
Pour la plupart des premières
nations d'Amérique du Nord, le cercle de la parole englobe autant des êtres non
humains et des forces de la nature que des humains. Cet article discute de la
place des chants dans les pratiques cérémonielles des Athapascans dunne-zas du
nord-est de la Colombie-Britannique. L'auteur décrit comment ces chants ont été
‘ descendus du Ciel ‘ par des gens connus sous le nom de ‘ Rêveurs ‘ et comment
ils servent à promouvoir la communication entre les humains vivants, les
esprits des humains ayant déjà vécu, les esprits-animaux et les forces de la
nature. Il explique également comment certaines images célestes confèrent du
pouvoir au langage cérémoniel des Dunne-zas en rapport avec les mythes et la
quête de vision. Enfin, l'auteur examine la manière dont les Dunne-zas
contemporains conservent l'esprit des pratiques traditionnelles bien qu'ils
aient à s'adapter à un nouvel ordre mondial.
Perches magiques et bossus
masqués : magie, jeu ou rituel?
Nicole Beaudry
Lors de ses récentes recherches chez
les Dènès des Territoires du Nord-Ouest, et plus particulièrement chez les
Slavey (du Nord), l’auteure de cet article a pris connaissance de descriptions
de deux activités que ses informateurs ont qualifiées de ‘ jeux ‘. Bien que
leur dimension ludique soit évidente, ces jeux contiennent plusieurs éléments
liés à des pratiques chamanistiques et rituelles. Étonnamment, l’auteure n’a
trouvé qu'une seule référence concernant ces activités dans la littérature
ethnographique athapascane. L'article est donc appuyé principalement sur des
données de terrain recueillies entre 1988 et 1992 et décrit ces jeux grâce à la
juxtaposition de plusieurs témoignages. Malgré le manque d'informations
anciennes, il offre également quelques pistes d'analyse, cherchant, entre
autres, à vérifier la parenté de ces jeux avec les autres jeux dènès et les
liens avec certains rituels anciens.
Postmodernité du corbeau dans la
tradition tutchone athapascane
Dominique Legros
Au cours des trois ou quatre
dernières générations, afin de réduire les dissonances qui se faisaient
entendre entre leur récit de la création du monde et la vie amérindienne telle
qu’elle est aujourd’hui, les Tutchones ont inséré dans la genèse athapascane
des compléments. Néanmoins, ces ajouts ne diluent aucunement le contenu
amérindien de leur texte le plus sacré et ne cherchent certainement pas à y
intégrer les idées sous-jacentes à la technologie, à l’idéologie véhiculée par
le christianisme ou même à la condition postmoderne. Au contraire, ces
suppléments révèlent en quoi La vie du corbeau comprenait d’avance toutes les
idées et tous les concepts occidentaux (sous-marins, bateaux à moteur, Jésus,
la Vierge Marie, la désintégration culturelle, etc. C’est ainsi que cette
histoire autochtone conserve sa pertinence dans et pour le monde contemporain
tutchone.
Les marmottes, les femmes et les
esprits gardiens : transformation spirituelle et chamanisme
Robert G. Adlam
Cet article examine divers aspects
du chamanisme tel que pratiqué par une société autochtone du Canada, les
Tahltans, des Athapascans du nord-ouest de la Colombie-Britannique. L’auteur s’est
intéressé surtout au processus de la transformation en chamane tel qu’il est
présenté dans les récits et les chants, et plus particulièrement au récit
intitulé ‘ L’homme qui devint une marmotte ‘ et aux chants qui l’accompagnent
et ont été recueillis. Quoique préoccupé par la naissance d’un chamane en
particulier, le récit évoque, de façon plus générale, les conduites appropriées
à l’égard des forces qui façonnent l’identité chamanique et les préoccupations
collectives qui y sont rattachées.
Le concept kaska de nitsit et la
valeur changeante de la prohibition de l’inceste
R. F. McDonnell
Cet article se penche sur un cas
particulier de transgression de règle qui a cours chez les Kaskas dans le
sud-est du Yukon. Par l’examen des symboles et de la dynamique sociale kaska, l’auteur
cherche à illustrer comment il se peut que la transgression de la règle
prohibant l’inceste peut revêtir une valeur sémantique positive ou négative. L’argument
selon lequel la formation d’un groupe kaska ne découle pas de considérations de
règles normalement associées à la parenté est fondamental pour l’interprétation
des données. C’est plutôt l’étalage moral d’une capacité individuelle qui sert
de ciment social aux bandes kaskas, si bien que la réflexion devient pertinente
pour d’autres sociétés subarctiques et même d’autres sociétés organisées en
bandes.
À la recherche du caribou
Henry S. Sharp
Cet article examine les
comportements d'un petit groupe de Chipewyans de Mission qui se sont rendus
près d'un lac des Territoires du Nord-Ouest pour chasser le caribou et faire de
la viande séchée. Ces Chipewyans savaient par expérience que les caribous
arrivaient toujours dans ce secteur vers le premier août. Or, un retard
inattendu des caribous a fait ressortir un certain nombre de différences dans
les comportements des chasseurs qui reflètent, de façon variable, à quel point
ceux-ci étaient convaincus de la pertinence du concept traditionnel selon
lequel les animaux sont des personnes douées d'un pouvoir surnaturel.
Les langues athapascanes du Nord
: une introduction
Keren Rice
Pour le linguiste, les langues
athapascanes représentent un défi de taille, à cause de leur complexité. Le
présent article décrit quelques aspects des langues athapascanes du Nord : le
problème de classification linguistique, quelques caractéristiques des systèmes
phonologiques, morphologiques, morphologiques, syntaxiques et sémantiques. L’auteure
présente les inventaires consonantiques et les particularités des voyelles dans
certaines de ces langues. Elle analyse ensuite le lexique nominal, les
postpositions et le système verbal, qui est très complexe, de même que
certaines propriétés syntaxiques intéressantes.
Archéologie des Dènès dans l’aire
de distribution du caribou de Beverly dans le Nord canadien
Bryan Gordon
Les chasseurs dènès et leurs
ancêtres de la tradition Talthelei dans le territoire du caribou de Beverly
(T.N.-O.) étaient fortement influencés par les migrations saisonnières de la
harde dont ils dépendaient depuis 2600 ans. Après avoir examiné les documents
historiques qui montrent que les Dènès se conformaient à un cycle saisonnier en
réponse à la mobilité du caribou, l’auteur démontre que les données
préhistoriques concordent avec les observations historiques. Selon son étude,
les sites archéologiques se retrouvent en effet dans le territoire de vêlage au
nord, puis sur la route de migration vers la forêt, avec des dimensions qui
reflète la densité des caribous (petits près du territoire de vêlage, gros et
stratifiés près des traverses des cours d'eau majeurs à la limite
septentrionale des arbres où le caribou se rassemblait) et enfin au sud dans la
forêt où ils sont petits, témoignant de la dispersion hivernale de la harde.
Bien que les traits de l'outillage soient uniques à chaque phase de la
tradition, leur similarité indique un mode de vie commun à travers le temps.
Le savoir anthropologique sur les
Dènès et son rapport avec le savoir dènè
Jean-Guy Goulet
Cet article fait l'examen critique
des désignations ethnographiques classiques d'unités tribales nord-athapascanes
et montre comment celles qui ont été adoptées dans le Handbook émanent en
grande partie de conventions ethnographiques commodes. L'article montre
également que les noms tribaux utilisés en anglais par les populations dènès
locales devant des étrangers changent au gré des fluctuations dans les
relations avec les Eurocanadiens. L'affirmation de l'existence d'une nation
dènèe représentant les intérêts des autochtones des Territoires du Nord-Ouest
ou la présentation de quelqu’un comme chef héréditaire réincarné sont deux
façons d'exprimer une identité de Première Nation distincte et politiquement
autonome. L’auteur souligne enfin que le savoir anthropologique devrait servir
à promouvoir la compréhension des mécanismes du développement (ou de
l'empêchement) de l'autodétermination chez les autochtones ainsi que les
processus politiques dans leurs contextes sociaux réels.
1997
(volume XXVII) n° 1
Innuat anutshish. Les
Montagnais aujourd'hui
La population montagnaise :
données disponibles et évolution récente
Jean-Pierre Garneau
Statistique Canada et le Registre
des Indiens du MAINC sont les deux sources majeures d'information en matière de
population indienne. Les données fournies par ces organismes permettent de
brosser un tableau de l'évolution quantitative des populations montagnaises
depuis une trentaine d'années. Ils permettent également des analyses plus
fines, touchant notamment la représentation des groupes d'âge et des genres,
l'attirance de la réserve comme pôle résidentiel, les effets démographiques de
la loi C-31. Toutefois, la validité des données disponibles n'est pas parfaite.
Cet article souligne les biais qui doivent être considérés et indique les
moyens de bonifier les données disponibles.
Loin des yeux, loin du c’ur :
Terre-Neuve et l’administration des Innus du Labrador
Adrian Tanner
Les Indiens et les Inuits de
Terre-Neuve et du Labrador entretiennent avec le gouvernement canadien des
relations légales et administratives qui sont différentes de celles d’autres
groupes résidant ailleurs au Canada et au Québec. Cet article examine les
origines historiques de la situation particulière des Innus du Labrador et les
implications actuelles qui en découlent. Avant 1949, lorsque Terre-Neuve s’est
joint au Canada, le gouvernement ignorait tout simplement les Innus, les
missionnaires et les marchands n’en ayant rencontré que quelques-uns. Depuis ce
temps, le Canada a évité d’en faire l’administration directe, bien qu’il en ait
la responsabilité constitutionnelle. La Loi sur les Indiens n’a pas été
appliquée, ce qui différencie les Innus du Labrador de ceux qui résident au
Québec. La province administre certains fonds fédéraux destinés aux communautés
innues, se fondant sur la politique de traitement égalitaire avec les autres
citoyens de la province, politique qui a cependant été appliquée de façon
irrégulière. Les Innus souffrent donc actuellement de certaines des pires
conditions sociales vécues par les populations autochtones du Canada.
Les Montagnais et la politique
fédérale des revendications particulières
Jacques Frenette et Denis Brassard
La dernière révision en profondeur
de la politique des revendications particulières remonte à il y a de quinze ans
(1982). Pourtant, cette politique demeure encore peu et mal connue des
spécialistes des questions amérindiennes. Rares sont les chercheurs à s'y
intéresser. Les seules analyses disponibles se limitent à quelques textes sur
la question et à de courts passages à l'intérieur d'ouvrages de portée générale
sur les autochtones. À la lumière de leur expérience professionnelle auprès des
bandes montagnaises et du Conseil des Atikamekw et des Montagnais, les auteurs
de cet article commentent cette politique et la situation chez les Montagnais,
principalement en ce qui a trait aux motifs de réclamations, au processus de
règlement et aux griefs soulevés. Une conclusion toutefois s'impose. Malgré la
réforme récente du programme des revendications particulières, le gouvernement
fédéral en demeure le seul maître d'‘uvre et il y a gros à parier que les
discussions vont continuer pendant longtemps avant de voir se matérialiser un
mécanisme de règlement rapide et transparent. Entre-temps, de nouvelles
revendications particulières vont s'ajouter aux centaines d'autres toujours
pendantes.
La récolte faunique des
Mamiunnuat au début des années 1980
Paul Charest et Gordon Walsh
Cet article présente les résultats d’une
recherche sur la récolte faunique des Mamiunnuat (Montagnais de la Moyenne et
de de la Basse-Côte-Nord) effectuée entre 1982 et 1985. Un échantillon non
aléatoire de 73 % comprenant 290 chasseurs a fourni des informations sur leur
niveau de récolte. Les résultats obtenus démontrent que la récolte en nombre de
prises se fait surtout l’automne (47 %), dans des zones éloignées des lieux de
résidence permanente (57 %) en termes de poids comestible et surtout par des
personnes âgées de plus de 35 ans (53 %). En poids comestible, le total de la
récolte pour l’année 1983 s’élève à 108 170 kg, ce qui donne 0,24 kg par unité
de consommation par jour, comparativement à 0,41 kg pour les Cris de la Baie
James.
L'arrivée de la route 138 et la
gestion de la faune sur la partie orientale de la Minganie
Richard Dominique
En 1997, la route 138 reliera la
partie orientale de la Minganie au reste du réseau routier national. Ce
raccordement aura pour conséquence que le contrôle social local et l'isolement
ne suffiront plus à encadrer les usagers de la faune. L'article dresse un état
de la situation qui fait ressortir des variables de divers ordres, tantôt
favorisant tantôt freinant une expérience de partenariat en gestion de la faune
avec les Montagnais et les Québécois de cette partie de la Côte-Nord.
Les Services territoriaux de
Mashteuiatsh : un soutien aux activités de récolte montagnaises et une
participation à la gestion des ressources fauniques
Martin Côté
Les Montagnais de la réserve de
Mashteuiatsh au Lac-Saint-Jean ont vécu au cours des dernières années
différents problèmes dans la pratique de leurs activités de récolte faunique.
Dans une perspective de prise en charge locale, la bande de Mashteuiatsh s'est
dotée d'un bureau administratif (le Bureau des services territoriaux) mandaté
par le Conseil de bande pour soutenir, promouvoir et encadrer la pratique des activités
de récolte faunique de la communauté. La mise en place de ce bureau
administratif a donc permis à la bande de s'engager davantage dans la gestion
des ressources fauniques. Le cas des Services territoriaux représente à cet
égard un exemple intéressant de cogestion entre une bande autochtone et une
administration provinciale et offre une assise institutionnelle nécessaire au
développement de l'autonomie politique montagnaise.
Techniques et culture chez les
Montagnais de Mingan : la nomenclature des pièges
Daniel Clément
Cet article, qui étudie les termes
montagnais utilisés pour désigner les pièges et leurs parties, a pour but de
montrer la perception propre aux autochtones concernant les engins de piégeage.
L’auteur présente successivement les diverses définitions du mot ‘‘piège’’, la
documentation sur les pièges, la nomenclature montagnaise des pièges et, enfin,
la nomenclature des parties de pièges. Dans les dernières sections, les
différences de nomenclatures entre les anciens pièges et les nouveaux sont
examinées. Les phénomènes de transformations ou de continuités peuvent ainsi
renseigner sur le rôle que joue actuellement le piégeage chez les Montagnais.
1997
(volume XXVII) n° 2
Sujets divers
Paix et interculturalité en
Nouvelle-France au temps de Louis XIV
Gilles Havard
Les traités de paix et d’alliance
dans la Nouvelle-France des XVIeI et XVIIeI siècles sont le résultat d’une rencontre
interculturelle. Cette rencontre n’échappe pas à l’ambiguïté, car les
autochtones, soucieux notamment de récupérer leurs prisonniers, ne signent pas
la paix pour les mêmes raisons que les Français. Les acteurs s’adaptent
néanmoins les uns aux autres dans un cadre diplomatique mixte qui suscite des
concessions, des emprunts, un échange de bons procédés. Si l’interaction ne
débouche guère sur un véritable processus d’acculturation, les partenaires
créent un terrain d’entente inédit, produit du ‘ Nouveau Monde ‘. Les autorités
françaises sont mues par des objectifs d’expansion impériale et d’assujettissement
des autochtones, mais l’interdépendance franco-amérindienne ne conduit pas à la
conclusion de traités inégaux.
Naissance du cantique en langue
vernaculaire dans les missions de Nouvelle-France et conquête des langues
amérindiennes : une relation méconnue
Paul-André Dubois
Cet article porte sur la naissance
et l'évolution de la musique religieuse vocale dans les missions amérindiennes
de Nouvelle-France durant la première moitié du xviie siècle. En s’appuyant sur
les sources narratives missionnaires rédigées avant 1650, l’auteur présente une
analyse des données recueillies et retrace l'histoire de la pratique du chant
religieux depuis les premières tentatives de traduction des prières en langues
autochtones jusqu'à l'apparition d'un premier répertoire de cantiques et hymnes
grégoriennes en usage dans les diverses missions et séminaires vers la fin de
la première moitié du xviie siècle. Condition essentielle à l’éclosion d’un
premier répertoire vocal catéchétique, la conquête des langues amérindiennes
par les missionnaires est longuement étudiée.
Alliances et traités de 1760 :
réflexions sur le débat historiographique
Stéphane Paquet
À travers une réflexion sur le débat
autour de la problématique des alliances et des traités intervenus entre les
peuples autochtones et les autorités coloniales britanniques dans la
conjoncture charnière de 1760, cet article met en lumière la dimension
rhétorique de l'historiographie. En examinant le livre de Denis Vaugeois La Fin
des alliances franco-indiennes et le rapport présenté par Denys Delâge à la
Commission royale d'enquête sur les peuples autochtones, intitulé Les Sept
Feux, les alliances et les traités : Autochtones du Québec dans l'histoire, l’auteur
observe le poids des présupposés idéologiques dans la manière de poser les
problématiques, d'émettre les hypothèses et d'interroger la documentation.
L'histoire comme discipline doit-elle alors s'avouer incapable d'investiguer
des domaines de recherche dont les enjeux contemporains sont aussi concrets?
Note de recherche
Qui sont les Sept Nations du Canada? Quelques observations sur une
appellation ambiguë
Alain Beaulieu, avec la collaboration de Jean-Pierre Sawaya
Depuis quelques années, les
historiens s’intéressent à une ‘ confédération ‘ autochtone presque
complètement tombée dans l’oubli à la fin du xixe siècle, les Sept Nations du
Canada, qui regroupait les Amérindiens ‘ domiciliés ‘ de la vallée du
Saint-Laurent. L’appellation ‘ Sept Nations ‘, dans les documents des XVIIIeet XIXe siècles, prête toutefois à confusion, car le
terme recouvre une double réalité. Il renvoie parfois à l’ensemble des
Amérindiens ‘ domiciliés ‘, mais à d’autres occasions il ne désigne que les
seuls Iroquois de Kahnawake et/ou d’Akwesasne. Cette note de recherche explore
l’ambivalence de l’appellation ‘ Sept Nations ‘ et présente deux hypothèses qui
permettraient de l’expliquer.
Leaders amérindiens et
indigénisme gouvernemental dans le sud du Brésil
Silvio Coelho dos Santos
Les réserves amérindiennes du sud du
Brésil sont traditionnellement occupées et contrôlées par des membres des
peuples kaingangs et xoklengs. L'indigénisme gouvernemental a favorisé des
pratiques menant à la cooptation et à la soumission des leaders amérindiens et
qui facilitent l'exploitation des ressources naturelles des réserves par la
société régionale. Récemment, ces leaders amérindiens en sont également venus à
exercer des activités bureaucratiques au sein de l'organisme gouvernemental de
protection fédéral (la FUNAI) et à assumer des mandats politiques au niveau
municipal. L'appropriation par ces leaders des maigres ressources disponibles
dans les réserves cause une différenciation sociale au sein de ces groupes et
est source permanente de tension. De nouvelles propositions et de nouveaux
pactes sont nécessaires pour garantir aux occupants des réserves du sud du
Brésil des projets d'avenir plus dignes et fondés sur une participation plus
égalitaire et responsable.
La formation professionnelle en
milieu autochtone : le cas d’Hydro-Québec et des Cris de la Baie James
Nick Bernard
Cet article aborde la question du
contact interculturel en situation de développement énergétique des ressources
nordiques. L’auteur traite des difficultés d’élaborer et d’appliquer un programme
de formation professionnelle dans le territoire de la Baie James en s’inspirant
des initiatives mises sur pied par Hydro-Québec au cours des années
quatre-vingt. Il examine plus particulièrement le programme Horizon 1986-1996
offert aux Cris de la Baie James en vertu de la Convention de la Baie James et
du Nord québécois et de la Convention La Grande 1986. L’argument se fonde sur
la difficulté de ‘ traduire culturellement ‘ les éléments qui caractérisent les
sociétés crie et québécoise quant aux représentations du travail salarié, de l’apprentissage,
de l’espace et du temps.
1997
(volume XXVII) n° 3-4
L'oeil et la main. Ethnobiologie et pratiques sociales
Le chamane croit-il vraiment à
ses manipulations et à leurs fondements intellectuels?
Robert R. Crépeau
Cet article aborde une question
récurrente dans l’étude anthropologique de la pratique du chamanisme. Le
scepticisme du chamane au sujet de sa pratique constitue un miroir déformant
pour l'anthropologue comme en témoigne ici une réévaluation du célèbre cas de
Quesalid, un chamane kwakiutl, qui fut informateur principal de Franz Boas. L’auteur
poursuit ensuite la démonstration en faisant appel à l'ethnographie des
Kaingangs du Brésil méridional, qui associent le chamanisme aux savoirs guidés
qui proviennent d'un rapport privilégié avec certains animaux-auxiliaires
associés à la forêt dite vierge. L'interaction entre divers domaines ? humain
et non humain ? qui sont conçus, par les Kaingangs et les Kwakiutls, comme les
parties de la totalité que constitue l'environnement partagé permet de suggérer
qu'une perspective holiste est plus proche des conceptions amérindiennes du
chamanisme.
Le savoir ethnopharmacologique
des Nahuas de la Sierra Norte de Puebla (Mexique) : structure et variation
Pierre Beaucage et Elizabeth Tabares, Taller de Tradición Oral del CEPEC et
Grupo Youalxochit
Les auteurs de cet article tentent
de mesurer le contenu et la variation des connaissances des plantes médicinales
grace à trois enquêtes dans des communautés nahuas. Les deux premières ont
révélé une large diffusion de la connaissance parmi les hommes et les femmes.
La troisième, réalisée par des femmes auprès de femmes, a permis d'accroître
considérablement la précision des informations, mais aussi de mettre au jour la
structure relativement complexe du savoir ethnopharmacologique : les maladies
apparaissent subdivisées en sous-catégories spécifiques et il y une
hiérarchisation de leurs causes, ainsi que des traitements, qui vont de la
simple herboristerie aux cures chamaniques. On peut mettre en rapport cette
différence entre les sexes concernant les connaissances ethnopharmacologiques
avec le rôle important des femmes dans le soin des maladies, particulièrement
sur le plan domestique.
" Le fruit de l’ours’"
: Les rapports entre les plantes et les animaux dans les langues et les
cultures amérindiennes de la Côte-Ouest
Nancy J. Turner
Le présent aperçu des données
ethnobotaniques, publiées et non publiées, révèle un riche corpus de
connaissances concernant les rapports que les langues et les cultures
autochtones de Colombie-Britannique et des régions avoisinantes établissent
entre les plantes et les animaux. Bien que l'on ne dispose encore sur ce sujet
d'aucune étude systématique couvrant une certaine étendue géographique,
écologique et culturelle, les données rapportées ici sur les aliments et
remèdes des animaux, sur la synchronie perçue entre les cycles de vie animaux
et végétaux et sur la nature des applications des plantes aux soins et à l’alimentation
du bétail, sont riches en enseignements. Cet article fait état de plus de cent
espèces de plantes dont se nourrissent les animaux, de neuf espèces qui sont
utilisées médicinalement par les animaux et de dix-neuf autres qui sont
considérées comme des indicateurs écologiques des cycles de la vie ou de l’habitat
des animaux. L’auteure discute aussi de l'encodage de cette information dans
les langues et récits des peuples établis dans la région, de même que des
systèmes de croyances qui sous-tendent cette connaissance, et elle souligne que
ce type de recherches a également une incidence pratique, sur la gestion et la
cogestion de l’écosystème, des terres et des ressources autochtones aujourd’hui.
L'exploitation des ressources animales
au cours du Sylvicole moyen tardif (500 à 1000 ap. J.-C.)
Evelyne Cossette
L'étude des résidus culinaires
laissés par les groupes qui ont occupé le site Hector-Trudel, entre les années
500 et 1000 de notre ère, a permis de caractériser la dimension spatiale et
temporelle de l'acquisition des ressources animales au cours du Sylvicole moyen
tardif dans le sud-ouest du Québec. Cette stratégie est en outre caractérisée
par la faible étendue du territoire exploité et par une économie des distances
à parcourir, sauf en ce qui concerne certaines espèces mammaliennes
privilégiées, telles l'Ours noir, le Cerf de Virginie, l'Orignal et le Castor.
Par ailleurs, le calendrier d'exploitation des ressources animales est
caractérisé par des pics d'activités de chasse au printemps et à l'automne
alors que les activités de pêche se sont vraisemblablement déroulées tout au
long du séjour, tout en étant ponctuées de périodes plus intenses de captures.
L'ensemble des indices ayant trait à la saison d'occupation du site mène à la
proposition d'une sédentarité saisonnière prolongée pour la période
chronologique concernée.
Le Voltigeur turquoise et le
Prêtre froid. Plantes divinisées et pratiques rituelles nahuas dans le Traité
des superstitions d'Alarcón (1629)
Dominique Raby
Le Traité des superstitions (1629)
de Hernando Ruiz de Alarcón, ‘ chasseur d'idolâtrie ‘, s'impose comme l'ouvrage
de référence pour qui veut étudier l'usage rituel du tabac (Nicotina rustica
L.) et de la plante hallucinogène ololiuhqui (Turbina corymbosa L.) chez les
anciens Nahuas du Mexique. Il faut cependant distinguer, pour ce faire,
différents domaines du monde religieux nahua. Cette étude montre ainsi que, si
elles sont utilisées pour un même effet par les prêtres de la religion
officielle préhispanique et par les divers officiants du monde magique, la ‘
personnalité ‘ de ces plantes est fondamentalement différente dans la vision
des uns et des autres. Par ailleurs, chez les officiants du monde magique,
tabac et ololiuhqui ne peuvent être saisis qu'en fonction des domaines de
compétence respectifs des simples individus et des professionnels. Ici, chacune
des plantes possède une ‘ personnalité surnaturelle ‘ en accord avec les
divinités qui régissent ces domaines.
Apport amérindien et tradition
espagnole : les plantes indigènes d'Amérique du Nord dans les ouvrages
nord-américains de matière médicale (xixe siècle)
Carla P. Aguirre-Marco
Cet article porte sur la question de
l'apport des autochtones d'Amérique du Nord à la matière médicale et à la
thérapeutique moderne aux États-Unis. Dans cette perspective, l'auteure analyse
particulièrement certains ouvrages médicaux états-uniens du xixe siècle. Entre
autres, elle constate dans ces écrits une tendance marquée à ignorer la
contribution espagnole à l'introduction en Europe de plantes d'Amérique du Nord
ainsi qu'à l'étude de ces plantes. Plusieurs de ces ouvrages négligent en outre
le processus de transmission du savoir et de la pharmacopée des Amérindiens aux
colons blancs vivant dans la région de la ‘ frontière ‘ ouest américaine. Selon
les conclusions de l’auteure, cette propension provient de l'isolationnisme
états-unien de l'époque considérée, et elle semble se résorber à mesure que la
science américaine progresse vers le xxe siècle.
Note de recherche
Présence du noyer cendré dans l'estuaire du Saint-Laurent durant la
préhistoire
Roland Tremblay
Des fragments carbonisés de noix du
noyer cendré (Juglans cinerea L.) ont été trouvés sur un site datant du Sylvicole supérieur à l’île Verte
dans l’estuaire du Saint-Laurent, à plus d’une centaine de kilomètres hors de l’aire
de distribution naturelle de l’arbre. L’auteur examine brièvement quelques
faits historiques et archéologiques concernant cette denrée chez certains
groupes iroquoiens et algonquiens du Nord-Est. La toile de fond que forment ces
données contextualise l’identité iroquoienne qui est attribuée aux occupants du
site sur la base de la céramique directement associée aux macrorestes végétaux.
La présence marginale du noyer cendré dans cette région, aussi petite
soit-elle, permet de souligner quelques aspects de la technologie, de l’économie
et de l’écologie des Iroquoiens du Saint-Laurent orientaux.
1996
(volume XXVI) n° 1
Sujets divers
Au-delà des champs de maïs :
migrations et nouveaux visages de l'amérindianité au Mexique
Pierre Beaucage
Cet article étudie la question de
l'identité autochtone en milieu urbain au Mexique. Après avoir montré comment
l'expansion industrielle entre 1940 et 1970 a favorisé la substitution d'une
identité de classe à l'identité ethnique chez des milliers de nouveaux citadins
d'origine amérindienne, l'auteur examine les effets de la stagnation économique
qui a suivi et qui, au contraire, a encouragé le maintien des liens avec les
communautés d'origine, en même temps que les migrations autochtones se
redéployaient sur le territoire, voire au-delà de la frontière des États-Unis.
Ces phénomènes, et l'extension de la scolarisation et des communications, ont entraîné
une redéfinition de l'identité autochtone qui débouche aujourd'hui sur la
remise en question de la place assignée aux Amérindiens au sein de la société
et de l'État mexicains.
Tapis vert et casinos rouges
Le jeu et l’affirmation de l’identité autochtone dans l’économie américaine
Nelcya Delanoë
Parallèlement au développement
foudroyant du jeu depuis les années 1980, les instances fédérales américaines
ont entrepris d'aider les Amérindiens, pour la première fois dans leur
histoire, à renforcer leur économie, leur autonomie et leur souveraineté et ce,
en leur accordant les moyens légaux d'ouvrir des casinos sur leurs terres. Les
Amérindiens concernés par ce processus ont salué cette floraison de palais de
jeu et de machines à sous électroniques dans les réserves comme étant le ‘
retour du bison ‘. L'étude du cas des Péquots, petite nation du Connecticut en
voie d'extinction dans les années 1950 et aujourd'hui propriétaire du plus
important casino du monde, donne lieu de s'interroger sur ce double paradoxe,
celui du jeu comme mode de développement économique, et celui d'une affirmation
de l'identité autochtone qui prend appui sur ‘ la démocratie de marché ‘
américaine.
La situation de la langue
montagnaise à Mashteuiatsh
Lynn Drapeau et Lorraine R. Moar
Le but de cet article est de
présenter les résultats d'une enquête sociolinguistique menée en 1993 dans la
communauté montagnaise de Mashteuiatsh. Cette enquête sondage démontre que la
survie de la langue montagnaise dans cette communauté est gravement menacée. En
effet, la proportion de ceux qui parlent le montagnais y est en déclin, et
l'usage de cette langue dans la famille et les réseaux sociaux décroît avec
l'âge des répondants. En revanche, la connaissance et l'usage exclusif du
français tendent à se généraliser. On prendra appui sur les expériences de
revitalisation des langues menacées vécues ailleurs dans le monde pour la mise
sur pied d'un plan d'action communautaire global et cohérent.
Variabilité dans l’usage
thérapeutique des plantes chez les Totonaques
Paul Roy
Cet article ébauche une synthèse des
informations acquises lors d'une recherche sur le terrain, au Mexique,
concernant l'utilisation des plantes médicinales chez les Totonaques. La
variabilité entre informateurs a longtemps été évacuée par les chercheurs et
mise au compte de l'ignorance ou de la mauvaise foi. Des recherches récentes
considèrent plutôt qu'elle met en lumière les mécanismes à l'‘uvre dans
l'établissement des classements dans les sociétés traditionnelles. Par
l'analyse comparative des pratiques de trois informateurs, l'auteur illustre
l'homogénéité et l'hétérogénéité des connaissances totonaques et s'efforce de
cerner la signification et les implications de la variabilité intraculturelle
dans l'usage des plantes curatives.
Le thème de l'Ours céleste chez
les Micmacs*
Claire Dubé
En 1900, un ethnologue, Stansbury
Hagar, publiait un récit micmac dont l'intrigue se déroule au rythme des
événements saisonniers. Ce récit portant sur le thème de l'Ours céleste met en
scène sept oiseaux-chasseurs associés dans le ciel aux mouvements cycliques des
constellations : Ursa majoris, Bootes et Corona Borealis. Dans le Nord-Est
américain, peu d'auteurs se sont intéressés aux savoirs amérindiens en matière
d'astronomie, et cet article, qui est l'occasion d'une contextualisation des
travaux de Haggar, réalisée en comparant le matériel micmac à celui des peuples
voisins, révèle que le thème de l'Ours céleste était relativement répandu parmi
les peuples iroquoiens et algonquiens du sud du fleuve Saint-Laurent.
Notes de recherche
Les peintures rupestres du lac Simon
Gilles Tassé et Jean Picard
Cet article présente un site d'art
rupestre du lac Simon qui a longtemps échappé à l'attention des chercheurs.
Malgré leur dégradation, plusieurs de ces peintures ont pu être reconstituées
au moyen d'une technique spéciale de relevé : la réduction photographique
suivie d'un calque. Parmi les représentations qui ont pu être reconstituées, on
trouve une majorité de personnages schématiques à tête cornue et un ‘ canot
avec personnages ‘. Les auteurs proposent une interprétation des personnages
cornus basée sur les rapprochements faits par quelques auteurs avec la
mythologie algonquine. Ils suggèrent également le recours à des procédés de
datation mettant en ‘uvre les progrès récents de ces techniques.
Pourquoi les Attikameks ont
abandonné Kikendatch pour Obedjiwan : L'histoire cachée
Peter Leney
Le déménagement des Attikameks de la
bande de Kikendatch vers Obedjiwan au début du siècle est généralement mis sur
le compte de l'inondation du site de Kikendatch en 1918 par les eaux du
réservoir formé derrière le barrage Gouin. Toutefois, cette explication est
incorrecte. En effet, les documents d'archives montrent clairement que ces
autochtones, de même que leur poste de la Hudson's Bay Company, ont gagné
Obedjiwan dès 1912 et que ce déplacement reflétait un désir commun de retraiter
davantage à l'intérieur du territoire afin de se protéger de la poussée de la
civilisation blanche qui menaçait de miner leur relation traditionnelle.
1996
(volume XXVI) n° 2
Les autochtones par les archives
Documents inédits
[Mémoire concernant la nation iroquoise]
Pierre-Joseph-Marie Chaumonot
Ce texte, attribué au jésuite
Chaumonot, fut rédigé en 1666. L'auteur dresse une liste des familles
iroquoises en mentionnant l'animal (ou dans un cas la plante) auquel chacune
d'elles s'associe. Il est également question de ce qui entourait les
expéditions guerrières des Iroquois, à savoir les préparatifs, le retour et le
traitement des prisonniers. Le texte est accompangné d'illustrations se
rapportant directement au contenu et qui semblent être de la main de Chaumonot.
Chacune d'elles est décrite par l'auteur.
Traitté des animaux a quatre
pieds terrestres et amphibies...
et Histoire naturelle des Indes occidentales (extraits)
Louis Nicolas
Cet article regroupe plusieurs
extraits tirés de deux ouvrages rédigés à la fin du dix-septième siècle par le
jésuite Louis Nicolas. Les extraits ont été choisis pour leur contenu
ethnographique et traitent essentiellement des relations privilégiées que les
autochtones entretenaient avec la nature qui les entourait, à savoir les divers
animaux terrestres et amphibies, les oiseaux, les poissons et les plantes. Les
dessins qui accompagnent le texte seraient également l'‘uvre de Nicolas.
Forces des Iroquois, leur manière
de faire la guerre, celle de s'y opposer et leurs moeurs
Anonyme
Ce document a probablement été écrit
en 1686, et l'auteur est inconnu. Il traite essentiellement de la guerre chez
les Iroquois et fournit de nombreux détails sur les rituels entourant les
expéditions guerrières, sur le comportement des guerriers en présence des
ennemis et sur le traitement qu'ils réservaient aux prisonniers à leur retour.
Enfin, l'auteur décrit de façon moins détaillée quelques facettes de la culture
iroquoise, traitant en particulier des rapports entre les hommes et les femmes
ainsi que des pratiques et croyances funéraires.
Nation Iroquoise. Abrégé des vies
et Moeurs et autres Particularitez de la Nation Irokoise laquelle est divisée
en Cinq villages. Scavoir Agnez Onney8t Nontagué Goyog8an et Sonnont8an
Anonyme
Ce texte, dont on ignore l'auteur,
date probablement de la toute fin du dix-septième siècle. Il contient de
nombreuses données ethnographiques se rapportant aux Iroquois des Cinq Nations,
notamment en matière de religion, de chamanisme et de coutumes funéraires. De
plus, l'auteur accorde une attention particulière aux motifs, aux pourparlers
et aux préparatifs qui entouraient les expéditions guerrières iroquoises.
Relation de la Vie et M’urs des
Sauvages.
Abrege de la Vie et Coutumes des Sauvages de Canada
Anonyme
Ce document, dont l'auteur est
inconnu, a peut-être été rédigé en 1723. Il présente un intérêt tout
particulier en raison de l'attention qu'il porte à la situation des femmes dans
les sociétés autochtones. L'auteur fournit plusieurs détails intéressants,
notamment sur l'accouchement, les amours et la division sexuelle du travail.
Par ailleurs, différentes facettes de la religion amérindienne sont également
décrites, en particulier les pratiques et les croyances entourant la mort.
Quelques autres sujets sont brièvement abordés, parmi lesquels la guerre, la
justice et l'alimentation.
Journal qui peut servir de
mémoire et de relation du voyage que j'ay fait sur le Lac Ontario...
François Picquet
Ce texte, rédigé par le sulpicien
Picquet en 1751, est le récit d'un voyage effectué par ce dernier autour du lac
Ontario afin d'attirer des Iroquois au fort de la Présentation. On y apprend
comment les Français et les Anglais man’uvraient pour établir des alliances
avec les Indiens de la région des Grands Lacs. On y trouve également quelques
informations ethnographiques, notamment sur l'opportunisme économique des
Indiens dans le commerce des fourrures ainsi que sur leur mode de subsistance
lors des voyages.
Articles
Les Mi'kmaqs dans les registres paroissiaux des îles Saint-Pierre et
Miquelon, 1763-1830
Charles A. Martijn
L'archipel de Saint-Pierre et
Miquelon est situé tout juste au large de la côte méridionale de Terre-Neuve. À
partir de 1764, plus d'une centaine de Mi'kmaqs sont mentionnés dans les
registres paroissiaux du dix-huitième siècle relatifs à ces îles françaises.
Les familles mi'kmaques de Terre-Neuve les visitaient régulièrement afin de
profiter du ministère des prêtres catholiques, de même que pour obtenir des
autorités civiles une variété de produits, d'abord sous forme de présents
traditionnels, mais de plus en plus en échange de fourrures et de viande de
caribou. Le présent article examine quelques-unes des données d'intérêt social,
généalogique et ethnohistorique fournies par vingt-deux actes de baptême, six
actes de mariage et sept actes de sépulture.
La première revendication
territoriale des autochtones de la Haute-Mauricie?
Quelques commentaires sur une pétition de 1814-1815
Claude Gélinas
L'auteur de cet article démontre
que, contrairement à ce qui a déjà été affirmé, les Indiens têtes-de-boule qui
adressèrent une pétition aux autorités politiques canadiennes en 1814-1815 pour
l'obtention d'un territoire sur la rivière Saint-Maurice, tout juste au nord de
Trois-Rivières, n'avaient rien à voir avec la nation connue sous le même nom et
qui fréquentait la Haute-Mauricie à l'époque. Il s'agissait vraisemblablement
de descendants d'un groupe d'Indiens nomades venus s'établir dans la région de
Trois-Rivières au mitan du dix-huitième siècle et dont on ignore le lieu
d'origine précis.
À l’origine de la réserve Viger,
une requête malécite de 1826
Laurence Johnson
En 1826, un groupe de Malécites du
Nouveau-Brunswick a présenté une pétition au gouverneur général des provinces
du Bas et du Haut-Canada. Ils y faisaient la demande d'une terre dans le
Bas-Saint-Laurent. Cet article décrit le document de cinq pages, de même que le
rôle des Indiens concernés par cette requête, et l'auteure se demande pourquoi
ces Malécites ont voulu émigrer au Bas-Canada et pourquoi leur pétition a reçu
une réponse favorable. Cet octroi deviendra ainsi la première réserve indienne
créée au Québec par les autorités canadiennes.
1996
(volume XXVI) n° 3-4
Langues algonquiennes
Regard sur quelques changements
linguistiques survenus en algonquin depuis l'époque de la colonisation
Diane Daviault
Cet article présente un survol
descriptif de quelques changements linguistiques de nature phonologique,
morphologique et morpho-syntaxique qui sont intervenus dans la langue
algonquine depuis 1670. Cette étude comparative est basée, pour les données
datant de 1670, sur la grammaire du Père Louis Nicolas, missionnaire jésuite.
Les données contemporaines de l'algonquin ayant servi d’élément de comparaison
proviennent des études de l’auteure sur le terrain, entre 1978 et 1982.
Comment quantifier en cri de
l'Est
Marie-Odile Junker
Cet article a pour but d’illustrer
les différents moyens qu’a la langue crie, en particulier le dialecte de
Mistassini, au Québec, d’exprimer la quantification. Dans des langues comme le
français, la quantification est exprimée presque exclusivement par une série de
quantificateurs lexicaux: pronoms, adjectifs ou adverbes: tous, chacun,
quelques, peu, plusieurs, souvent, etc. En cri de l’est, les expressions de
quantification incluent non seulement une série de quantificateurs lexicaux,
comme misiwe, ishkan, eshikum, tah~ mihchet, mistahi; pasch, apishiish, etc.
mais aussi la procédure morphologique de la réduplication des numéraux et des
verbes. Il est montré que ces expressions en cri créent des effets de sens
variés, qu dépendent d’universaux cognitifs propre. à la quantification, comme
la distinction masse-comptable, la pluralité du sujet des phrases
distributives, la durée, la fréquence ou l’intensité.
L'écrit comme facteur d'épanouissement
de la langue innue
José Mailhot
Les écrits en langue inriue
(montagnaise) publiés depuis les années 1970 sont ici examinés à la lumière des
oppositions entre littératures orale ou écrite, bilingue ou unilingue,
transcrite ou rédigée, symbolique ou réelle. Cette analyse permet de formuler
les conditions nécessaires pour que les écrits en langue innue contribuent
véritablement au développement de cette langue.
Problématique de l'enseignement
grammatical dans les programmes scolaires en langue autochtone
Robert Sarrasin et Bonnie Dinnison
L’enseignement de la langue
autochtone dans les écoles amérindiennes amène les éducateurs à s’intéresser à
l’apprentissage de la grammaire. C’est le cas notamment chez les Atikamekw, ou
les trois premières années du primaire se donnent entièrement en langue
vernaculaire, et à 40% en 4e année. L’étude de la grammaire vise à faire
acquérir la maîtrise de certains éléments du code écrit. En contexte
amérindien, trois aspects sont a considérer. D’abord, identifier les éléments
de grammaire dont la connaissance est indispensable au savoir écrire; ensuite,
déterminer la répartition de ces éléments dans le programme d’étude; enfin,
dégager empiriquement des orientations pédagogiques adaptées à la structure de
la langue et non simplement calquées sur la grammaire du français. Cet article
présente des réflexions générales sur le cheminement d’apprentissage
grammatical, avec référence particulière au programme d’atikamekw langue
maternelle.
L’intuition de l’enseignant de
langue ou la vérité du linguiste?
Danielle Cyr
Les enseignant(e)s de langue
amérindienne sont tous des locuteurs natifs de ces langues - ou bien ils ont
acquis par la pratique du contact familial une fluidité qui en fait presque des
locuteurs natifs. Dans l’exercice de leur métier, ils s’alimentent à la fois à
leur savoir intuitif et aux descriptions encore partielles que les linguistes
ont fait de leur langue ancestrale. Deux problèmes particuliers se posent alors
: 1) Qu’advient-il lorsque l’enseignant se trouve en face d’une portion encore
non décrite de la grammaire de sa langue? 2) Qu’advient-il lorsque l’intuition
de l’enseignant comme locuteur natif vient en contradiction avec la description
du linguiste? L’analyse d’un cas précis, celui de la place réservée aux
déterminants nominaux du montagnais dans le matériel pédagogique, permet de
comprendre comment certaines portions de la grammaire d’une langue risquent
détre inconsciemment effacées du matériel pédagogique et comment l’intuition de
l’enseignant s’incline parfois sous la pression de la vérité, toute lacunaire,
du linguiste.
La lune est notre grand-mère : la
notion de vérité comme principe assimilateur
Danielle Cyr
Toute vèrité est un objet construit.
Dans les sciences exactes, où les outils d’observation sont fabriqués dans le
prolongement de nos cinq sens, les objets observés sont ceux qui peuvent s’inscrire
dans ce prolongement. Dans les sciences humaines et la philosophie, où les
méthodes de description sont fabriquées dans le prolongement de nos perceptions
culturelles, c’est-à-dire idéologiques, ceux qui ne font pas partie de notre
culture sont décrits à la lumière de ce que nous sommes. Or, sciences et
philosophie, comme producteurs de vérité, sont essentiellement des outils de
pensée indo-européens, ou occidentaux, et certains penseurs non occidentaux
critiquent nos méthodes et pratiques véridictoires. A partir de quelques
exemples de la description des langues amérindiennes, l'auteure de cet article
discute des parcours de la vérité et des avenues qui se présentent à elle.
Autres articles
Eschatologie et configuration des rituels funéraires sud-américains :
l'importance du rapport d'identité entre les vivants et les morts
Claude Gélinas
Le présent article met en évidence
le fait que la représentation du monde des morts constitue un facteur
déterminant dans la configuration des rituels funéraires des sociétés
sud-américaines. En comparant, à l’aide du cadre théorique élaboré par Hertz, l’usage
du double enterrement observé dans les Andes et en Amazonie, il est possible de
dégager certaines divergences dans les pratiques rituelles des populations de
ces régions, divergences qui trouvent leur source à l’échelon eschatologique,
et plus précisément dans le rapport d’identité qui prévaut entre le monde des
vivants et celui des morts ou des ancêtres.
La créature composite dans l'art
mésoaméricain : essai d'interprétation iconographique
Caterina Magni
A travers cette étude sur la
créature composite ou ‘ fantastique ‘, l'auteure présente un exemple de
permanence graphique et sémantique de l’art mésoaméricain. Après avoir classé
les créatures composites de l’art olmèque en trois catégories, soit les animaux
à caractère félin, ceux à caractère reptilien et ceux à caractère
félin-reptilien, elle montre comment la survivance de l’imagerie olmèque de l’époque
formative au sein de certaines cultures plus tardives (dans ce cas précis de la
civilisation de Teotihuacàn) sous-entend une continuité culturelle de la
Mésoamérique.
Les femmes autochtones
incarcérées au Mexique
Elena Azaola G.
Cet article trace un panorama
général de la situation des femmes autochtones actuellement incarcérées au
Mexique et tente de préciser les problèmes auxquels elles sont confrontées.
Après avoir fourni quelques chiffres permettant de situer l’étendue du
phénomène, l'auteure fait resssortir les similitudes et les différences qui
existent entre la population féminine autochtone incarcérée et l’ensemble des
femmes dans la même situation. Certains témoignages de femmes autochtones
viennent en outre rendre compte de ce qu’ont signifié pour elles l’administration
et l’application de la justice de même que les conditions d’incarcération et
décrivent les perspectives de vie qu’elles envisagent après leur sortie de
prison.
La mesure de sa propre taille :
un instrument statistique pour les Montagnais
Jean-Jacques Simard
A quoi servent les statistiques, et
comment s'assurer de leur qualité? Le présent essai tente de répondre à ces
questions, à la demande d’une association politique montagnaise. Dans l’histoire,
la manière de se mesurer collectivement et celle de se gouverner vont de pair.
Sans égard à leur usage stratégique, il faut d’abord que les chiffres
saisissent rigoureusement les réalités sociales. Alors seulement pourront-ils
nourrir la délibération, la programmation et le contrôle réfléchi des actions
concertées, publiques ou privées. L’auteur examine les critères de qualité d’un
appareil statistique avant de conclure que tout dépend de l’engagement des
décideurs.
Les Amérindiens en guerre
(1500-1650)
Gervais Carpin
Si l’historiographie traditionnelle
n’avait jamais contesté l’existence et l’importance des guerres entre
Amérindiens avant et après la venue des Européens, elle représentait toutefois
des Indiens sans science militaire ni science politique. Une tendance récente
de l’historiographie affirme même que les guerres amérindiennes sont sorties de
l’imagination des érudits et qu’elles sont une spectaculaire fraude historique.
En tant qu’historien, l’auteur de cet article a interrogé sa principale source
d'infornation, les textes des XVIe et XVIIe siècles qui, outre les traditionnelles opérations de
vendetta, décrivent des villes fortifiées, des armées en marche, une guerre de
siège et une guerre de mouvement. Selon lui, toute recherche sur les causes des
guerres amérindiennes qui ne tiendrait pas compte de cette forme de guerre dans
la démarche interprétative et l’énonciation théorique, se trouverait confrontée
à un probléme de fiabilité.
Pêcheurs et chasseurs à l'aube
d'une transformation : les stratégies de subsistance entre 500 à 1000 ap. J.-C.
Evelyne Cossette
Cet article porte sur les stratégies
d’exploitation adoptées par les groupes paléohistoriques qui ont occupé le site
Hector-Trudel de Pointe-du-Buisson (sud-ouest du Québec) entre les ans 500 et
1000 de notre ère. L’étude comparative des spectres fauniques révélés par les
assemblages archéozoologiques permet de suggérer qu’une économie à large
spectre aurait probablement déjà été mise en place dés l’an 500 de notre ère et
n’aurait vraisemblablement pas été modifiée durant toute la séquence envisagée.
La diversité et la richesse des assemblages tendent à infirmer le modèle d’une
péjoration des économies prédatrices au cours de la période chronologique qui précède
l’adoption de l’horticulture. En effet, les spectres fauniques ne montrent
aucune tendance graduelle à la diversification de la base de subsistance, à l’élargissement
de l’éventail des ressources exploitées ou à une intensification des efforts
prédateurs.
1995
(volume XXV) n° 1
Santé et problèmes sociaux
L'état de santé des Cris et des
Inuit du Québec nordique : quelques indicateurs statistiques de l'évolution
récente
Jean-Jacques Simard et Solange Proulx
Jusqu'à présent, l'évolution de la
santé chez les Cris et les Inuit du Québec était rarement considérée dans une
perspective globale. Les recherches menées jusqu'alors se rapportaient à une
problématique spécifique ou répondaient à certaines exigences administratives.
À partir de données statistiques sociosanitaires couvrant la période de 1970 à
1990, cet article présente une analyse plus complète de la santé de ces
populations autochtones. Au-delà des seules considérations épidémiologiques, les
auteurs mettent en perspective les facteurs écosociaux particuliers de ces
communautés et se demandent dans quelle mesure toutes les modifications de la
condition sociosanitaire (par exemple l'augmentation des jeunes dans les
collectivités, les maternités précoces) sont susceptibles d'entraîner des
bouleversements sociaux qui viendront s'ajouter à ceux qui sont déjà survenus
depuis les récents changements socio-économiques de ces régions nordiques.
L’organisation de la santé dans
une réserve montagnaise
André Tremblay
Au cours de la dernière décennie,
des ententes ont été conclues entre le gouvernement fédéral et nombre de bandes
amérindiennes afin que celles-ci prennent en charge les services sociaux et de
santé qui ‘uvrent sur leurs territoires. Après avoir fait l’historique des
négociations entreprises avec le Conseil attikamek-montagnais, l’auteur brosse
un tableau d’ensemble de la situation actuelle, puis il rend compte d’une
enquête portant sur la santé physique et mentale de la population d’une réserve
montagnaise. Un profil de consommation des services est tracé, y compris celle
de la médecine traditionnelle, de même que de l’état de santé dans cette
population et de ses priorités en matière de services. Les membres de cette
réserve ont des caractéristiques dépressives à un degré élevé, et ces dernières
sont reliées à la toxicomanie et à l’attitude envers la santé.
Représentations de la santé
mentale et de la filiation chez les Algonquins âgés de Kitigàn Zìbì
Louise Tassé
L'auteure constate que les
représentations de la santé et de la maladie chez les Algonquins âgés de
Kitigàn Zìbì témoignent de différentes formes de maîtrise du corps, dont la
symbolique est reliée à la valorisation collective de l'expression de
l'identité culturelle à travers les activités amérindiennes traditionnelles.
Ainsi, quand ces personnes âgées parlent de leur état de santé, elles se
réfèrent à une conception de la vieillesse qui est différente de celle que l'on
constate dans les populations blanches. Chez ces Algonquins, la vieillesse
n'est pas associée à une maladie ou à une incapacité comme c'est généralement
le cas dans les populations blanches. Elle est pour eux un état de fragilité
qui ne devrait pas les empêcher de s'adonner aux activités qui leur tiennent à
c’ur. Et ce désir de continuer à être actif est renforcé par la valorisation de
leur rôle d'aîné dans la communauté.
Les métamorphoses du pacte dans
une communauté algonquine
Jacques Leroux
Cet article porte sur la santé
communautaire au Grand lac Victoria. L’auteur postule que des mécanismes
historiques de déstructuration sociale, sur les plans économique et politique,
ont entraîné un repli sur elles-mêmes des communautés algonquines. En reliant
ces faits à une dégradation des conditions d’existence, il expose une
problématique de l’effritement de l’ordre symbolique pour interpréter les
divers désordres qui apparaissent sur le plan des relations humaines au Grand
lac Victoria. Il montre ensuite comment l’équipe de santé locale est intervenue
en rouvrant un champ de parole, et comment une grande partie de la population s’est
engagée dans une réflexion collective qui s’est traduite par une série de
mesures contre les abus sexuels, de même que par une authentique reconnaissance
du discours des femmes à tous les échelons de la vie sociale.
Corps sain, corps malade chez les
Inuit, une tension entre l'intérieur et l'extérieur
Entretiens avec Taamusi Qumaq
Michèle Therrien
Les réflexions que propose cet
article reposent, pour une large part, sur des entretiens avec Taamusi Qumaq.
Selon les Inuit, le vécu de la maladie, tout autant que celui de la santé,
exige pour son intelligibilité de constants déplacements d'un lieu de
rationalité vers un autre. Ne constituant ni des expériences ni des concepts
autonomes, ces deux états du corps sont reliés à un ensemble de représentations
remarquablement éclairées par les données linguistiques. Que dit la langue de
la maladie, cet ouvrier qualifié qui, aussi sournois qu'un voleur, refuse de
travailler au grand jour; comment interpréter les rapprochements entre la
douleur et la tempête, entre la santé et un bien volé, entre le gibier qui
échappe au chasseur et le malade qui survit à une grave maladie? Ces
associations, et d'autres encore, donnent accès à la rationalité inuit en intégrant
la relation poétique au monde, vision qui surgit dès que l'on place son corps
au centre de l'univers.
Complexité des discours et des
pratiques de développement et de gestion dans le réseau Kativik de la santé et
des services sociaux
Francine Tremblay
L'aide au développement
sociosanitaire en milieu autochtone dans le réseau Kativik constitue la trame
principale de cet article. À travers l'identification de huit problèmes majeurs
et persistants vécus ou observés dans l'aide au développement et la gestion des
groupes et institutions sociosanitaires autochtones, l'auteure examine les
discours et les pratiques ayant cours dans ce domaine. Cet essai de
généralisation d'une expérience particulière en contexte interculturel s'avère
un défi dans la mesure où la problématique politique difficilement saisissable
intervient en bout de ligne. De là, la complexité des discours et pratiques en
question.
1995
(volume XXV) n° 2
L'Andin et ses ancêtres
Éros et Thanatos : Relations
symboliques entre la sexualité, la fertilité et la mort dans l'iconographie
mochica
Steve Bourget
Cet article suggère une ‘ relecture ‘
d'un thème particulier de l'iconographie des vases funéraires de la culture
mochica, sur la côte nord du Pérou, vers les années 100 av. J.-C. à 700 ap.
J.-C. L'analyse des représentations à caractère sexuel permet d'explorer
certains aspects de leur conception du phénomène mortuaire et la nature des
rapports entretenus entre les vivants et le monde des ancêtres. L'auteur
propose l'idée que des règles d'inversion commandent le ‘‘dialogue’’ des
vivants avec les ancêtres et que la tombe a pu servir d’intermédiaire dans la
communication entre les deux groupes.
Où les dieux-guerriers meurent
sans périr : le culte des ancêtres dans la société inca
Claude Gélinas
Cet article traite du culte des
ancêtres pratiqué par les Incas à la veille de la Conquête espagnole. L'analyse
de la documentation historique andine produite aux XVIe et XVIIe siècles, à la lumière de la littérature
anthropologique moderne consacrée au culte des ancêtres et à la royauté sacrée,
démontre que l'objectif premier de cette pratique était d'immortaliser les rois
incas, qui étaient considérés comme les ancêtres, en perpétuant au-delà de la
mort leur image, leur personnalité et tous les symboles cérémoniels reliés à
leur statut. Ceci permettait de conserver symboliquement à la fois leur pouvoir
divin et leur autorité. De plus, pour la société dans son ensemble comme pour
chacun des clans qui la composaient, le culte des ancêtres répondait à d'autres
besoins liés au domaine territorial et à celui de l'organisation sociale.
Les momies, les saints et les
politiques d'enterrement au Pérou, au XVIIe siècle
Peter Gose
Dans cet article, l'auteur analyse
le conflit qui prévalait au XVIIe siècle entre l'Église catholique et les
autochtones du Pérou au sujet de l'enterrement des défunts. Il avance
l'hypothèse que la manière de disposer des morts était devenue, au lendemain de
la Conquête, une sorte de prétexte par lequel chacun des partis tentait
d'imposer à l'autre son propre culte des morts, ainsi que les intérêts
politiques et économiques qui s'y rattachaient. L'auteur démontre que, loin
d'avoir été une question strictement religieuse, les rituels funéraires étaient
devenus un champ de bataille sur lequel s’affrontaient deux conceptions
différentes de l'ordre civil.
Ancêtres redoutables ou ancêtres
impuissants?
Patrifiliation, factionnalisme et manipulation généalogique chez les
éleveurs aymaras
Catherine Lussier
Le récit de la genèse d'un hameau et
de ses lignées constitutives est révélateur de l'influence relative exercée par
les ancêtres historiques qui peuplent toujours les généalogies orales sur la
dynamique de reproduction des groupes dans le monde des vivants. Ce texte
explore les causes et les conséquences de la manipulation généalogique dans une
communauté d'éleveurs aymaras. Il montre que, dans un environnement où prime la
patrifiliation, l'impuissance juridique des ancêtres devant le factionnalisme
engendré par l'intrusion de lignées utérines est contrebalancée par la
construction de hiérarchies symboliques fondées sur des pedigrees
périodiquement remaniés.
Les ancêtres et l'expression de
la métaphore montagne-corps dans un rituel funéraire kaatan
Joseph W. Bastien
Les enterrements andins ont été et
demeurent toujours accompagnés de rituels élaborés qui témoignent d'une
compréhension métaphorique des relations que les vivants entretiennent avec les
ancêtres, la terre, l'ayllu et la communauté. Dans cet article, l'auteur
analyse les différents aspects métaphoriques qui ont entouré le récent
enterrement d'un indien kallawaya de Bolivie. Il offre de plus aux chercheurs
une autre voie méthodologique pour interpréter les sites funéraires anciens.
1995
(volume XXV) n° 3
Le droit international et les peuples autochtones II
Première alliance interculturelle
: Rencontre entre Montagnais et Français à Tadoussac en 1603
Camil Girard et Édith Gagné
Les auteurs de cet article analysent
d’abord ce que l’histoire a retenu de la rencontre historique qui a eu lieu
entre Français et autochtones à la pointe Saint-Mathieu, près de Tadoussac, le
27 mai 1603. Ils font ensuite le point sur les personnages et les événements
liés à cette affaire et, à travers quelques commissions et lettres patentes,
ils examinent les changements qui se profilèrent alors dans la manière dont la
France entendait gérer les nouveaux territoires d’Amérique. Un bilan est enfin
tracé de cette rencontre qui, à l’évidence, peut vraisemblablement apparaître
comme une première alliance entre Français et peuples autochtones.
Le statut juridique de l’Indien
au temps de la Conquête : le débat de Valladolid (1550) et les thèses de
Vitoria
Roxana Paniagua Humeres
Cet article examine les discussions
qui ont eu lieu au moment de la conquête du continent américain concernant le
statut juridique des Indiens. Après avoir analysé la pensée de Vitoria, qui est
un pilier fondamental de la thèse sur la nécessité d’une législation permettant
la colonisation du Nouveau Continent, l’auteure présente une analyse du débat
de Valladolid en 1550 entre Bartolomé de Las Casas et Juan Ginés de Sepúlveda,
en le situant dans son contexte historico-politique de réorganisation des États
européens. Tandis que Bartolomé de Las Casas prône l'évangélisation pacifique
et défend les Indiens tout en s'opposant à la guerre de conquête, Sepúlveda
s'oppose farouchement à l'évangélisation pacifique et justifie la guerre de conquête
sur la base de la théorie aristotélicienne sur les barbares. L’auteure souligne
que ce débat constitue l’axe central des discussions ayant entouré l’édification
des lois sur les Indiens.
Le racisme et la discrimination
envers les peuples autochtones’:
un regard au-delà des chartes
Pierre Lepage
Choisissant de laisser de côté l’analyse
des cas individuels, l’auteur de cet article s’attarde à la dimension
systémique de la discrimination et soutient que la discrimination à l’égard des
peuples autochtones a un caractère spécifique qui la distingue de celle qui est
exercée à l’égard des autres groupes (femmes, personnes handicapées, minorités
dites ‘‘visibles’’, etc.). Dans son analyse, l’auteur nous réfère à une étude d’envergure
réalisée au sein des Nations Unies, le rapport Martínez Cobo, de même qu’aux
conclusions d’un séminaire des Nations Unies. Dans la deuxième partie du texte,
l’auteur tente de démontrer comment un certain modèele de développement
économique peut être porteur d’un racisme insidieux et de discrimination, et
comment certaines lois relatives à la faune, à la chasse et à la pêche peuvent
avoir un effet discriminatoire sur les autochtones.
Un premier bilan de la Convention
relative aux peuples indigènes et tribaux de l’O.I.T.
Lee Swepston
Dans cet article, l’auteur dresse un
bilan positif des répercussions de la Convention n° 169 depuis son adoption il
y a cinq ans par la Conférence générale de l’Organisation internationale du
Travail. L’auteur propose en outre une description détaillée des dispositions
incluses dans la Convention et traite de la mise en ‘uvre des conventions
internationales ainsi que des mécanismes de contrôle de l’O.I.T. En conclusion,
il déclare que la Convention 169 constitue une composante essentielle du droit
international des droits des peuples indigènes et tribaux, sa ratification
ayant déjà produit à cet égard des résultats positifs. Selon l’auteur, ce type
d’instrument contribue à fixer des critères de conduite pour les gouvernements
et autres organisations internationales, tout en fournissant aux peuples
autochtones quelques outils efficaces pour assurer le protection de leurs
droits fondamentaux.
Les droits fonciers des peuples
autochtones selon le droit international public
Pierre-Christian Labeau
Bien qu’ils manquent encore de
fondement et d’articulation avant de pouvoir être qualifiés de droits
véritables, les droits fonciers des peuples autochtones connaissent un
développement manifeste en droit international public. L’étude de la
jurisprudence de la Cour internationale de justice et du Comité des droits de l’homme,
de même que celle des dispositions de la Convention n° 169 de l’Organisation
internationale du Travail et du projet de Déclaration des droits des peuples
autochtones, tend à montrer que le droit international pourrait consacrer d’ici
peu la possibilité, pour les autochtones, d’établir un régime foncier distinct
à l’intérieur des systèmes juridiques étatiques et leur participation à la
gestion et à l’exploitation des ressources situées sur leurs terres.
Problèmes d’interprétation des
dispositions de la Convention 169 en Bolivie
Jorge Vacaflor
L’auteur de cet article analyse le
processus de mise en application de la Convention relative aux peuples
indigènes et tribaux de 1989 (Convention n° 169) en Bolivie. Il soutient que le
projet initial d'un décret suprême réglementaire était inadéquat pour rendre
effectives les dispositions de la Convention à l'intérieur du contexte
national. Toujours selon l'auteur, l'application réelle de la Convention ainsi
que le respect des droits des peuples autochtones de Bolivie doivent être
précédés d'une réforme de la Constitution bolivienne et de ses lois.
1995
(volume XXV) n° 4
Nations et nationalismes
La politisation de l'identité
ethnique et le mouvement indigène au Brésil
Roberto Cardoso de Oliveira
Cet article traite de la question
amérindienne au Brésil en adoptant une perspective historique. Prenant pour
point de départ l'universalité de l'identité ethnique, répandue dans presque
toutes les régions du globe, l'auteur souligne les particularités de l'identité
brésilienne ainsi que la dynamique de son évolution récente, qui se caractérise
par la transformation d'identités tribales et locales en une identité générique
pan-tribale. Le texte passe en revue le rôle des organismes du gouvernement
fédéral ainsi que celui de l'église catholique dans l'émergence du mouvement
indigène contemporain.
Un débat à plusieurs voix au
Mexique’: les Amérindiens et la nation
Pierre Beaucage
Le soulèvement du Chiapas, en
janvier 1994, est venu redonner à la ‘ question indienne ‘ toute son acuité
dans un pays où l'élite, une fois de plus, tournait le dos au Mexique profond,
autochtone, pour rêver d'intégration au Premier Monde. Depuis la conquête
espagnole, la définition officielle de l'indianité était essentiellement une
affaire de Blancs, de criollos, mais on redécouvre aujourd'hui comment les
peuples amérindiens du Mexique ont réagi à la mise en tutelle coloniale en élaborant
ce qu'on peut appeler des ‘‘cultures de résistance’’, qui reproduisent leur
identité distincte, tout en s'appropriant des éléments techniques, politiques
et symboliques de source européenne. Le ‘‘réveil amérindien’’ récent n'a rien
d'un refus de la modernité : il réclame au contraire une modernité choisie par
les principaux intéressés, dans le cadre d'un réaménagement de l'État mexicain
qui leur reconnaisse l'autonomie politique.
Vers une détente de l'histoire.
L'héritage colonial du Canada
Joyce A. Green
Cet article soutient que le Canada
est une entité coloniale créée par des intérêts coloniaux spécifiquement pour
étendre et consolider ces mêmes intérêts au détriment direct des peuples
autochtones et de leurs descendants actuels. Ces relations sont perpétuées par
une histoire qui relève de la mythologie et par des institutions juridiques et
politiques qui proclament et défendent un colonialisme mythifié. Seule la
reconnaissance des origines de cet héritage peut mener à une ‘‘détente avec
l'histoire’’ et à une ère post-coloniale véritable.
De la nation à l'autonomie
gouvernementale.
Entrevue avec l'anthropologue québécois Rémi Savard
Robert R. Crépeau
Dans cette entrevue, l'anthropologue
québécois Rémi Savard retisse les fils de la petite et de la grande histoire
des rapports entre peuples amérindiens et non-amérindiens au Québec et au
Canada. La définition de ces rapports n'est pas un problème sémantique mais
bien une question politique complexe qu'il faut penser en n'oubliant pas les
leçons de l'histoire.
De la négation de l'Autre dans
les discours nationalistes des Québécois et des autochtones
Pierre Trudel
Ce texte d'analyse politique des
rapports entre autochtones et Québécois tente d'illustrer comment, dans le
contexte tendu qui a suivi la crise constitutionnelle canadienne et la crise
d'Oka, les uns s'adonnent subtilement, ou carrément, à la négation des autres.
L’article traite principalement du discours québécois sur les autochtones mais
aussi du discours de ces derniers sur les Québécois. L’auteur vise à démontrer
que le système de négation de l’Autre fait que ces discours ne se développent
pas en vase clos mais qu’ils se répondent mutuellement. Les diverses formes de
la négation sont les suivantes’: la négation de l’Autre au moyen du stéréotype
physique, la négation de l’histoire, la négation de l’identité culturelle et
politique, la négation des droits territoriaux et finalement la négation de l’Autre
en le rendant monstrueux. En terminant, l’auteur examine la conjoncture
politique et idéologique qui pourrait être reliée à la montée de l’importance
de ces préjugés.
1994
(volume XXIV) n° 1-2
Les autochtones de la période historique par l'archéologie : Contact et
interaction
Les maisons en tourbe dans le
détroit de Belle Isle (1760-1850)
Réginald Auger
Cet article porte sur la recherche
en archéologie et en histoire faite à partir de sites de maisons en tourbe
trouvées dans la région du détroit de Belle Isle. Après avoir décrit le
contexte historique des Inuit dans le détroit de Belle Isle et présenté l'état
des recherches archéologiques sur leur histoire culturelle, l'auteur fait part
du résultat de ses travaux de terrain et de ses analyses. Les dates obtenues
par l'analyse des tessons de céramique et des pipes à fumer trouvés dans ces
maisons en tourbe indiquent que ces vestiges se situent à une époque charnière
chevauchant l'utilisation du détroit par les Inuit et le début de l'habitation
permanente par les pêcheurs.
Témoignage d'un site
archéologique inuit, baie des Belles Amours, Basse-Côte-Nord
Pierre Dumais et Jean Poirier
Deux maisons semi-souterraines dont
la forme d'aménagement est incontestablement de signature inuit ont été
découvertes dans un secteur stratégique de la partie québécoise du détroit de
Belle Isle. Par le recoupement de différents indices, il est possible de les
situer dans le temps entre la fin du xviie siècle et le milieu du xviiie . Les
nouvelles connaissances acquises sur ce site archéologique viennent jeter de la
lumière sur certains flous laissés par la documentation historique et elles
contribueront à alimenter un débat sur l'occupation inuit du Québec-Labrador
méridional amorcé au début des années 1980.
Des perles de la ‘ protohistoire ‘
au Saguenay?Lac-Saint-Jean?
Jean-François Moreau
Provenant de trois sites du
Saguenay?Lac-Saint-Jean, 834 perles en verre témoignent du transfert culturel
entre Amérindiens et Européens lors des ‘ premiers contacts ‘ au cours de la
première moitié du xviie siècle. L’auteur examine d’abord les conditions
géographiques et culturelles permettant d’appliquer aux perles du
Saguenay?Lac-Saint-Jean les méthodes élaborées pour les sites iroquoiens de l’Ontario.
Par la suite, les particularités morphologiques des perles sont étudiées en
fonction de leurs distributions stratigraphiques et spatiales au sein de trois
sites archéologiques afin de montrer la pertinence de l’application du modèle
ontarien à l’étude de la ‘ protohistoire ‘ dans le Subarctique oriental. À la
lumière de ces démarches, les témoins archéologiques paraissent pouvoir rendre
compte des transferts interculturels au cours de la première moitié du xviie
siècle.
’ Obasatik Sagahigan’, les
occupations historiques du site DaGt-1
Marc Côté
Les données recueillies sur le site
DaGt-1 en 1988 et 1989 sont analysées dans le cadre des travaux de recherche de
la Corporation Archéo-08. Ce site a livré plus de 100 000 témoins
archéologiques, une quinzaine de structures et des échantillons divers en
quantités importantes. Parmi la dizaine d'occupations distinctes dont le
terreau de DaGt-1 a gardé la trace, au moins deux se sont déroulées durant la
période historique, et toutes deux sont antérieures à la première moitié du
xixe siècle. Cet article décrit ces occupations et les objets qui s'y
rattachent. Les données ainsi obtenues mettent en relief des époques mal
documentées de l'histoire des Algonquiens du Nord-Ouest québécois.
Analyse de la composition
chimique d’objets en cuivre de l’Abitibi-Témiscamingue
Jean-François Moreau, R. G. V. Hancock et Marc Côté
L’application de la technique d’activation
neutronique à une série limitée d’objets à base de cuivre en provenance de l’Abitibi-Témiscamingue
offre certains éléments de comparaison et de réflexion par rapport aux résultats
obtenus avec la même technique sur des séries extensives d’objets mis au jour
dans les régions limitrophes du sud-ouest ontarien et du Saguenay’Lac-Saint-Jean.
Des pointes de projectile aux
pierres à briquet : l’évolution d’une tradition technologique du Québec
subarctique
David Denton
Dans cet article, l’auteur montre
que les populations algonquiennes du Subarctique québécois n’ont pas abandonné
leur technologie lithique ni pendant ni après les premiers contacts avec les
Européens. L’analyse de deux sites recelant des vestiges du xviie, du XVIIIe et du XIXe siècles tend à démontrer que certains
groupes ont continué à fabriquer des pointes de projectiles jusqu’au xixe
siècle tout en modifiant leurs rapports à la technologie lithique car, en effet,
on constate l’abandon de certains réseaux d’échange de matières premières (dès
le xviie siècle, semble-t-il), l’abandon progressif de l’usage des pièces
bifaciales, et l’émergence d’un nouvel objet fabriqué, surtout aux XVIIIe et XIXe siècles, dans des matériaux locaux’: la
pierre à fusil. Par ailleurs, l’usage de la pierre comme briquet et dans
diverses activités domestiques, tel le broyage des os, s’est poursuivi. Les
archéologues devront tenir compte des implications méthodologiques de ces
constatations dans la façon de classer les sites lors des inventaires. L’usage
de la pierre pendant la période postérieure au Contact devrait faire l’objet de
recherches plus intensives.
Le schème d’établissement
amérindien à Fort McKenzie, Nouveau-Québec
Françoise Duguay
Cet article a pour objet d’étude les
vestiges des habitations amérindiennes de la période historique, à l’emplacement
du poste de traite de Fort McKenzie (1916-1948; 1953-1956). Deux autres sites
(HeEf-7 et HeEf-9) de la même région sont aussi utilisés, dans le but d’identifier
une variation diachronique des types d’habitation. Les vestiges sont d’abord
traités sur une base qualitative pour permettre une classification typologique
des habitations, et les variables descriptives sont ensuite quantifiées, afin d’identifier
les grandes tendances démontrées par les caractéristiques des habitations de
chacun des sites. De plus, la dimension ethnographique permet certaines
interprétations de même que l’élaboration d’un modèle ethnographique de l’utilisation
du territoire pouvant être comparé au modèle archéologique, pour identifier les
variations et les continuités qui existent entre les deux modèles. L’originalité
de l’étude repose sur le fait qu’elle se penche sur l’observation, la
classification et l’interprétation des vestiges d’habitations amérindiennes,
afin de les contextualiser au sein du processus de sédentarisation au cours du
xxe siècle.
La paléopathologie des sociétés
historiques ou ce que l’histoire ne dit pas
Robert Larocque
Traditionnellement, le
paléopathologiste s’est surtout intéressé aux populations préhistoriques, mais
depuis peu son intérêt se porte également sur les sociétés historiques. Dès
lors on peut penser que les restes humains ont perdu l’exclusivité de fournir
au chercheur les données relatives à la santé, puisque la documentation
historique peut désormais prendre la relève. Cependant les documents écrits
relatifs aux Amérindiens des XVIIe et XVIIIe siècles n’arrivent pas, à plus d’un égard, à
rivaliser avec les restes humains, car non seulement sont-ils biaisés et
subjectifs, mais ils ne donnent pas accès à nombre de phénomènes pathologiques
qui peuvent être documentés en détail par les ossements. Ainsi, malgré une
documentation historique abondante, les restes humains demeurent une source d’informations
inédites et indispensables pour qui veut se représenter l’état de santé d’une
communauté historique.
Note de recherche
La présence amérindienne à Pointe-à-Callière, Montréal
Pauline Desjardins
Lors de la fouille à Pointe-à-Callière,
à Montréal, en 1989, des objets de facture amérindienne similaires à ceux qui
sont associés à des occupations du Sylvicole supérieur ont été retrouvés en
association avec des objets européens dont plusieurs sont reliés à la traite
des fourrures. Cette note a pour but de décrire succinctement cette collection
et le contexte stratigraphique, qui tend à prouver la contemporanéité des
témoins matériels amérindiens et des biens européens.
Autre article
La nature des attaques iroquoises contre Ville-Marie : 1642-1667
Claude Gélinas
Dans cet article l'auteur remet en
question l'hypothèse traditionnelle voulant que les attaques iroquoises contre
Ville-Marie entre 1642 et 1667 aient eu pour principal fondement des motifs
d'ordre économique liés au contrôle du commerce des fourrures. Une analyse
détaillée des données ethnohistoriques démontre que les assauts iroquois contre
l'établissement français, dans leur forme et leur nature, sont davantage
compatibles avec la théorie des ‘ guerres de capture ‘, telle que définie par
Roland Viau, selon laquelle la guerre, chez les Iroquois, tendait avant tout à
faire des prisonniers destinés à être adoptés ou sacrifiés dans le cadre des
rituels de deuil.
1994
(volume XXIV) n° 3
Troc, trafic et commerce
Vers une chronologie des
occupations basques du Saint-Laurent du xvie au xviiie
siècle : Un retour à l'histoire
Laurier Turgeon
Cet article vise à raffiner la
chronologie des occupations basques du golfe et de l'estuaire du Saint-Laurent
à partir d'informations tirées de fouilles archéologiques et, surtout, de
documents historiques (actes notariés, correspondances, archives d'amirautés et
relations de voyage). Les sources écrites ont fourni de précieux éléments de datation
dans la mesure où à peu près tous les documents textuels sont datés ? il s'agit
quasiment d'une condition sine qua non de leur production et de leur
conservation ?, ce qui est rarement le cas des vestiges archéologiques. L'étude
critique du corpus documentaire a permis de distinguer deux principales
périodes d'occupation : une première allant de 1540 à 1637 environ et une
deuxième de 1710 à 1755. Elle a également permis de mieux connaître les
mouvements migratoires des différentes espèces de baleines qui fréquentaient le
golfe et l'estuaire du Saint-Laurent. Ce raffinement de la chronologie sera
très utile pour étudier l'évolution des établissements basques en Amérique du
Nord et pour reconstituer les échanges entre Basques et Amérindiens.
La traite des fourrures et les
noms de tribus : quelques ethnonymes amérindiens vraisemblablement d’origine
basque dans le Nord-Est
Peter Bakker
Les Basques ont joué un rôle
pionnier dans l’établissement de contacts avec les populations amérindiennes du
Nord-Est au xvie siècle, et cet article suggère à cet égard qu’un certain
nombre de noms de tribus de la région seraient d’origine basque. Ils auraient
été forgés dans le contexte des rapports de traite entre les marchands et
pêcheurs basques et les membres des tribus côtières, particulièrement les
Micmacs. Les étymologies proposées par l’auteur incorporent dans plusieurs cas
des éléments basques et algonquiens. Leur usage s’est consolidé au cours du
xviie siècle à la faveur de la colonisation de la Nouvelle France.
Les Malécites et la traite des
fourrures
Laurence Johnson et Charles A. Martijn
Cet article trace le portrait de la
participation des Malécites au commerce des fourrures à partir des premiers
contacts jusqu’au xixe siècle. Selon les auteurs, par suite des épidémies du
xviie siècle, la diminution importante de la population malécite a
permis le maintien des ressources animales et la continuité d’une subsistance
basée sur la chasse, la pêche et la traite. Par ailleurs, l’arrivée des
Loyalistes dans les provinces maritimes dans les années 1780, priva les
Malécites de territoires utilisés presque exclusivement par eux avant cette
époque et causa aussi un grand dommage à la faune et à la flore, forçant ainsi
les Malécites à diversifier leurs activités de subsistance.
Les Amérindiens domiciliés et la ‘
contrebande des fourrures en Nouvelle-France
Jan Grabowski
Les Amérindiens domiciliés résidant
dans les ‘ réserves ‘ autour de Montréal furent, tout au long du régime
français, les principaux intermédiaires dans la traite des fourrures, entre les
colonies britanniques et les marchands français. Les domiciliés travaillaient
aussi pour leur propre compte et poursuivaient leurs activités commerciales
malgré de nombreuses interdictions et ordonnances. À cause de l'importance
militaire des domiciliés, et étant donné l'importance de la coalition
franco-amérindienne, les administrateurs coloniaux ont alors élaboré un système
parallèle de justice visant les autochtones. On a reconnu aux Amérindiens
domiciliés le droit de porter les fourrures aux marchands anglais et de
rapporter la ‘ marchandise étrangère ‘ dans la colonie française.
" Pleinement conscients de
leur propre importance " : Les Cris des basses terres de la baie d'Hudson
et la chasse aux oies (xviiie siècle)
Victor P. Lytwyn
Les Cris des basses terres de la
baie d'Hudson chassaient les oiseaux migrateurs bien avant l'arrivée, au xviie
siècle, de commerçants européens. Tout en demeurant une ressource alimentaire,
les oies, en particulier, devinrent à ce moment une ressource commerciale. Si
l'introduction d'armes à feu vint modifier les techniques de chasse et si les
Cris ‘ habitués ‘ des postes se montrèrent sensibles au nouveau débouché, ils
étaient de toute évidence peu empressés à céder à la Hudson's Bay Company le
contrôle de la chasse (ainsi que des festins qui l'accompagnaient). La chasse
aux oies ne devint plus intensive qu'après 1780, par suite de l'épidémie de
variole et des nouvelles politiques de la Compagnie.
Les relations commerciales entre
la Hudson's Bay Company et les Montagnais de Betsiamites au xixe
siècle (1821-1870)
Jacques Frenette
Pour la période avant 1870, les
écrits sur la traite des fourrures présentent habituellement des luttes
commerciales entre grandes entreprises marchandes qui se traduisent, à
l'endroit des producteurs autochtones, par un assouplissement des pratiques
commerciales : distribution de présents en plus grand nombre, facilité d'accès
au crédit, hausse des prix des fourrures et diminution des prix des
marchandises. En fait, suivant les approches historiographiques et
ethnohistoriques classiques, la concurrence des marchands forains ne fait
véritablement sentir ses effets qu'après 1870. Les compagnies marchandes et
leurs concurrents transforment alors leurs pratiques commerciales afin de
diminuer leurs coûts d'opération tout en ménageant leurs sources de revenus.
Selon l'auteur de cet article, cette image ne tient plus dans la région de
Betsiamites, où la Hudson's Bay Company subit avant 1870 une vive concurrence
de la part de plusieurs marchands itinérants et où les pratiques commerciales
de l'entreprise britannique et de ses concurrents n'avantagent pas
nécessairement les Montagnais.
1994
(volume XXIV) n° 4
Le droit international et les peuples autochtones I
La Décennie internationale des
populations autochtones
Russell L. Barsh
À la fin de l'Année internationale
des populations autochtones, l'Assemblée générale des Nations Unies a accepté
en principe de proclamer une Décennie consacrée à ces mêmes populations. Compte
tenu des résultats insatisfaisants de l'Année internationale, du nouveau rôle
géopolitique de l'ONU et de ses ressources financières qui diminuent, que
peut-on réellement accomplir pendant cette Décennie ? Cet article décrit les
principaux enjeux qui caractérisent la Décennie internationale des populations
autochtones : le sort qui sera réservé au projet de Déclaration des droits des
peuples autochtones; l'idée de créer une ‘ instance permanente ‘ pour les
peuples autochtones au sein des divers mécanismes décisionnels de l’ONU; la
visibilité et la participation des peuples autochtones dans tous les aspects du
travail accompli à l'ONU; l'utilisation des ressources de la communauté
internationale afin de résoudre les problèmes rencontrés par les populations
autochtones.
L'Étude des Nations Unies sur les
traités entre peuples autochtones et États
Isabelle Schulte-Tenckhoff
L'Étude, actuellement en cours, des
Nations Unies sur les traités, les accords et les autres arrangements
constructifs entre peuples autochtones et États met en jeu deux logiques
fondamentales qui contribuent chacune, bien que selon des modalités à définir,
au débat international concernant le statut des peuples autochtones et leurs
relations futures avec les États qui les englobent. Sans anticiper les
résultats définitifs de l'Étude, l'article vise à offrir une première lecture
des rapports déjà disponibles, en en décrivant les enjeux, la perspective et le
contexte institutionnel.
Des écarts importants entre la
Convention n° 169 de l’O.I.T. et le droit canadien
Renée Dupuis
Dans son article, l’auteure fait
ressortir des écarts importants entre les dispositions de la Convention
relative aux peuples indigènes et tribaux (n° 169) adoptée en 1989 par l’Organisation
internationale du Travail, et le droit canadien. La Convention n° 169 introduit
de nouvelles dispositions, jusque-là inédites en droit international. Ces
nouvelles dispositions entrent en conflit avec des éléments fondamentaux du régime
juridique canadien, ce qui amène l’auteure à douter que la Canada ratifie la
convention n° 169, du moins dans l’état actuel du droit canadien.
La Commission interaméricaine des
droits de l'homme et les peuples autochtones
Carol Hilling
Dans cet article, l’auteure tente
d'évaluer la performance de la Commission interaméricaine des droits de l'homme
en matière de protection des droits autochtones, à travers les rapports
généraux et spéciaux de la Commission. Bien qu'il n'existe, pour l'instant,
aucun instrument juridique protégeant spécifiquement les droits des peuples
autochtones, la Commission interaméricaine a été amenée à se pencher sur des
situations les concernant dans le cadre de l'exercice de ses compétences,
notamment au Brésil, au Nicaragua et au Guatemala. Le bilan de ces activités
n'est pas très positif. L'avenir offre toutefois certains espoirs, avec
l'émergence d'un droit international des peuples autochtones, tant sur le plan
universel qu'à l'échelle régionale. Au sein de l'Organisation des États
américains, l'heure est à la participation accrue des organisations non
gouvernementales dans le processus juridique interaméricain, notamment par leur
apport aux travaux de la Cour interaméricaine.
Un projet d'État indien
indépendant à la fin du xviiie siècle et le traité de Jay
Rémi Savard
Même si le Traité de Paris (1783)
avait déterminé la frontière entre les États-Unis et la colonie canadienne, la
Couronne n’en continua pas moins à occuper ses forts en territoire américain.
Les Britanniques avaient ainsi encore accès à ce réservoir de fourrures et les
Amérindiens pouvaient compter sur les armes britanniques pour contrer l’envahissement
de leurs terres. La position était intenable; Londres proposa alors un
État-tampon indien neutre et indépendant au sud des Grands Lacs. Les
négociateurs américains s’y opposèrent, mais ils durent accepter, lors de la
signature du Traité de Jay (1794), des clauses encore trop empreintes à leur
goût de cette espèce de reconnaissance d’une personnalité internationale des
peuples amérindiens.
1993
(volume XXIII) n° 1
Des alliances " fondatrices’" aux traités modernes
Réflexion sur une réalité moderne
à " incarner " : le traité préconfédératif de la nation huronne-wendat
René Boudreault
Les traités conclus à diverses
époques au Canada et dans l'est des États-Unis, entre diverses nations
autochones et les gouvernements qui se sont succédé de la période du contact
jusqu'à aujourd'hui, définissent encore certains rapports entre les peuples et
inspirent la revendication d'autonomie gouvernementale de plusieurs nations
autochtones. Le traité conclu en 1760 entre les Hurons e les Britanniques a été
reconnu en 1990 par la Cour suprême du Canada. Les analyses que nous pouvons
tirer de ce jugement et des négociations en cours sur les droits des Hurons à
l'époque actuelle peuvent aider à en comprendre toute la perspective.
De la volonté politique à la
souveraineté autochtone : un bilan des négociations sur les revendications des
Dènès et des Métis des Territoires du Nord-Ouest
Shirleen Smith
Cet article analyse les résultats
obtenus par les Dènés et les Métis dans leurs tentatives de faire reconnaître
leurs droits aborigènes, y compris le droit à l'autonomie gouvernementale. Deux
forums principaux ont été utilisés à cette fin : la négociation de leur
revendication territoriale globale et les discussions relatives à l'avenir
constitutionnel des Territoires du Nord-Ouest. L'auteure décrit également le
contexte plus général de reconnaissance et de confirmation des droits
ancestraux et issus de traités et son influence sur les décisions prises par
les Dènès et les Métis.
Historique de la négociation sur
les revendications territoriales du Conseil des Atikamekw et des Montagnais
(1978-1992)
Renée Dupuis
Conseiller juridique du Conseil des
Atikamekw et des Montagnais depuis sa fondation en 1976 jusqu'à 1991, l'auteure
de cet article trace l'évolution du dossier de la négociation des
revendications territoriales de ces deux nations amérindiennes du Québec. Elle
analyse le processus de négociation tripartite mis en place par le gouvernement
du Canada qui implique, outre le Conseil des Atikamekw et des Montagnais et le
gouvernement fédéral, le gouvernement du Québec pour la partie des
revendications portant sur le territoire du Québec, et le gouvernement de
Terre-Neuve pour la région du Labrador qui est sous la juridiction de
Terre-Neuve depuis le jugement du Conseil privé de Londres en 1927.
Le long et difficile portage
d'une négociation territoriale
Bernard Cleary
L'enjeu des négociations sur des
revendications territoriales dépend de la définition même du concept de base
d'une négociation territoriale globale. Une mésentente fondamentale persiste :
les gouvernements veulent éteindre le titre ancestral foncier des autochtones
et ceux-ci en veulent la reconnaissance explicite. Quelle dimension réelle doit
prendre la réparation de l'erreur historique qui a conduit certaines nations
autochtones à la dépossession territoriale actuelle ? L'auteur, qu a été
négociateur dans ce type de dossier, lève le voile sur les principes et les
conditions qui doivent guider ce débat de société.
Les revendications territoriales
globales des premières nations du Yukon
Victor Mitander
Après avoir brossé un portrait des
premières nations du Yukon, cet article retrace l'histoire des négociations qui
ont mené à la conclusion d'une entente finale. L'auteur souligne aussi les
principes fondamentaux qui y ont été intégrés, les difficultés rencontrées en cours
de route et les stratégies utilisées afin de les résoudre.
Visions divergentes sur la
compréhension de la Convention de la Baie james et du Nord québécois
Robert Mainville
La Convention de la Baie James et du
Nord québécois constitue un ménage forcé entre le Québec et les Cris, où les
divergences d'interprétation sont particulièrement acerbes en ce qui concerne
le développement hydro-électrique du territoire. Par le passé les conflits ont
été évités par le biais d'ententes complémentaires prévoyant des compensations
monétaires en échange de l'accord des autochtones sur le développement
hydro-électrique. Dans la mesure où ce jeu des accords monétaires n'est plus
acceptable pour un groupe autochtone, tel que cela semble le cas pour
l'aménagement du complexe Grande Baleine, le conflit devient inévitalbe. Dans
ces circonstances, et vu l'expérience passée quant à l'application de cette
convention, il y a lieu de procéder à une révision en profondeur de celle-ci.
1993
(volume XXIII) n° 2-3
Les Algonquins
Préhistoire de
l'Abitibi-Témiscamingue
Marc Côté
Depuis six ans, des recherches
archéologiques menées en Abitibi-Témiscamingue par la Corporation Archéo-08
soulèvent un peu le voile sur la chronologie des occupations, l'évolution du
mode de vie, la culture matérielle, les alliances politiques et les réseaux
économiques des ancêtres de ceux qui, sur les cartes anciennes, sont désignés
comme étant les Abitibis (Abitibiwinnis) et les Témiscamingues (Timiskamiginis).
L’auteur de cet article rend compte du résultat de ces recherches en ce qui a
trait à l'évolution culturelle des Amérindiens de l'Abitibi-Témiscamingue qui
occupaient l'axe de communication formé par les lacs et les rivières unissant
les bassins hydrographiques de la baie James et du fleuve Saint-Laurent lors de
la préhistoire. Évidemment incomplet, ce tableau comprend aussi des pistes et
des hypothèses de travail pour l'avenir.
La localisation des Algonquins de
1534 à 1650
Maurice Ratelle
Cet article vise à établir le
contexte historique de la localisation des Algonquins de 1534 à 1650 et à
démontrer qu'une telle localisation est modelée par des réaménagements
réguliers. Les guerres, les épidémies et les fuites font que des populations
entières disparaissent; d'autres viennent les remplacer. Au début du XVIIe
siècle, les Algonquins, venant de la vallée de l'Outaouais, fréquentent les
terres de chasse de populations iroquoiennes maintenant disparues et s'avancent
jusqu'au Saint-Maurice où ils côtoient les Montagnais, leurs alliés. Les
nombreuses attaques des Iroquois amèneront les Algonquins à abandonner
entièrement la vallée de l'Outaouais pendant plusieurs décennies. Ces
bouleversements ayant contribué à la désintégration des groupes algonquins
seront à la base d'une quête pour une nouvelle cohésion.
Kitigan Zibi Anishinabeg : Le
territoire et les activités économiques des Algonquins de la rivière Désert
(Maniwaki), 1850-1950
Jacques Frenette
Reprenant là où Frank G. Speck a
laissé ses travaux sur ces questions (1929, principalement), l'auteur amène de
nouvelles données sur le territoire et les activités économiques des membres de
la bande algonquine de la rivière Désert (Maniwaki). Il amorce son propos en
relatant les principaux événements ayant conduit à la création de la réserve,
en 1853, puis il établit l'étendue du territoire de la bande, pour la période
entre 1853 et 1950, et analyse les modifications de ses frontières et les
causes de l'effritement du système des territoires de chasse familiaux. D'autre
part, les noms de quelques familles supplémentaires sont ajoutés à la liste
dressée par Speck et la place relative de l'agriculture parmi les activités
économiques des Algonquins de Maniwaki est documentée.
Des wampums et des ‘ Petits Humains
‘ : récits historiques sur les wampums algonquins
Pauline Joly de Lotbinière
L'héritage des wampums algonquins
inclut une tradition orale riche en récits de rêves, de visions et d'esprits et
laisse voir des liens très forts entre l'histoire de ce peuple et ses
préoccupations politiques actuelles. Guidé par le récit du Gardien des wampums,
le présent article examine cette tradition orale et montre comment le récit du
Gardien contraste avec les styles occidentaux de discours historique. À cet
égard, l'auteure souligne qu'une attention doit être accordée à de telles
formes de représentation historique non occidentale, comme contrepoids à la
domination des formes culturelles occidentales.
Coutumes et légendes algonquines
d’après un inédit de Juliette Gaultier de la Vérendrye
Daniel Clément et Noeline Martin
Juliette Gaultier de la Vérendrye
(1888-1972) était une chanteuse professionnelle surtout connue pour ses
interprétations de chants folkloriques, amérindiens et inuit autant que
québécois et acadiens. Ses relations avec Mackenzie King, Marius Barbeau,
Diamond Jenness et Edward Sapir à Ottawa ont sans doute contribué à son succès.
Parmi les ‘uvres qu’elle a laissées, il existe un recueil inédit de coutumes et
de légendes algonquines (lac Baskatong, lac Barrière, Petite Nation) conservé
au Musée canadien des civilisations. Près de cinquante textes de ce manuscrit
sont traduits ici et commentés brièvement.
Un mariage dans les bois :
continuité et changement dans le mariage algonquin
Sue N. Roark-Calnek
Cet article examine le mariage
algonquin (nîbawiwin) dans un contexte historique et contemporain. Il rend
compte, d’un point de vue ethnographique, d’une cérémonie de mariage qui s’est
déroulée en 1988 dans la communauté algonquine du lac Barrière, au parc de La
Vérendrye, et qui reconstituait les coutumes traditionnelles algonquines tout
en les faisant revivre. Cette analyse considère le mariage comme un arrangement
social et comme une performance culturelle symbolique. Dans sa forme rituelle,
et dans l’organisation sociale qu’il reflète et reproduit, le mariage algonquin
peut être compris comme un mécanisme d’adaptation évolutif qui se développe
parallèlement à la transformation historique des communautés algonquines.
" Makwa Nibawaanaa " :
Analyse d'un récit algonquin concernant les rêves sur les ours
Roger Spielmann
Cet article examine un récit
algonquin concernant les rêves sur les ours afin de découvrir et de décrire
quelques-unes des techniques narratives du discours et de l’enseignement
algonquins. Prêtant particulièrement attention aux caractéristiques du discours
oral, l’auteur constate que ce qui, à première vue, semble connu sur le
discours algonquin et les techniques de transmission des connaissances
culturelles dans cette tradition, révèle un aspect inédit de la nature de
l'ethnographie de la parole (étude des techniques d'interaction verbale propres
à une culture) chez les Algonquins. Dans le contexte d’enseignements reliés aux
rêves sur les ours, il compare aussi ces caractéristiques aux résultats obtenus
pour un dialecte voisin (odawa) afin de mieux comprendre les liens qui existent
entre les caractéristiques fonctionnelles du discours algonquin, les techniques
de transmission des connaissances propres à cette culture et la cosmologie algonquine.
Les autochtones d'origine
algonquine à Val-d'Or : des migrants ou des citadins’?
Christiane Montpetit
La population autochtone d'origine
algonquine établie à Val-d'Or n'est pas homogène. On peut du moins déceler une
intégration différente au milieu urbain chez les Algonquins originaires des
réserves et chez les Métis d'origine algonquine provenant des villes ou des
villages de l'Abitibi-Témiscamingue. Pour l'instant, les Algonquins peuvent
être considérés comme des migrants dont l'expérience urbaine est temporaire,
alors que les Métis tendent à s'établir de manière permanente en ville.
L'auteure propose que cette différence peut être saisie à la lumière des
antécédents historiques et culturels de chaque groupe et des rapports qu'ils
entretiennent avec leurs milieux d'origine.
1993
(volume XXIII) n° 4
Transhumance, mobilité et sédentarité
Européens transhumants non
pastoraux de la période récente sur la côte atlantique du Canada
Philip E. L. Smith
Une forme de transhumance non
pastorale a été pratiquée par de nombreux colons européens de l'île de
Terre-Neuve, du Labrador et de la Basse-Côte-Nord québécoise depuis environ
l'an 1700 jusqu'après 1950. Les habitants des villages de pêche côtiers quittaient
leurs maisons à l'automne pour passer les hivers dans des campements établis
dans les forêts ou dans d'autres endroits bien abrités. Leurs principales
motivations étaient d'échapper au froid, d'être plus près des sources d’approvisionnement
en bois de chauffage, de chasser le caribou et les autres gibiers, de faire le
piégeage des animaux à fourrure et de fabriquer les éléments de technologie
requis pour l'industrie de la pêche. À plusieurs égards, cette forme de
mobilité ressemble à celle des chasseurs-cueilleurs-pêcheurs autochtones,
incluant quelques mécanismes identiques. Le cas peut-être unique de
transhumance présenté ici, pratiquée par des Européens modernes, nous offre
l'opportunité d'examiner les déterminismes de la mobilité et de la sédentarité
selon une perspective différente dans laquelle ‘ nous ‘ sommes ‘ l'Autre ‘.
La transhumance et les Iroquoiens
du Saint-Laurent
Claude Chapdelaine
En utilisant des données historiques
et archéologiques, il est possible de définir une certaine forme de
transhumance pratiquée par les Iroquoiens de la région de Québec.
L'exploitation des ressources de l'érablière laurentienne et des produits
horticoles, combinée à celle des ressources de l'estuaire du Saint-Laurent,
aurait engendré des déplacements périodiques entre ces deux zones écologiques
distinctes. De plus, le site Royarnois au cap Tourmente pourrait représenter un
village saisonnier, ce qui permettrait de conclure à une autre forme de
transhumance pratiquée par une fraction de la communauté d'un village
semi-permanent qui se serait déplacée sur de plus petites distances dans le but
d'exploiter un écosystème caractérisé par le début des eaux saumâtres et
l'extrémité nord-est des basses terres laurentiennes.
Gens de la pirogue et du bananier
: la mobilité spatiale chez les Miskitos
Pierre Beaucage
Considérés par certains comme des ‘
nomades’’ vivant principalement de chasse et de collecte, les Miskitos du
Nicaragua ont été définis dans des études récentes soit comme des
horticulteurs-pêcheurs traditionnels vivant en quasi-autosubsistance, soit
comme un fragment de société de consommation échoué dans la jungle. À travers
l'analyse ethnohistorique, cet article tente de démontrer comment les sociétés
autochtones ont redéfini à plusieurs reprises leur rapport à l'environnement
depuis les premiers contacts avec les Européens, en fonction des
transformations survenues dans le mode de subsistance, d'une part, et des
rapports politico-militaires et commerciaux avec l'extérieur, d'autre part. Ces
derniers exigent la présence sur la côte, tandis que l'adoption du bananier
comme culture principale oblige à des déplacements fréquents vers l'intérieur.
Dans une situation ethno-culturelle mouvante comme celle de la côte, l’auteur
suggère que c'est par référence à un ou des modes spécifiques de mobilité
territoriale qu'on peut le mieux tracer les frontières ethniques du groupe.
Peut-on parler de transhumance en
Mésoamérique préhispanique ?
Louise Iseult Paradis
Le terme ‘‘transhumance’’ est absent
de la littérature mésoaméricaine préhispanique. S'agit-il d'un problème de
définition ou d'une réalité historique ? À partir d'une réflexion sur le
concept de transhumance, et à l'aide d'une étude de cas, l’auteure tente
d'apporter des éléments de réponse à cette question.
Mobilité économique et
sédentarité en Amazonie
Robert R. Crépeau
S’appuyant sur la description de la
mobilité économique de quatre sociétés amérindiennes de l’Amazonie, les
Achuars, les Canelos, les Bara Makús et les Yuquís, ce texte propose un examen
critique des notions de sédentarité, de nomadisme et de mobilité. L’auteur
suggère qu’une distinction claire entre les concepts de sédentarité et de
mobilité permet de mieux cerner la multidimensionnalité des stratégies
économiques et sociales des sociétés amazoniennes.
Regard critique sur la
transhumance dans les années 1990
Thomas F. Lynch
Après avoir été employé durant plus
de trente ans dans l'archéologie du Nouveau-Monde, le terme ‘
transhumance’’ a été assez bien défini, dans le temps et dans l'espace,
du moins pour la région des Andes, mais il n'y a pas de consensus à propos de
sa valeur en tant que concept explicatif général. Le concept a été efficacement
étudié en Argentine, au Chili et au Pérou dans un cadre valorisant
l'archéologie contextuelle et environnementale. Les années 1980 et 1990 ont été
marquées par un plus grand intérêt concernant les origines de la transhumance
parmi les groupes ‘‘spécialisés’’ dans la chasse à la faune migratoire plutôt
que parmi les chasseurs de tout gibier, en général. L'utilisation plus récente
de la complémentarité des zones écologiques dans les Andes, comme ce fut le cas
notoire des Incas et de Tiwanaku sur le contrôle des archipels verticaux, est
certainement reliée à un processus de développement. Cet article étudie la
relation entre la transhumance pratiquée à la période Archaïque et les systèmes
qui ont suivi dans la région centre et centre-sud des Andes.
1992
(volume XXII) n° 1
Sujets divers
Premier regard sur un site
paléoindien récent à Rimouski (DcEd-1)
Claude Chapdelaine et Steve Bourget
Des fouilles archéologiques de
sauvetage ont permis la mise au jour, à Rimouski, d'un site appartenant à la
phase récente de la période paléoindienne. Des datations au radiocarbone nous
permettent de proposer une occupation vieille de plus de 8’000 ans, et la
présence d'outils diagnostiques comparables à ceux de la côte nord gaspésienne,
suggère des liens culturels entre les deux régions. Une première interprétation
du site est proposée en tenant compte des conditions environnementales qui
devaient prévaloir à cette époque.
Deux lettres montagnaises du
XVIIIe siècle
José Mailhot
Deux lettres rédigées en montagnais
en 1785 et 1795 font partie des collections d'archives de la British Library de
Londres. Il s'agit de véritables lettres d'affaires où sont discutées les
activités économiques et les opérations d'un poste de traite. L'auteure établit
qu'elles ont été adressées par des chefs de poste des Îlets-Jérémie à un
négociant de Québec qui était engagé dans l'exploitation des Postes du Roi.
L'analyse linguistique de ce document révèle qu'au XVIIIe siècle,
certains Montagnais avaient atteint un niveau d'alphabétisation étonnamment
élevé et que le montagnais était alors beaucoup plus près du cri qu'il ne l'est
de nos jours.
Mâtsheshu (le renard)
Daniel Clément
Les Montagnais du Québec connaissent
bien le renard, qu'ils chassent encore de nos jours. À Mingan, ils nous ont
livré, à son sujet, leur savoir fondé sur l'expérience vécue et sur des
traditions séculaires. Ce savoir est ici comparé à celui des zoologistes à
travers quelques thèmes ? dont la taxinomie, la description physique, les m’urs
et le cycle reproductif ? pouvant permettre de dégager les éléments communs que
partagent ces deux types de savoir. Certaines croyances et légendes viennent
encore témoigner d'une perception montagnaise très réaliste du renard, tout en
se révélant d'excellents moyens mnémotechniques.
Pratiques alimentaires rituelles
dans la société mochica : le contexte du festin
Daniel Arsenault
Certaines pratiques alimentaires des
Mochicas, une société préhistorique de l’aire andine, sont suffisamment bien
documentées par les données archéologiques et iconographiques pour qu’il soit
possible d’en étudier les contextes spécifiques. À l’aide de témoignages
archéologiques pertinents, l’auteur propose ici une lecture ‘contextuelle’ d’illustrations
figuratives de ces pratiques alimentaires, interprétées en termes de festin
rituel relié au contexte mortuaire mochica. En conclusion, il ressort que la
nourriture sacrée du contexte mortuaire a eu un rôle de médiation dans la
dynamique des rapports sociaux et politiques, particulièrement entre les phases
III et V de l’histoire mochica.
La raison politique de
l'ignorance, ou l'ethnologie interdite chez les Waimiris-Atroaris
Stephen G. Baines
Cet article discute des problèmes
auxquels doivent faire face les ethnologues désireux de faire de la recherche
dans des réserves amérindiennes de l'Amazonie brésilienne, et plus précisément
de l'interdiction de faire de la recherche chez les Waimiris-Atroaris. Durant
ces dernières années, l'occupation toujours plus rapide de l'Amazonie a été
accomplie selon un modèle militaire et industriel, qui a mis en évidence une
très étroite affinité d'intérêts entre le gouvernement fédéral, l'armée et les
grandes compagnies d'exploitation minière. Nombre de chercheurs se sont vu
refuser les permis nécessaires pour retourner sur le terrain. Dans certains
cas, l'agence gouvernementale en charge des affaires amérindiennes, associée
aux compagnies d'exploitation minière, a lancé des campagnes de diffamation
contre les chercheurs, disant aux Amérindiens qu'il s'agissait en réalité
d'agents de compagnies internationales qui utilisaient les Amérindiens pour
empêcher l'essor des compagnies d'exploitation minière brésilienne, et ce, dans
le cadre d'une conjuration internationale contre la souveraineté nationale
brésilienne.
1992
(volume XXII) n° 2-3
Traditions et récits sur l’arrivée des Européens en Amérique
L'arrivée du Grand Cannibale. Une
histoire des Indiens caraïbes du Suriname
Frans J. Malajuwara
Descendant d’une famille kalihna
(caraïbe) de conteurs officiels ou ‘‘gardiens des mots’’, l’auteur relate un
récit de la tradition orale de son peuple. Des entrailles d’un monstre surgi de
l’océan sortirent d’étranges êtres. Leur aspect diaphane attira d’abord la
commisération des habitants, mais ils se rendirent vite compte qu’il s’agissait
de cannibales auxquels nul ne pouvait échapper’: l’homme blanc, ce ‘‘fléau de
la mer’’, était arrivé parmi les Caraïbes du Suriname. Au terme de trois
siècles de domination coloniale, note l’auteur dans sa présentation, la
méfiance traditionnelle à l’égard des Blancs s’estompe progressivement car elle
ne semble plus nécessaire à la protection de l’identité des Caraïbes.
Les jours anciens. Récit micmac
raconté par le Grand Chef Gabriel SylliboyRécit micmac raconté par le Grand
Chef Gabriel Sylliboy
recueilli par Albert D. DeBlois
Ce texte raconte l’histoire, telle
que vue par les Micmacs et transmise oralement de génération en génération, de
l’arrivée des premiers Européens sur les côtes du Cap-Breton, en Nouvelle
Écosse. Le narrateur décrit les modes de vie de son peuple à cette époque, et
les changements engendrés par ce premier contact. Il parle, souvent avec
humour, de l’introduction de vêtements et d’aliments européens, et les compare
avec ceux qui, jadis, permettaient aux Micmacs d’affronter les vicissitudes de
la vie quotidienne. Le texte se termine par le récit aventureux d’un chasseur
de phoque micmac, sauvé en haute mer par les Anglais, puis amené en Angleterre
avant de retourner en son pays avec un fusil et des munitions.
L’arrivée des chercheurs de
terres
Récits et dires des Montagnais de la Moyenne et de la Basse Côte-Nord
Sylvie Vincent
Comme ailleurs en Amérique, l’arrivée
des Européens a obligé les Montagnais à retoucher leur représentation de l’humanité.
Mais très vite la présence de ces nouveaux venus demanda également que les
Montagnais revoient leur occupation de l’espace. Il existe sur la Basse
Côte-Nord une tradition, un ensemble de récits et de dires, sur l’arrivée des
Français dans le golfe du Saint-Laurent, et une façon d’interpréter la
signification de cet événement. Dans le présent article, l’auteur rend compte
de cette tradition en s’appuyant sur des entrevues effectuées entre 197l et
l990, entre Mingan et Saint-Augustin.
Le tambour d'Edmond
Jacques Leroux
Une Algonquine raconte à son
petit-fils la première arrivée des Français, l'enlèvement d'un jeune Indien et
leur retour, quelques années plus tard, avec l'enfant transformé en interprète.
Selon la tradition orale, cette histoire sert de prélude à un exposé personnel
sur les rapports entre Indiens et Eurocanadiens. Les propos des anciens et les
souvenirs remontent alors à la mémoire de la narratrice. Leur défilé fait
apparaître quelques grandes préoccupations : face à une écologie et une
cosmologie ancestrales durement éprouvées par l'industrie des envahisseurs, la
narratrice réfléchit sur les transformations de la culture autochtone en
mettant en relief le rôle des langues maternelle et étrangères dans une
problématique de l'altérité et de l'identité ethniques.
Les Oiseaux-Tonnerres sont partis
Récit ojibwa (Big Trout Lake, Ontario)
recueilli par Emmanuel Désveaux
Bien que le contact date de trois
siècles déjà, la tradition mythologique des autochtones qui occupent l’intérieur
de l’extrême nord-ouest de l’Ontario tend à dénier la présence européenne. Les
biens manufacturés sont ainsi mis en équivalence avec les entités surnaturelles
acquises lors des épreuves d’isolement et de jeûne. Un récit fait exception,
celui d’Isaiah McKay. Il brille par sa lucidité puisque l’histoire depuis le
contact y est non seulement décrite comme celle d’une aliénation progressive
des autochtones, mais bien comme celle d’une aliénation économique, avant que d’être
politique.
La rencontre avec les Blancs d’après
les récits historiques et mythiques des Cris de la Baie James
Colin Scott
Les récits cris à caractère
historique et mythologique dans lesquels il est question de Blancs, explorent
tout particulièrement l’idée que les relations entre les groupes doivent être
basées sur la réciprocité. C’est en fonction de leur propension à respecter les
règles de cette réciprocité que les catégories d’êtres humains sont placées sur
un continuum allant de l’humanité à la sous-humanité (parent, allié, étranger,
proscrit, cannibale). Ce modèle s’applique aux Blancs, qu’il s’agisse du
contexte des confrontations politiques actuelles avec l’État ou des premiers
contacts avec les Européens. La problématique de la réciprocité suppose une
distinction entre autochtones et nouveaux arrivants, tout en érigeant l’échange
égalitaire en norme universelle que les Européens sont enjoints de respecter.
On découvre toujours l’Amérique
L’arrivée des Européens, selon des récits cris recueillis à Whapmagoostui
Pierre Trudel
L'arrivée d'un bateau en provenance
d'Europe, l'échange de fourrures contre des vêtements européens, le cadeau d’un
curieux chapeau, l'origine du mot ‘‘Canada ‘, la tente tremblante, la
découverte et la possession du territoire, figurent dans un récit cri de la
découverte conté par John Kawapit, de Whapmagoostui (Poste-de-la-Baleine) à la
Baie d'Hudson, dans le Nord du Québec. Il semble cependant que ces Européens
qui arrivent par bateau n'aient pas été les ‘ premiers ‘. L'analyse qui
accompagne ce récit vise à le resituer dans son contexte culturel et
historique, ainsi que dans le contexte de l'entrevue au cours de laquelle il a
été livré. L'auteur explore l'hypothèse selon laquelle ce récit cri
reprendrait, tout en l’adaptant, la version européenne du même événement.
Pygmées arctiques et Géants
lubriques ou les avatars de l'image de l’’ autre ‘ lors des ‘ premières ‘
rencontres entre Inuit et Blancs
Bernard Saladin d’Anglure
En comparant les diverses facettes
de l'image de l'autre élaborée par les Blancs lors de leurs ‘‘premières
rencontres’’ avec les Inuit, avec celle que les Inuit se sont façonnée de leur
côté au sujet des nouveaux arrivants, on relève d'abord quelque ressemblance, à
savoir une tentative d'insérer l'autre dans sa propre généalogie, en faisant
appel à un mythe d'origine qui explique l'altérité. Mais on trouve surtout de
profondes différences. Alors que les Blancs classent les Inuit dans le monde
infra-humain des nains, des animaux et des primitifs, les Inuit classent les
Blancs dans le monde supra-humain des esprits qui se présentent parfois sous la
forme de géants lubriques aux pouvoirs surnaturels. Ce déséquilibre dans les
représentations, déjà relevé par C. Lévi-Strauss pour la région des Caraïbes,
pourrait sans doute être mis en rapport avec d'autres déséquilibres qui ont conduit
les Occidentaux à s'approprier les terres arctiques, et bien d'autres régions
du monde.
Les deux flèches dans le crâne ou
comment l’Amérindien a tout vu
Marie-Laure Pilette
À la suite de la collision
culturelle qui a accompagné le contact entre Blancs et Amérindiens, la pensée
amérindienne a dû appréhender des éléments exogènes, mais elle l’a fait en se
basant sur ses propres systèmes de représentation. Cette stratégie de
résistance culturelle s’avère riche d’enseignements sur le phénomène du changement
culturel et sur le degré de perméabilité des cultures amérindiennes. À partir
de l’analyse d’un récit d’origine tuscarora et de ses ‘‘ficelages’’, l’article
propose de dégager des éléments de cette stratégie, vue ici comme étant à deux
temps’: la prise en compte des enseignements du Blanc et la réappropriation de
ceux-ci par l’Amérindien. Il en résulte une configuration triangulaire mettant
en scène le Blanc, l’Amérindien tel que vu par le Blanc et l’Amérindien tel qu’il
se voit lui-même, le tout visant à rappeler que l’Amérindien n’est pas dupe et
que l’Histoire ne doit pas continuer à s’écrire sans lui.
Les premiers contacts selon un
choix de récits amérindiens publiés aux XIXe et XXe
siècles
Denys Delâge
L’auteur présente onze récits, pour
la plupart recueillis au XIXe siècle, dans la région des Grands
Lacs, puis il commente ces textes et leur intérêt pour l’histoire, départageant
l’ancien de tout ajout récent, le vrai du vraisemblable, le ‘‘factuel’’ de l’interprétatif.
La tradition orale s’avère d’une grande richesse pour le travail de l’historien,
à qui revient le rôle d’utiliser toutes les traces du passé ? présentes tant
dans les objets que dans les documents et, enfin, dans la mémoire. En effet,
mieux que les archives écrites, et particulièrement pour les groupes qui n’ont
pas accès à l’écriture, la tradition orale nous renseigne sur les cultures dont
elle est issue et nous permet de connaître leur univers mental, leurs
perceptions, leur symbolisme et, par dessus tout, la manière dont ils se représentent
le passé.
Paroles de Québécois traduites du
tchippewayan, et autres dialectiques géographiques...
Jean Morisset
‘‘À cette vue, je fus saisi de
colère; quoique Sauvage, j’aimais les Français parce que mon grand-père était
français ‘ (entendez ‘‘canadien’’). À partir de cette phrase contenue dans un
récit fait par un Métis franco-cris-dènè et publié en 1886 par Émile Petitot, l’auteur
réfléchit à l’omniprésence canadienne (au sens ancien du terme) en Amérique du
Nord et à ses influences multiples sur les cultures autochtones de l’Ouest.
Cette influence, qui s’est exercée, notamment, par le biais d’une culture
métisse dont on découvre peu à peu la langue et les apports artistiques, amène
l’auteur à poser la question souvent occultée de la soi-disant pureté tant du
Québécois que de l’Autochtone. Il pose également la question des mythes non
fondateurs parce que masqués, quoique pour des raisons différentes, par l’histoire
officielle.
Le premier marchand de fourrures
Récit dènè raconté par Louie Taniton
recueilli et présenté par Nicole Beaudry
Parlant d’une époque où les Esclaves
du Nord (North Slavey) étaient en perpétuel conflit avec les Chipewyans, le
récit présenté ici raconte comment ces derniers se sont traîtreusement servi
des Esclaves pour leur commerce avec les Blancs. La découverte de leur
supercherie, grâce à l’intervention opportune d’une femme esclave, a permis aux
Blancs de faire la connaissance des Esclaves et d’établir chez eux des postes
de traite. Malgré la confirmation par le conteur de relations commerciales
avantageuses entre les Blancs et les Esclaves du Nord, le récit n’en relève pas
moins plusieurs circonstances où les Blancs se sont montrés facilement dupes,
dépendants de leur main d’’uvre amérindienne, et avides (comme aujourd’hui) de
récits comme celui-ci!
Nouvelles rencontres, nouveaux
mythes?
Premiers contacts dans le nord-ouest de l’Amérique
Guy P. Buchholtzer
Cet article présente trois récits, l’un
tlingit, le deuxième squamish, et le dernier, kutenai, sur les premières
rencontres avec les Européens ? des Français notamment ? dans le Nord-Ouest
américain. L’auteur montre que chacun de ces récits, bien que provenant de
nations géographiquement éloignées les unes des autres, illustre une forte
tendance à intégrer symboliquement dans l’univers mythologique amérindien des
événements historiques et des phénomènes culturels qui leur sont étrangers.
La culture de l’homme blanc :
Témoignages naskapis
recueillis par Jeanne Guanish-Vachon
Cinq personnes de Kawawachikamach, dont
les témoignages ont été enregistrés au début de l’année 1992, exposent ce qu’elles
pensent de l’influence de la culture occidentale sur leur société et leur façon
de vivre. Un moment séduits par les marchandises et les nouveautés apportées
par l’homme blanc, les Naskapis interviewés se disent aujourd’hui plus
critiques. Ils apprécient le fait d’avoir accès au reste du monde et ils
estiment que certains biens et services leur sont utiles, mais ils constatent
aussi que d’autres apports (l’alcool, l’école) détournent les jeunes de leurs
aînés et de leur culture. Certains se demandent si, en fin de compte, la vie d’aujourd’hui,
malgré ses facilités, n’est pas plus dure que la vie d’autrefois.
Les objets des échanges entre
Français et Amérindiens au XVIe siècle
Laurier Turgeon, William Fitzgerald et Réginald Auger
Cet article vise à faire mieux
comprendre la nature des premiers contacts entre Français et Amérindiens dans
le nord-est de l’Amérique et, plus particulièrement, au Québec. La perspective
choisie privilégie l’analyse de la culture matérielle puisque celle-ci reste le
principal témoin des échanges qui eurent lieu à cette époque et que, de plus,
les contacts entre les deux groupes semblent se faire principalement par le
biais d’échanges d’objets. L’accent est mis surtout sur les éléments
contextuels des échanges : le cadre général de l’activité française dans le
Nord-Est, l’évolution de la traite au XVIe siècle, la géographie des
échanges, les types d’objets échangés et les usages des objets, et ce dans le
but de saisir les mécanismes de l’échange.
1992
(volume XXII) n° 4
L'origine des Iroquoiens : Un débat
L'augmentation de la population
chez les groupes iroquoiens et ses conséquences sur l'étude de leurs origines
Dean R. Snow
Norman Clermont (1980) a proposé
l'hypothèse que le taux de croissance des Iroquoiens ait été trop faible pour
permettre de croire en la possibilité que, ultérieurement à l'an 900 après
J.-C., ils se seraient développés à partir d'une petite population fondatrice.
Cette conclusion laisse supposer que les Iroquoiens étaient déjà nombreux en
l'an 900 après J.-C. et qu'ils se seraient développés à partir d'une population
résidante de la culture Point Peninsula. Un nouvel examen de facteurs
démographiques suggère que la population des Iroquoiens a très bien pu croître,
dans la période de temps disponible, à partir d'un petit groupe fondateur, et
ce même en utilisant les modestes taux de croissance reconnus pour la période
du contact avec les Européens.
Premières manifestations
européennes en pays amérindien
Le cas de la frange méridionale du Subarctique oriental
Jean-François Moreau et Érik Langevin
Faute d’observation directe par
leurs auteurs, les documents ethnohistoriques du XVIe siècle et de la première
moitié du XVIIe ne mentionnent que de façon allusive l’existence du réseau de
circulation empruntant la multitude des rivières de la frange méridionale du
Québec subarctique au nord du Saint-Laurent. Aussi longtemps que ce défaut d’information
ne sera pas comblé par de nouveaux textes, l’archéologie semble la discipline
le plus à même de corroborer ce réseau de circulation en mettant au jour les
vestiges laissés par ceux qui l’ont emprunté. L’analyse des témoins matériels provenant
d’un site archéologique de la région du lac Saint-Jean sert donc à attester le
phénomène des premières intrusions européennes au sein du monde amérindien et
indique quels en sont les acteurs, de même que les processus alors à l’’uvre.
Les premiers contacts dans ‘
History of the Ojibway People’’ de William Warren
Un récit de transition entre l’oral et l’écrit
Denys Delâge
Cet article fait suite au texte paru
dans le dernier numéro (XXII, 2-3), ‘‘Les premiers contacts selon un choix de
récits amérindiens publiés aux XIXe et XXe siècles’’, et présente un extrait de l’’uvre de l’historien
métis William Warren, History of the Ojibway People. L’intérêt de ce récit
tient à sa rencontre des traditions de l’oral et de l’écrit. Nous y montrons la
pertinence de la tradition orale pour corroborer, compléter, recadrer, mais
également pour contredire les documents écrits.
La victoire de l’idéologie
iroquoise : Kahnawake au XXe siècle
Gerald R. Alfred
Cet article trace le portrait de l’histoire
politique de Kahnawake depuis le début du siècle, et surtout à partir de 1926,
année où, lors d’une séance du Grand Conseil dans une maison-longue, plusieurs
communautés auparavant éloignées s’unirent face aux pressions du gouvernement
canadien concernant leur vie sociale et leur territoire. Dans les années 1940,
cependant, deux partis aux idéologies opposées, l’une assimilationniste et l’autre
traditionaliste, déclenchèrent une phase de division politique interne,
compliquée par l’échec de la résistance iroquoise contre la construction de la
voie maritime. Depuis les années 1950, plusieurs factions, cantonnées encore
plus dans leurs idéologies respectives, s’opposent dans une action politique
militante autour de la question de la re-création de l’autonomie politique et de
la réclamation de territoires traditionnels.
Note de recherche
Les noms des Amérindiens
Gilles Tassé
Ayant observé un récent retour aux
vocables des anciens textes français pour les noms des Cinq Nations iroquoises,
l’auteur en explique les différences par rapport aux noms anglais souvent
utilisés dans les publications québécoises et montre pourquoi les termes
français sont préférables. D’origine huronne, ils sont plus proches des noms
que les intéressés se donnaient à eux-mêmes à l’origine. Il propose également
une légère modification aux termes correspondant aux mots anglais Iroquoian et
Algonkian ou Algonquian, soit ‘‘Iroquoyen’’ et ‘‘Algonquinien’’, pour les
rendre plus conformes à l’usage français.
1991
(volume XXI) n° 1-2
Les Mohawks
Vingt ans d'espoirs déçus
et
Les solutions que nous préconisons
Georges Erasmus
Dans un premier texte, le chef
national de l'Assemblée des Premières Nations trace un bilan des revendications
et des luttes des Autochtones du Canada durant les vingt dernières années.
L'auteur affirme que les citoyens des Premières Nations souhaitent collaborer à
la construction d'un Canada qui tiendrait compte de leur vision du pays et
qualifie de « double norme raciste » le geste du premier ministre du Canada qui
tente d'associer le Québec dans la démarche constitutionnelle sans faire de
même pour les Autochtones. Il dénonce également les promesses politiques
rompues par les conservateurs, signalant entre autres combien les compressions
des dépenses dans l'éducation sont à l'origine de situations aberrantes et de
frustrations profondes pour les autochtones.
Un deuxième texte de l'auteur présente les solutions qu'il préconise aux
problèmes des autochtones du Canada. Se disant confiant que les gouvernements
finiront par accepter les suggestions des leaders autochtones, il propose
finalement une forme d'autonomie politique qui donnerait aux Premières Nations
un pouvoir politique comparables à celui des provinces.
La renaissance de la Grande Loi
de la paix : conceptions traditionnelles de la justice au sein de la Nation
mohawk de Kahnawake
E. J. Dickson-Gilmore
Cet article analyse le projet des
Mohawks traditionnels en matière de justice, à Kahnawake, à la lumière des
traditions que ce projet prétend reproduire, ainsi que des difficultés
découlant de la volonté d'insérer de telles traditions dans un contexte
historique et des lieux qui leur sont étrangers. Après avoir rendu compte des
différents points de vue exprimés à ce sujet à Kahnawake, l'auteure se demande
dans quelle mesure ce projet d'un système juridique contemporain autonome
pourra effectivement être mis en oeuvre au sein de cette communauté. Elle
conclut en soulignant qu'il serait irréaliste de croire que l'unanimité doit
régner à Kahnawake sur cette question mais qu'une certaine dose de désaccords -
toujours nécessaires pour la croissance d'une société - sont reconnus comme
pouvant servir l'objectif ultime de l'autonomie, que partagent tant les «
conservateurs » que les « traditionnels ».
Poterie, ethnicité et Laurentie
iroquoienne
Claude Chapdelaine
Dans cette article, l'auteur analyse
la poterie des Iroquoiens de la vallée du Saint-Laurent, afin de définir le
caractère distinctif de ces groupes vers la fin de la période préhistorique.
Pour appuyer l'identification ethnique des Iroquoiens de la Laurentie, une
comparaison avec la poterie provenant d'un site iroquoien de la vallée de la
Mohawk illustre les différences importantes entre les deux productions
céramiques. La poterie s'avère donc un indicateur ethnique valable et elle
confère une identité culturelle spécifique aux Iroquoiens du Saint-Laurent.
Les Mohawks ont-ils découvert
Jacques Cartier ?
Pierre Trudel
Les élèves mohawks de l'école
secondaire de Kahnawake apprennent de leur manuel scolaire que leurs ancêtre
habitaient Montréal en 1535 lors du court séjour de Cartier cette année-là. Les
élèves québécois des collèges et des universités du Québec apprennent plutôt
que Cartier rencontra des Iroquoiens du Saint-Laurent et que les Mohawks
vivaient à cette époque plus au sud, dans l'actuel État de New York. Comment
peut-on expliquer cette contradiction entre les données de l'archéologie et ce
qui semble être la tradition orale des Mohawks.
Après avoir résumé l'opinion de Bruce Trigger au sujet de la disparition des
Iroquoiens du Saint-Laurent et le contenu du manuel scolaire mohawk, l'auteur
situe le débat dans le contexte de la crise d'Oka, pendant laquelle on a
affirmé que les Mohawks n'ont pas de droits territoriaux au Québec car ils
seraient venus en Nouvelle-France après l'arrivée des premiers colons français.
Les Iroquoiens chrétiens des «
réductions », 1667-1770.
1ère partie : Migration et rapports avec les Français
Denys Delâge
Cet article fait l'histoire des
Iroquois établis dans la région de Montréal à partir de 1667 et couvre le
siècle suivant jusqu'à la Révolution américaine. Dans cette première partie de
l'article, l'auteur étudie d'abord les mobiles religieux, sociaux et
économiques de la migration puis il décrit leur rôle dans la vie coloniale,
leur poids démographique et la nature de l'interaction avec la population
eurocanadienne. Se pose ensuite la question du statut des Iroquois domiciliés :
l'analyse des conflits autour du commerce avec Albany, de la guerre, de la
justice, permet de conclure qu'ils étaient des alliés plutôt que des sujets,
bien qu'ils n'aient pas échappé complètement à un processus d'assujettissement.
La seconde partie de cette article (à paraître dans le prochain numéro) analysera
les rapports des Iroquois chrétiens avec la Ligue iroquoise et avec les
Britanniques, de même qu'avec les autres nations autochtones.
Un dilemme iroquois : Combattre
pour s'allier et s'allier pour combattre
Marie-Laure Pilette
Cet article examine l'ambiguïté liée
au concept de paix chez les Iroquois des XVIe et XVIIe siècles. Les circonstances historiques qui
ont présidé à la fondation de la Ligue des Cinq Nations iroquoises nous
prouvent que celle-ci est inséparable d'une idéologie expansionniste d'une part
et du recours à la guerre d'autre part. L'ambiguïté de la paix iroquoise est de
ce fait inscrite dans un profond antagonisme avec la guerre. Un très bref
examen du phénomène des Guerriers chez les Mohawks du XXe siècle tend à prouver
que cet antagonisme est encore présent aujourd'hui.
Les « troubles d'Oka » ou
l'histoire d'une résistance, 1760-1945
Serge Laurin
L'auteur retrace l'histoire d'une
résistance, celles d'Amérindiens qui, se réclamant des droits du premier
occupant et de promesses faites par le colonisateur européen, refusent de
renoncer à ce qu'ils considèrent comme leur propriété, la seigneurie du
Lac-des-Deux-Montragnes. Les premiers accrochages entre Sulpiciens et
Amérindiens remontent à l'immédiat après-conquête. Au cours de la période
étudiée ici, les Amérindiens essaieront parfois d'imposer leurs vues par la
méthode du fait accompli et ce, parallèlement à des démarches légales et
politiques. De plus, certains d'entre eux abandonneront la religion catholique
pour la religion protestante. Des Algonquins quitteront Oka pour Maniwaki et, à
la suite de l'incendie de la presque totalité des édifices des Sulpiciens qui
provoquera une série de procès entre 1877 et 1880, on tentera de déplacer
également les Mohawks.
La crise d'Oka à la lumière de
l'écologie historique
Michel F. Girard
Cet article présente les grandes
lignes de l'histoire de la plus ancienne forêt reboisée du Québec, situé à Oka,
sur le territoire où se sont affrontés des Guerriers mohawks et la Sûreté du
Québec durant l'été 1990. L'auteur démontre que les populations euro-québécoise
et mohawk ont collaboré à l'aménagement de cette forêt, ainsi que dans les
efforts récents de conservation. Au siècle dernier les Mohawks contrôlaient
l'accès de ce territoire, amis ils en furent graduellement, en grande partie,
dépossédés. En 1936, les Sulpiciens décidèrent de cendre ces terres sans
consulter les Mohawks. À la suite de la suspension unilatérale, en mars 1990,
d'un moratoire sur le prolongement d'un terrain de golf par la municipalité
d'Oka, des Guerriers mohawks sont intervenus aux barricades et ont bloquer
l'accès au territoire. Malgré la crise d'Oka, l'auteur croit que les
écologistes et les Amérindiens doivent continuer à collaborer dans leurs
efforts pour protéger cette forêt.
De l'exotisme au réel : le
racisme
Carmen Michaud
Dans ce texte, l'auteure analyse le
discours des dirigeants des institutions de représentation politique,
juridique, répressive et culturelle de la société québécoise lors de
l'affrontement avec les Mohawks à l'été 1990. Elle démontre le caractère
raciste de l'idéologie dominante qui a offert durant la crise une image
extrêmement négative des Guerriers en la projetant sur la communauté mohawk et,
par ricochet, sur l'ensemble des nations amérindiennes, afin d'occulter les
injustices vécues par les Amérindiens depuis des siècles.
1991 (volume XXI)
n° 3
Art, politique, idéologie
L'art et la politique : question
d'afficher ses couleurs. Le cas de l'art amérindien contemporain
Jacqueline Bouchard
Cet article examine deux volets du
rapport entre l'art et la politique, soit la fonction de l'art en tant que
véhicule de l'idéologie et sa fonction en tant qu'instrument de compétition
symbolique. L'auteure démontre que la peinture amérindienne contemporaine ne
peut être comprise comme une démarche politique apparue au sein d'un contexte
particulier de revendications; elle n'est pas, non plus, l'aboutissement d'une
situation désespérée où l'art deviendrait l'ultime réponse à la résolution
d'injustices, de conflits et d'affrontements. Une lecture exclusivement
fonctionnaliste de la peinture amérindienne contemporaine n'a-t-elle pas pour
conséquence de la dépouiller de sa polyvalence sémantique ? Ne reflète-t-elle
pas une attitude ethnocentrique qui tend à réduire « l'art ethnique », à le
priver de ce statut « d'oeuvre d'art » qui le rendrait autonome ?
L'art masqué
Jacqueline Bouchard
Cet article, qui traite de l'art
amérindien contemporain, veut rendre visible un corpus d'objets d'art dont
l'émergence a soulevé peu de vagues jusqu'à maintenant dans le secteur des
études amérindiennes. L'auteure s'interroge sur l'origine de cette
méconnaissance et le bien-fondé d'une certaine définition de l'art amérindien.
Cette définition, qui est ici remise en cause, nous empêchait de percevoir, de
« démasquer » un continuum esthétique ou culturel entre la période classique
amérindienne et la période contemporaine.
L'association entre peuples et la
reconnaissance des droits politiques autochtones : l'exemple des Territoires du
Nord-Ouest
Michael Asch
Cet article illustre le processus
d'élaboration d'une constitution dans les Territoires du Nord-Ouest. L'auteur
éclaire le rapport qu'entretiennent les États-Nations avec les divers groupes
ethniques les composant et définit une piste prometteuse vers la réconciliation
du droit à l'autodétermination des majorités, avec celui des minorités, soit «
l'association directe » entre peuples. Dans le contexte des tensions
constitutionnelles actuelles et des pressions que subit le Canada en vue de se
doter d'une constitution qui reconnaisse l'existence ininterrompue des droits
politiques des peuples autochtones, cette analyse contribue à clarifier les
enjeux et les possibles.
De mal en pis : la politique
interne à Kahnawake dans la crise de 1990
Gerald R. Alfred
Durant la « crise mohawk » de 1990,
toute l'attention fut tournée vers les revendications territoriales et les
confrontations qui ont eu lieu à Kanesatake et à Oka. Pourtant, les causes
profondes et les véritables implications de ce conflit avec la société
québécoise, doivent plutôt être recherchées à Kahnawake, là où les problèmes
politiques internes sont les plus révélateurs. De fait, les principaux acteurs
mohawks de la crise sont de Kanesatake. Peu nombreux mais militants, ils
avaient leurs propres ambitions, qui étaient sans rapport avec le conflit
d'Oka-Kanesatake. Ils ont récupéré à leurs propres fins les problèmes de
Kanesatake pour promouvoir leur suprématie politique parmi les Mohawks. Les
événements de 1990 ont révélé une situation conflictuelle entre les Mohawks et
la société québécoise, qui durera tant que les leaders des deux camps ne se
seront pas penchés sur les causes profondes du conflit.
Les Iroquoiens chrétiens des «
réductions », 1667-1770.
II- Rapports avec la Ligue iroquoise, les Britannique, et les autres nations
autochtones
Denys Delâge
Ce texte est la deuxième partie
d'une article dont la première est parue dans le numéro 1-2 du volume XXI de
Recherches amérindiennes au Québec. Il analyse les rapports des Iroquois
chrétiens avec la Ligue Iroquoise et avec les Britanniques, de même qu'avec les
autres nations autochtones. D'abord tendues, les relations avec la Ligue sont
devenues belliqueuses de 1685 à 1696, mais une paix précoce entre les deux
factions iroquoises a contribué à forcer les Français à faire de même. Les
Iroquois domiciliés ont mené de nombreuses ambassades du côté des colonies
britanniques et joué un rôle central dans la Fédération des Sept Feux, qui
regroupait l'ensemble des Amérindiens des « réductions » de la colonie
canadienne d'alors.
Gepèg (Québec) : un toponyme
d'origine micmaque
Charles A. Martijn
L'ethnohistoire et
l'ethnolinguistique nous montrent que le nom Québec dérive du mot micmac gepèg
qui signifie « rétrécissement ». La vallée du Saint-Laurent en vint à faire
partie des territoires de chasse des diverses nations algonquiennes après son
abandon par les horticulteurs iroquoiens durant la deuxième moitié du XVIe
siècle. Les Micmacs pour leur part étendirent leurs activités de subsistance
partout dans l'estuaire du Saint-Laurent en remontant aussi loin que dans la
région de l'actuelle ville de Québec. Cette dernière devient l'un des endroits
le long du fleuve où les marchands européens et les autochtones allaient se
rencontrer durant quelques décennies pour la traite des fourrures, avant que
Champlain n'y établisse sont habitation en 1608.
L'Apios tubéreux d'Amérique :
histoires de mots
Marthe Faribault
À deux siècles de distance, Français
et Algonquiens de l'est de l'Amérique du Nord ont recours aux mêmes solutions
devant des réalités nouvelles à nommer. Au XVIIe siècle, les Français
découvrent l'usage alimentaire de la racine de l'Apios; pour la nommer, ils
empruntent des noms algonquiens ou transposent des noms français. De la même
façon, au XIXe siècle, les Algonquiens intègrent à leurs habitudes de vie la
racine nommée « patate » en québécois (« pomme de terre »); pour la nommer, ils
empruntent au français ou transposent des termes algonquiens traditionnels. Le
présent article esquisse l'histoire d'un certain nombre de ces noms de plantes,
en algonquien et en français.
1991 (volume XXI)
n° 4
Les missionnaires et les autochtones
La longue conversion des
Pimas-Papagos
Donald M. Bahr
La conversion des Pimas-Papagos, qui
habitent le sud de l'Arizona, aux États Unis, et le nord de la Sonora, au
Mexique, s'est amorcée depuis beaucoup plus longtemps que ne le croient
aujourd'hui ces Amérindiens, à savoir depuis environ quatre cents ans. L'auteur
de cet article soutient que certains éléments importants de la religion que
professent aujourd'hui les Pimas-Papagos pourraient ne pas être des éléments
autochtones conservés depuis quatre cents ans, mais au contraire représenter
des réactions autochtones aux idées prêchées par les missionnaires. Ces
éléments importants sont les sacrements, et ainsi la conversion sans fin des
Pimas-Papagos est interprétée comme une lutte, ou une guerre liturgique et
théologique, autour des sacrements.
Rêves, chants et prières dènes :
une confluence de spiritualités
Nicole Beaudry
Cet article porte principalement sur
un mouvement prophétique amérindien qu'on trouve chez les Dènès, et plus
particulièrement chez ceux qui habitent la région nord-est du fleuve Mackenzie.
L'auteure démontre que ce mouvement est en continuité avec une pensée
spirituelle autochtone traditionnelle, bien que celle-ci doive cohabiter avec
de nouvelles idées religieuses introduites par les missionnaires chrétiens il y
a déjà plus d'un siècle.
Outre quelques rappels de l'histoire missionnaire chez les Dènès, l'auteure
décrit l'utilisation, pour un même événement, de deux pratiques, l'une
catholique et l'autre dènèe, et conclut que le mouvement prophétique dènè est
un exemple probant du dualisme ou pluralisme religieux qui a cours dans
beaucoup de sociétés soi-disant transformées par la présence d'une idéologie
dominante.
Esclaves du démon ou serviteurs
de Dieu : les Bororos et la mission salésienne au Brésil
Sylvia Caiuby Novaes
Cet article analyse les relations
qui se sont établies depuis le début du siècle entre les Bororos du Mato
Grosso, au Brésil, et les missionnaires salésiens, et décrit les principales
stratégies utilisées par ceux-ci afin de s'établir parmi ces Amérindiens, tout
comme les valeurs qui ont orienté leur action missionnaire et les conséquences
qui en ont résulté. Dans une perspective à la fois historique et
anthropologique, l'auteure tente de cerner les changements survenus dans
l'action pastorale de l'Église catholique brésilienne à la suite du deuxième
concile du Vatican, en l'étudiant dans le contexte précis d'une société qui
vivait alors sous un régime militaire caractérisé par une idéologie axée avant
tout sur le développement. Elle examine enfin comment les pères salésiens ont
assumé ces changements et quels en ont été les effets sur leur relation avec
les Bororos.
L'acceptation de l'autre : la
conversion en Huronie
Norman Clermont
La conversion est à la fois un acte
individualisé et un phénomène social étudiable statistiquement dans sa
variabilité multivariée. En l'abordant ici par le biais de la biographie de
trois Hurons du xviie siècle, l'auteur a surtout illustré un courant
particulier qui existait à cette époque, celui d'une recherche de cohérence
nouvelle dans des circonstances apparemment chaotiques et porteuses de
confusion. Cette cohérence dans la fuite messianique comprend à la fois une
banalisation de l'agitation quotidienne, une valorisation d'un ordre spirituel
ultérieur, idéologiquement prédominant, et un prosélytisme particulier.
Le catholicisme et les Garifonas
du Honduras
Pierre Beaucage
On s'entend généralement pour dire
que l'évangélisation constitue, avec la pénétration du capitalisme, un des
vecteurs les plus importants du changement social et culturel chez les
populations autochtones. On ne peut alors que s'étonner du peu de place
qu'occupent les missionnaires et les diverses formes et étapes du processus
d'évangélisation dans la littérature anthropologique. Àpartir d'une expérience
de terrain et en s'appuyant sur diverses données ethnohistoriques, cette note
de recherche veut dégager les grandes lignes du processus, vieux de trois cent
cinquante ans, par lequel les Garifonas (‘Caraïbes noirs’) ont été peu à peu ‘convertis’
au catholicisme. Au-delà des stratégies politiques et religieuses des
colonisateurs, on essaiera d'esquisser ce que furent les réponses d'une
population amérindienne, les Caraïbes-Garifonas, depuis les premiers contacts
aux îles du Vent jusqu'à leur habitat actuel en Amérique centrale. On verra
comment ces réponses s'articulent au sein de stratégie globale de ‘retrait-accommodement’
qui a caractérisé ce groupe pendant la plus grande partie de son histoire.
Les missions salésiennes et le
peuple shuar : bilan d'une expérience
Juan Bottasso
Actifs auprès des Shuars depuis
maintenant plus qu'un siècle, les pères salésiens ont eu recours à plusieurs
méthodes de travail, fondées sur les théories théologiques et anthropologiques
les plus différentes : depuis celles qui considéraient les Amérindiens comme
des sauvages qui doivent d'abord être civilisés pour pouvoir devenir des
chrétiens, jusqu'à celles qui considèrent les Amérindiens comme des personnes à
part entière, opprimées par l'expansion de la société occidentale. C'est cette
dernière approche qui a motivé les Salésiens à stimuler la naissance d'une
organisation politique shuar capable de prendre en main le sort de leur peuple.
Il est encore trop tôt pour juger les résultats de cette activité mais il reste
que - grâce au travail des pères salésiens ou malgré ce travail - les Shuars
sont un peuple autochtone des mieux préparés en termes d'organisation politique
et de défense de leurs droits.
© Recherches amérindiennes au Québec 2005