
Résumés français des articles (à partir de 2005)
2008 (volume XXXVIII) nos. 2-3 – Traditions et transformations rituelles
Sémantique de la survie dans le rapport au territoire : esquisse interprétative
à partir de cas algonquiens
Charlotte Bréda, Mélanie Chaplier et Olivier Servais
La thématique de la survie apparaît aujourd’hui comme capitale pour comprendre
l’identité des peuples autochtones. Cet article tente d’appréhender sa signification
à partir de plusieurs exemples relevant de plusieurs communautés algonquiennes.
Trois exemples contemporains sont analysés. À travers le réapprentissage des
pratiques traditionnelles de portage autour de la rivière, le premier cas montre
en quoi, pour les Innus, la survie articule aujourd’hui la vie en réserve et
le monde du bois. Le second cas examine la situation particulière d’un territoire
ancestral cri en passe de disparaître noyé par un barrage. Le troisième cas
nous projette en ville où, malgré la distance avec le monde traditionnel, la
chasse et la survie restent une manière d’appréhender les événements. Dans
cette perspective, comment peut-on comprendre la survie ? Au final, ces cas
actuels illustrent parfaitement la diversité et l’importance du lien entre
survie et territoire.
Youri, gardien de la sagesse et des traditions du peuple des Vents : le dernier
chamane aléoute?
Annik Chiron de La Casinière
Au cours de son terrain de recherche en Alaska, l’auteure a fait la rencontre
d’un chef spirituel aléoute, personnage surprenant qui l’amène à penser qu’il
est peut-être un chamane caché. Après avoir fait une incursion dans le domaine
du chamanisme traditionnel aux îles Aléoutiennes et retracé l’implantation
très particulière de la religion russe orthodoxe en Alaska, notamment par l’intermédiaire
du moine Veniaminov, devenu plus tard saint Innocent II, elle décrypte et analyse
le discours de son interlocuteur en fonction du concept revu et transformé
du chamanisme contemporain. Youri est-il un survivant du chamanisme, ou seulement
un messager de la sagesse de ce peuple plusieurs fois millénaire qui règne
sur la mer de Béring? La réponse ne se trouve pas dans cet article, mais elle
sera donnée deux ans plus tard dans un ouvrage que l’auteure a publié avec
le dénommé Youri, avec qui elle a mené, après cette rencontre, un long et minutieux
travail d’écriture.
Réappropriations contemporaines d’une figure mythologique : les multiples visages
de la Femme double
Marie Goyon
Prenant pour point de départ le film vidéo Lakota Quillwork, Art and Legend
(Jane Nauman, 1990), cet article propose une réflexion sur la fabrication du
sacré et, plus précisément, sur les réappropriations subies par la figure de
la Femme double dans la culture lakota. Ce personnage apparaît central aussi
bien historiquement qu’ethnographiquement, et il est toujours présent dans
les pratiques visionnaires, artistiques, ainsi que dans les discours des brodeuses
autochtones. L’analyse suit le personnage de la Femme double comme un révélateur
possible des définitions et valeurs successives accordées à la féminité au
sein des cultures des Plaines et des Prairies. Incarnant l’ambiguïté des rôles
féminins, cette figure a ainsi changé de régime de valeur au fil des contextes
socio-historiques. Elle fut notamment associée à Marie durant la période d’évangélisation
des communautés autochtones. Enfin, face aux recompositions de l’espace social
et familial, l’auteure interroge les résonances contemporaines que pourrait
avoir cette figure émancipatrice auprès des femmes amérindiennes.
« Faire (re)vivre l’Indien au cœur de l’enfant » : rituels de la première fois
chez les Atikamekw Nehirowisiwok
Laurent Jérôme
En se basant sur son expérience de terrain dans différentes communautés autochtones
du Québec, et plus particulièrement dans la communauté atikamekw de Wemotaci
(Haute-Mauricie), l’auteur propose dans cet article de livrer un regard sur
les rituels de la première fois qui célèbrent différentes étapes dans la vie
de jeunes atikamekw. Il s’attardera particulièrement sur un rituel peu abordé
dans la littérature portant sur les groupes algonquiens du Canada : la cérémonie
des premiers pas (ou de la première sortie, walking out ceremony). Plus qu’un
rite de passage, la cérémonie des premiers pas valorise et renforce un ensemble
de relations : avec les personnes, avec le territoire et avec le monde non
humain.
Cercles de guérison, pratiques d’inspiration chamanique et néo-chamanisme chez
les Inuits du Nunavik et du Nunavut
Frédéric Laugrand et Jarich Oosten
À partir de différents matériaux ethnographiques, cet article s’intéresse à
l’actualisation des traditions chez les Inuits de l’Arctique de l’Est canadien.
La réflexion est menée à partir d’une comparaison de plusieurs pratiques rituelles
qui se sont récemment implantées dans ces régions : les cercles de guérison,
ainsi que des pratiques d’inspiration chamanique et néo-chamanique. L’article
explique comment, sur le plan symbolique, l’exogénéité de ces pratiques a été
réduite dans le cas des cercles traditionnels de guérison, alors qu’elle pose
problème dans le cas du néo-chamanisme. Les auteurs font l’hypothèse que, dans
le contexte de la sédentarisation et de l’urbanisation contemporaine, les cercles
de guérison actualisent des dispositifs chamaniques tandis que le néo-chamanisme
semble incompatible avec les traditions locales. Le modèle de la quête individuelle
volontaire qui fonde le néo-chamanisme offre peu d’attraction pour les Inuits.
En somme, le chamanisme ne demeure sans doute pas assez moribond pour faire
l’objet d’une réactivation et est trop vivace pour qu’on accepte sa folklorisation.
Le pentecôtisme à Qikiqtarjuaq, Nunavut : un discours portant sur la transformation
et la guérison
A. Nicole Stuckenberger
À Qikiqtarjuaq, une communauté inuite contemporaine, la transformation religieuse
est étroitement liée à la restauration sociale. Une série de nouveaux développements
affecte les communautés inuites sur les plans social, politique et religieux
: par exemple, le passage de la vie dans les campements à la vie dans des communautés
modernes à l’instigation du gouvernement canadien dans les années 1960; l’établissement
du nouveau territoire dénommé Nunavut en 1999; et l’avènement du pentecôtisme
qui connaît un grand succès. Toutes ces nouveautés constituent une toile de
fond contre laquelle l’auteure examine les questions de continuité et de changement
au sein du modèle nomade typiquement inuit de constitution d’une communauté,
qui doit recombiner les relations sociales et cosmologiques dans le cadre de
conditions sociales radicalement transformées.
La dimension religieuse des revendications autochtones au Canada
Jean-Guy A. Goulet
L’objectif de cet article est d’identifier et d’analyser la dimension religieuse
des affirmations identitaires et des revendications territoriales au Canada,
tant du côté de la Couronne au nom de laquelle le gouvernement canadien agit,
que du côté autochtone qui, depuis toujours, résiste au projet colonial britannique
et canadien. Une attention particulière est apportée aux multiples déclarations
récentes des Premières Nations qui mettent en valeur leur relation au Créateur
comme fondement de leurs droits ancestraux. Les conflits qui opposent sans
cesse les autochtones et les allochtones au Canada et au Québec sont enracinés
dans des imaginaires religieux collectifs, chrétien et autochtone, qu’il faut
interroger afin de comprendre comment ils divisent les communautés autochtones
elles-mêmes entre soi-disant traditionalistes et progressistes.
Des peintures et des offrandes : recherches récentes en art rupestre de l’Ontario
Serge Lemaitre et Valérie Decart
Après plusieurs participations à des projets de recherche menés par Daniel
Arsenault, divers financements ont permis de mettre sur pied ce projet de recherche
sur les sites à peintures rupestres de la partie orientale de l’Ontario. Quatre
missions d’étude, d’une durée totale de vingt-cinq semaines, ont permis d’étudier
et de relever soixante-quinze rochers ornés en Ontario. Le présent article
présente les éléments découverts lors de ces recherches. Outre plusieurs panneaux
qui avaient échappé aux observations précédentes, trois rochers ornés furent
découverts. Les auteurs étudieront ensuite deux sites dont la localisation
et le support sont particuliers et termineront par la découverte d’un type
d’offrande jusqu’à présent non répertorié, ce qui permettra une brève synthèse
de l’importance de l’offrande dans le contexte algonquien.
AUTRES ARTICLES
Le site Kaapehpeshapischinikanuuch (EiGf-2) : résultats de l’étude d’un site
rupestre à tracés digitaux au lac Nemiscau
Pascale Vaillancourt
En 1997, l’authentification par le PÉTRARQ du site rupestre à tracés digitaux
EiGf-2, appelé Kaapehpeshapischinikanuuch par les Cris, a conduit à la mise
sur pied d’un projet d’étude intégrale de ce site majeur situé au bord du lac
Nemiscau, en Jamésie. Ce site à pictogrammes tracés à l’ocre rouge est actuellement
le seul site rupestre connu de la communauté scientifique sur le territoire
de la Jamésie. De plus, son étendue et son contenu graphique en font le deuxième
site à tracés digitaux en importance au Québec. L’étude présentée ici est un
condensé du mémoire de maîtrise de l’auteure. L’analyse s’articule notamment
autour d’une approche contextuelle et comparative visant à définir et à évaluer
l’application du concept de site rupestre dans la culture algonquienne et,
particulièrement, dans la culture crie aux périodes paléohistorique et historique.
Cet article est un survol des grandes lignes de l’analyse du site EiGf-2 et
un aperçu des interprétations définies comme indissociables de l’environnement
naturel et culturel du site.
La « réduction » de Sillery 1638-1660 : maquette de l’idée de « réserves indiennes
»
Rémi Savard
Près de trente ans après la fondation de Québec, les Jésuites s'attaquèrent
à la sédentarisation de familles amérindiennes dans le voisinage immédiat de
ce premier établissement colonial. La lecture des Relations de 1635 à 1640
laisse à penser que les objectifs alors visés par les bons pères et les procédés
utilisés pour les atteindre ne diffèrent guère de ceux qui ont inspiré, deux
siècles plus tard, la politique canadienne d'entassement de ces familles dans
des « réserves » dont la durée ne devait pas dépasser dix ou quinze ans.
L’adoption allochtone d’enfants autochtones aux États-Unis et l’Indian
Child Welfare Act de 1978
Olivier Richomme
Aux États-Unis, l’adoption met l’accent sur l’identité « ethno-raciale » des
parents et des enfants. En 1978, le Congrès vota l’Indian
Child Welfare Act qui visait à lutter contre l’adoption d’enfants amérindiens par la population
« blanche ». Ce débat concernant I’Indian Child Welfare
Act et l’adoption allochtone
d’enfants autochtones participe discrètement, mais activement, à la construction
légale et politique de l’identité et met en exergue la complexité et les paradoxes
du discours antiraciste américain.
2008 (volume XXXVIII) n˚ 1 – Relations durables : autochtones, territoires et développement
Le Jardin au Bout du Monde : terre, texte et production du paysage à la Baie
James
Caroline Desbiens
À l’occasion du vingtième anniversaire de la Loi 101 en 1997, la Commission de toponymie du Québec proposa de souligner l’événement par un « poème géographique » intitulé « Le Jardin au Bout du Monde ». Cherchant à rapprocher territoire et imaginaire, le projet visait à donner à 101 îles dispersées dans le réservoir Caniapiscau des noms inspirés d’œuvres littéraires d’auteurs québécois francophones. Les Cris s’opposèrent vivement à ce projet, rappelant à la Commission deux faits importants : d’abord que ces îles avaient été des montagnes avant la montée des eaux dans le réservoir créé par Hydro-Québec; ensuite que ce territoire avait déjà été nommé par les différents groupes de chasse qui l’avaient parcouru. Le conflit qui entoura le poème géographique offre une grille d’analyse importante sur les enjeux culturels reliés à l’exploitation des ressources et au développement économique en donnant un aperçu des ancrages symboliques des cultures crie et québécoise du Sud en territoire nordique. Qui plus est, la signature récente de l’entente « de nation à nation » (Paix des Braves) nous force à définir le contenu des identités nationales qui se rencontrent dans cet espace qui est, pour les uns, Eeyou Istchee et, pour les autres, la Baie James. Cet article a donc pour but d’explorer comment les cultures s’approprient le territoire de façon symbolique et d’insister sur l’importance de cette géographie culturelle pour l’exploitation équitable des ressources.
La « route des autochtones » de la Montagne du Guerrero (Mexique) : un instrument
de développement durable et équitable?
Martin Hébert et Manon Ruel
La construction d’une route par le gouvernement mexicain dans l’une des régions autochtones les plus marginalisées du pays soulève aujourd’hui d’importants débats dans la Montagne du Guerrero. Malgré des nécessités économiques criantes, plusieurs autochtones touchés par la nouvelle construction s’interrogent sur les impacts réels qu’aura cette route sur la région. Le présent article montre que ces doutes, de même que d’importantes limites aux bienfaits de la nouvelle infrastructure, sont dus au fait que plusieurs décisions relatives aux objectifs et aux critères d’évaluation de la route Tlapa-Marquelia ont été soustraites au politique, et en particulier aux aspirations politiques des habitants de la région, pour être inscrites plutôt dans le champ du technique. L’histoire complexe qui a présidé à l’élaboration d’un réseau routier dans la région depuis au moins la fin du xixe siècle s’est ainsi trouvée évacuée au profit de simples indicateurs standardisés visant à « mesurer » la marginalité et à offrir un barème pour la comprendre et la corriger. Après une lecture des objectifs qui ont animé le projet d’une telle route dans la région à diverses époques, les auteurs analysent les réserves qu’ont les autochtones face à cette nouvelle construction. Finalement, la tension entre le technique et le politique et leur rapport avec l’aménagement du territoire dans une visée de développement durable et équitable d’une région autochtone sont discutés.
Les autochtones et le partenariat économique au Québec, 1867-1960
Claude Gélinas
Cet article vise à démontrer que les projets de développement économique caractérisés
par un partenariat entre autochtones et non-autochtones qui voient le jour
actuellement au Québec n’ont rien de nouveau lorsqu’ils sont situés dans une
perspective historique. En effet, ils s’inscrivent dans une dynamique de partenariat
qui remonte aux premiers contacts et qui n’a été interrompue que durant quelques
décennies au mitan du xxe siècle, dans le sillon de la Grande Dépression. Après
avoir brossé un portrait de la participation des autochtones dans l’économie
nationale jusque dans les années 1920, il sera question de l’impact de la Grande
Dépression sur les différentes économies autochtones de la province et des
facteurs qui ont contribué, par la suite, à marginaliser ces derniers sur le
plan économique.
De la matérialité à l'immatérialité : les sites rupestres et la réappropriation
du territoire par les nations algonquiennes
Daniel Arsenault
L'étude des sites rupestres d'origine autochtone disséminés à la grandeur du Bouclier canadien conduit les chercheurs non seulement à tenter de déterminer l'âge et l'origine culturelle de tels sites, ou encore les techniques et matériaux utilisés, mais également à investiguer sur les significations à donner aux diverses images, dessinées ou gravées, qui figurent sur les formations rocheuses du territoire ancestral. Le recours à divers types de sources (ethnohistoriques, ethnographiques, traditions orales et données tirées d’entrevues sur le terrain) et d'approches (e.g. archéologie contextuelle, archéométrie, sémiologie visuelle) devient donc nécessaire si l'on espère pénétrer un tant soit peu la dimension immatérielle associée traditionnellement à de tels sites archéologiques. L'auteur discute de cet aspect intangible des sites rupestres et de la difficulté à le faire émerger si l'on ne dispose pas des outils scientifiques adéquats, aspect pourtant étroitement associé aux significations originelles de ces sites et qui doit être considéré dans le respect de la sacralité historique de tels lieux ancestraux. Dans ce contexte, il apparaît évident que le chercheur contribue à une certaine forme de construction identitaire auprès de collectivités autochtones concernées et en vient à renforcer encore davantage leur sentiment d’appartenance au territoire.
Insertion de la réserve huronne dans l’espace urbain de la ville de Québec :
influences de la proximité de Québec sur Wendake
Katia Iankova
Cet article analyse certains aspects liés à la situation urbaine de Wendake dans la périphérie de la ville de Québec, aspects qui sont à la base des particularités du développement socio-économique de la communauté huronne. La proximité de la capitale provinciale joue un important rôle positif dans le développement économique de Wendake et lui assure une position de centre politique pour les nations autochtones du Québec. L’urbanisation de la région de Québec a progressivement entraîné Wendake dans ce processus un métissage tangible. La morphologie du cadre bâti de la réserve a aussi subi une évolution particulière, reflétant aujourd’hui l’amalgame des cultures amérindienne et européenne. Réserve située au carrefour des cultures, de la modernité et de la tradition, Wendake est aujourd’hui le lieu de vie d’une communauté jeune et dynamique.
2007 (volume XXXVII) nos. 2-3 - Métissitude
Noms et métaphores dans l’historiographie métisse : anciennes catégories
et nouvelles perspectives
Jennifer S. H. Brown
Cet article porte sur les questions relatives aux noms attribués aux personnes d’ascendance mixte et à l’histoire de ces termes, utilisés par différents groupes, autochtones ou non, à travers le temps. Les mots sont révélateurs en eux-mêmes des perceptions, variées et en perpétuel mouvement, que l’on peut avoir des personnes métisses, de leur statut et de leurs caractéristiques. Le lexique du métissage continuera à évoluer et à être l’objet de discussions, au fur et à mesure que de nouvelles perspectives historiques sur le sujet verront le jour.
Le rapport au métissage chez les autochtones du Québec méridional,
1867-1960
Claude Gélinas
S’il est bien connu qu’en termes de considérations nationalistes et identitaires,
les intellectuels canadiens-français de la seconde moitié du xixe siècle et
de la première moitié du xxe ont largement négligé la réalité du métissage
culturel qui avait caractérisé l’histoire des rapports entre les autochtones
et les seconds arrivants en Nouvelle-France puis au Québec, il est beaucoup
moins connu que des autochtones de la province ont fait de même durant la même
période. En réaction aux visées assimilatrices du gouvernement fédéral qui
menaçaient à la fois leur capacité de libre gouvernance et leur identité distincte,
ceux-ci ont déployé une politique de défense et d’affirmation culturelle qui
s’appuyait notamment sur une abstraction des différents métissages réalisés
depuis le contact. Nous illustrons ici cette dynamique à travers la réaction
des certaines communautés autochtones face aux efforts du gouvernement fédéral
pour s’ingérer dans leurs affaires internes et face aux atteintes portées à
l’intégrité des territoires de leurs réserves.
L’ethnogenèse des Métis de la baie James en Ontario et au Québec
Gwen Reimer et Jean-Philippe Chartrand
Cet article présente les résultats préliminaires d'une étude comparative de l’ethnogénèse et du développement d'une communauté métisse historique au sud-est de la baie James, dans les provinces de l'Ontario et du Québec. Les auteurs analysent les critères confirmant l’émergence d’une identité métisse, définis par la Cour suprême du Canada dans R. c. Powley (2003) et interprétés lors de jugements récents. Les archives de la traite des fourrures documentent les tendances concernant les mariages entre autochtones et allochtones et l'ascendance mixte de certains individus à partir de la seconde moitié du xviiie siècle à trois postes de traites liés entre eux : Moose Factory (Moosonee), Rupert House (Waskaganish) et Eastmain House. Les documents historiques démontrent « l’auto-attribution » et « l’attribution par autrui » d’identités métisses, l'endogamie métisse et la proximité résidentielle de plusieurs générations de familles métisses et suggèrent que les populations métisses des postes du Québec, plus petites, représentent les extensions régionales d'une communauté originaire de Moose Factory.
Héritage culturel des Métis du Labrador central
Yves Labrèche et John C. Kennedy
Des sources publiées, rapports inédits, extraits de la tradition orale et documents d’archives servent à dépeindre quelques aspects des relations interethniques et de l’histoire de quelques communautés métissées du Labrador. Composées d’individus ayant à la fois des ancêtres européens et autochtones, ces communautés métissées se sont développées sur la côte et dans l’arrière-pays. Après un bref survol historique du peuplement, de l’appropriation du territoire et des effectifs démographiques selon le groupe ethnique, il sera question des termes utilisés dans les documents d’époque pour identifier les groupes métissés du Labrador. Par la suite, l’attention portera plus spécifiquement sur la région du Labrador central correspondant au lac Melville et au bassin versant du fleuve Churchill où la continuité dans l’occupation des terres par les Métis est démontrée par l’examen des noms de famille apparaissant dans des inventaires correspondant à des époques différentes et qui ont été constitués à partir de sources indépendantes. Enfin, des indices matériels, linguistiques et symboliques servent à définir une société ou une culture métisse, distincte de celle des Européens et des peuples autochtones, dont elle tire cependant ses origines.
Le métissage euro-inuit dans la sous-aire culturelle du Labrador méridional
Paul Charest
La sous-aire culturelle du Labrador méridional comprend les deux sous-régions du Sud-Labrador et du détroit de Belle Isle, dans la province de Terre-Neuve et du Labrador, et celle de la Basse-Côte-Nord dans la province de Québec. En effet, toutes les trois ont en commun un grand nombre de caractéristiques socioculturelles dont : l’origine du peuplement, un double habitat et la pratique de la transhumance, un cycle annuel d’activités économiques diversifiées de chasse, pêche, piégeage, coupe de bois, etc., et une technologie comprenant de nombreux emprunts aux Inuits et aux Innus. On y retrouve surtout un important métissage biologique et culturel longtemps ignoré, voire caché par peur des préjugés racistes. Depuis une vingtaine d’années on assiste à une valorisation de cet héritage métis, surtout euro-inuit, d’une part par les publications de la revue Them Days au Labrador, d’autre part par des organisations politiques métisses (Labrador Metis Association devenue Labrador Metis Nation, Alliance autochtone du Québec).
L’étude des langues métisses et les programmes de revitalisation du
mitchif : un état de la situation
Denis Gagnon et Suzanne Gagné
En juin 1998, le ministère du Patrimoine canadien a mis sur pied l’Initiative des langues autochtones avec un financement de 20 millions de dollars versé sur une période de quatre ans. En 2002, ce projet a été reconduit sous la direction du Groupe de travail sur les langues et les cultures autochtones avec un financement de 160 millions de dollars versé sur cinq ans. Les organisations autochtones ont accepté d’accorder 10 % de ces deux fonds pour la revitalisation de la langue mitchif. Comme la langue joue un rôle très important dans l'identité métisse, cet article fait le point sur l'étude des langues métisses et présente les résultats des programmes de revitalisation linguistique du mitchif mis en place par le gouvernement fédéral et les organisations métisses.
Les droits ancestraux des Métis et la mainmise effective des Européens
sur le territoire québécois
Geneviève Motard
Dans l’arrêt R. c. Powley, la Cour suprême du Canada reconnaissait à une communauté Métis le droit d’exercer ses activités traditionnelles en conformité avec ses lois et coutumes tout en faisant fi des législations provinciales et fédérales portant atteinte de façon injustifiée à ce droit. Dans cet arrêt, sont posés les jalons des droits ancestraux des Métis. Plusieurs critères juridiques sont dès lors énoncés afin de déterminer : 1) l’existence même de la communauté Métis, et 2) l’existence des droits ancestraux des Métis. Parmi ces critères, la Cour suprême requiert la preuve de l’existence de la communauté Métis au moment de la mainmise effective des Européens sur le territoire visé par la revendication d’un droit ancestral. Le droit ancestral métis doit également avoir existé au moment de la mainmise effective et son exercice doit avoir continué jusqu’à nos jours. Cet article vise à cerner le traitement judiciaire de la preuve présentée afin d’établir la date de la mainmise européenne sur le territoire revendiqué.
Au-delà de Powley : l’horizon territorial
et identitaire des Métis
Étienne Rivard
On a souvent tendance à voir la décision de la Cour suprême du Canada dans l’arrêt Powley exclusivement comme un aboutissement juridique. Or, s’il est vrai que ce jugement offre des précisions depuis longtemps attendues sur les intentions de l’article 35 de la Constitution et sur la définition juridique des Métis, on peut aussi voir la décision Powley comme un simple chapitre sociojuridique du livre identitaire et territorial des Métis du Canada. En fait, comme l’expose l’auteur, l’arrêt Powley donne une définition à la fois précise et large de ce que constitue une « communauté métisse » sur le plan historique comme sur le plan contemporain. D’une part, l’arrêt établit des critères assez précis devant définir les détenteurs de droit métis, et une interprétation étroite de ces critères pourrait compromettre la reconnaissance légale de plusieurs communautés métisses. D’autre part, il existe plusieurs « zones grises » dans ce jugement, soit autant d’aspects restant vaguement définis et laissant place à l’interprétation. Prenant appui sur l’expérience historique, identitaire et territoriale des Métis, cet article aborde les enjeux soulevés par ces critères et tente une interprétation généreuse de ces zones grises. Les notions de marge, de limite et de confins – autant de facettes différentes de l’« horizon » identitaire et territorial des Métis – serviront ici de cadre théorique et conceptuel.
Quelques considérations sur les lendemains de 1492 et de 1982
Denis Vaugeois
Le choc microbien est bien connu mais habituellement sous-estimé, selon l’auteur, qui s’interroge sur l’extrême vulnérabilité des Indiens face à certaines maladies dont la variole. Des nations sont disparues, plusieurs groupes se sont reconstitués. Parallèlement, le métissage est apparu et s’est grandement développé. Lui aussi aurait été largement sous-estimé. L’auteur termine en soulignant le choix qui s’offre depuis toujours aux Métis : devenir des Blancs, s’affirmer comme Métis ou s’intégrer dans une communauté amérindienne. Il amorce ses observations avec le contact de 1492 et conclut avec la constitution canadienne de 1982.
Les Amérindiens et l’enseignement supérieur aux États-Unis et au Canada
: le long sentier vers l’autodétermination
Guy Clermont
Après quelques tentatives infructueuses au début de la colonisation européenne de l'Amérique du Nord, la formation d'élites amérindiennes a longtemps été négligée, tant aux États-Unis qu'au Canada. La politique d'assimilation par le bas adoptée par les autorités gouvernementales rendait impossible l'émergence d'une classe amérindienne éduquée, malgré les attentes de certaines nations et les efforts de plusieurs missionnaires. Ce n'est qu'à partir des années 1970, avec la création d'universités sous contrôle tribal et l'émergence de programmes d'Études amérindiennes dans plusieurs universités, que les portes de l'enseignement supérieur se sont véritablement ouvertes à une jeunesse amérindienne en pleine croissance démographique. Aujourd'hui, dans le contexte de l'affirmation à l'autodétermination, se pose la question de savoir quelle place et quel contenu ces enseignements doivent avoir dans le milieu universitaire nord-américain. L’objectif de cet article est de replacer ce débat dans le contexte du développement de l’enseignement supérieur pour les Indiens d’Amérique du Nord de la période coloniale à nos jours.
Composer avec un système imposé : la tradition et le conseil de bande
à Manawan
Anny Morissette
Cet article s’intéresse à la politique locale autochtone et il vise à établir l’implication sociale à long terme de l’imposition du conseil de bande sur la bande traditionnelle. À l’aide de l’exemple de la communauté atikamekw de Manawan (Québec), l’auteure propose qu’il existe un « art de faire politique » permettant ainsi une réappropriation autochtone de la politique officielle au niveau local. Malgré la nouvelle façon de faire la politique atikamekw et l’appareil politique formel, existe-t-il une continuité de la bande traditionnelle et du rôle de chef ? Nul doute que la bureaucratisation de chaque aspect de la vie autochtone (politique, santé, éducation, etc.) fait désormais appel à de nouvelles compétences dans des nouveaux champs d’action. Mais des figures d’autorité issues de l’organisation sociopolitique subsistent toujours à Manawan. Elles tentent, par la tradition, de guider les Atikamekw dans le contexte institutionnalisé des réserves et des revendications territoriales avec les instances gouvernementales.
2007 (volume XXXVII) n° 1- La Commission royale sur les peuples autochtones : dix ans et l'avenir en plus
Politique sur commande : les effets des commissions d’enquête sur la philosophie publique et la politique indienne au Canada, 1828-1996
Michel Lavoie
Cet article montre, sur la longue durée, la portée des commissions d’enquête au Canada sur la définition de la question indienne, la construction de la philosophie publique et l’élaboration de la politique indienne. La première partie de l’article expose comment, sous le Régime colonial britannique, de 1828 à 1858, six commissions d’enquête ont contribué à uniformiser la politique de civilisation des Indiens dans le Haut et le Bas-Canada, à organiser le processus d’émancipation et à justifier le projet assimilateur en montrant la grandeur de la civilisation anglaise. À l’aide de six commissions d’enquête, de 1946 à 1996, la seconde partie analyse comment le projet d’assimilation s’est transformé en projet d’intégration citoyenne. De pupilles, les Indiens passent au statut de victimes historiques, la distinction est justifiée par le multiculturalisme, et l’intransigeance anglaise est remplacée par une plus grande tolérance canadienne. En somme, l’article montre qu’il est faux de croire que les rapports des commissions d’enquête ne font qu’accumuler de la poussière sur les tablettes d’obscures bibliothèques. Au contraire, les commissions sont dotées d’une vision à longue portée et servent à déboulonner les paradigmes pour les remplacer par des nouveaux. Bref, elles construisent les mémoires institutionnelles et collectives.
La Commission royale sur les peuples autochtones au Canada (1991-1996) ou la longue marche des peuples autochtones du Canada vers la reconnaissance de leurs droits
Richard Boivin et René Morin
Cet article tente de mesurer l'impact des travaux de la Commission royale sur les décisions de la Cour suprême du Canada, en particulier en regard de la formulation des droits ancestraux, de l'autonomie gouvernementale et de la réconciliation des autochtones et des non-autochtones. Même si cet impact demeure encore mitigé, la Commission royale laisse derrière elle de nombreuses études à caractère juridique, politique, économique et social qui vont rester des sources de référence et d'inspiration. En situant la Commission royale dans une perspective historique, les auteurs sont d'avis qu’elle représente une étape importante dans la longue marche des peuples autochtones vers la reconnaissance de leurs droits et ce, depuis les travaux de la commission Bagot dans les années 1840 et les importantes décisions de la Cour suprême du Canada amorcées au début des années 1970.
La Commission royale sur les peuples autochtones et la justice
Renée Dupuis
Cet article vise à montrer combien la complexité du domaine de la justice au Canada, tant du point de vue de la compétence constitutionnelle que de l’évolution substantielle des droits des peuples autochtones dans le cadre du régime juridique canadien au xxe siècle, se dessine derrière la diversité des mesures que la Commission royale a recommandées dans ce domaine. L’auteure examine ensuite comment les recommandations de la Commission royale s’adressent d’abord aux acteurs politiques et, en fait, à une foule d’acteurs de tous les paliers de gouvernements, autochtones et non autochtones, tout en ne se situant pas entièrement hors de la portée du forum judiciaire. Enfin, elle analyse une question de justice sur laquelle la Commission royale s’est penchée plus particulièrement, les traités, et ce, non seulement en ce qui concerne le respect des traités historiques mais comme élément central de la redéfinition, que celle-ci estime nécessaire, de la relation avec les peuples autochtones du Canada.
Rassembler nos
forces, ou recourir encore à l’aide sociale?La situation socio-économique
des premières nations avant et après la Commission royale
Hugh Shewell
Cet article examine nombre de politiques, programmes et stratégies économiques mises en œuvre par le gouvernement fédéral, aussi bien avant qu’après la Commission royale sur les peuples autochtones (CRPA). Il explore aussi les rapports entre les politiques d’aide sociale et le développement économique dans les réserves. L’auteur vise à démontrer que les politiques fédérales de développement économique et d’autogouvernement sont contradictoires, si bien que ni l’une ni l’autre n’est véritablement réussie. S’il existe des exemples de premières nations ayant réussi sur le plan économique, l’immense majorité demeure confinée aux marges de la prospérité canadienne. Dix ans après le rapport de la CRPA, si les recommandations de la Commission royale ont éperonné le dialogue entre les premières nations et les gouvernements fédéral et provinciaux, elles n’ont toutefois pas encore eu d’impact significatif sur les conditions économiques et sociales dans des centaines de réserves.
Intégration des recommandations de la Commission royale sur les peuples autochtones dans les politiques autochtones fédérales au Canada
Jean-François Savard
Le rapport final de la Commission royale sur les peuples autochtones (CRPA) recommandait principalement au gouvernement fédéral de mettre en œuvre un grand projet de renouvellement de la relation entre Autochtones et Canadiens. Deux raisons expliquent que le gouvernement fédéral n’a pas pu mettre en œuvre un tel projet. D’une part, les recommandations s’inscrivaient en faux contre le contexte économique et politique de 1996, ce qui n’a pas permis aux recommandations de gagner l’aval des décideurs publics. D’autre part, les critiques autochtones vis-à-vis du rapport final de la CRPA ont convaincu le gouvernement fédéral qu’un tel projet de renouvellement n’était pas habile politiquement. Le gouvernement fédéral a donc développé, entre 1996 et 2005, une autre approche pour mettre en œuvre les recommandations de la CRPA, que l’on désigne comme étant une stratégie en parallèle.
Prendre la mesure de l’entre-deux : le regard de la Commission royale sur les Métis
Étienne Rivard
Le 19 septembre 2003, la Cour suprême du Canada (CSC), dans un verdict unanime, mettait fin à dix années de saga judiciaire et confirmait enfin l’existence de droits autochtones de chasse à la communauté métisse de Sault-Sainte-Marie (R. c. Powley 2003). D’une part, ce verdict constitue pour les Métis la première reconnaissance concrète de leurs droits autochtones depuis leur enchâssement officiel dans la Constitution de 1982. D’autre part, il remet profondément en question la manière dont les Métis sont perçus dans l’imaginaire canadien. En effet, le jugement Powley suggère, contrairement à la croyance populaire, que le métissage euro-indien et l’ethnogenèse métisse furent bien plus que des « anomalies » socioculturelles découlant d’un contexte historique et spatial spécifique – le Nord-Ouest du xixe siècle par exemple – mais plutôt des faits récurrents de l’histoire et de la géographie du pays. Or, il appert que l’argument et les perspectives de la csc reposent pour l’essentiel sur le rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones (1996). L’objectif de cet article consiste justement à « prendre la mesure » du regard porté par la Commission sur les Métis en le confrontant aux discours contemporains (identitaires, territoriaux, politiques, juridiques, etc.), soit ceux des principaux intéressés comme ceux de la société en général. Dans l’ensemble, le Rapport a considérablement élargi le champ identitaire et l’aire géographique auxquels colle traditionnellement notre image du Métis et il ouvre de nouvelles perspectives quant à la relation autochtone/non autochtone, comme l’illustre d’ailleurs l’Approche commune.
2006
(volume XXXVI) n° 2-3 - Les
Premières Nations et la forêt
« Si les autres le font,
pourquoi pas nous? » La quête des Atikamekw de Wemotaci
pour un rôle dans la foresterie au Nitaskinan
Stephen Wyatt
Au cours des dernières décennies, les premières nations ont joué un rôle croissant dans la foresterie canadienne, mais les types de participation qui sont à leur disposition ne répondent pas toujours à leurs aspirations. Les dilemmes auxquels les nations autochtones doivent faire face sont illustrés par le cas de Wemotaci, communauté atikamekw qui, depuis vingt ans, a créé quatre organisations afin de prendre sa place dans le domaine de la foresterie. Les réussites et les progrès suscités par ces organisations sont contrebalancés par les échecs et les obstacles, et leur expérience suggère six pistes qui pourraient aider à définir une « foresterie atikamekw » : reconnaître l'occupation et l'utilisation atikamekw du territoire, partager, entre autochtones et non-autochtones, les retombées économiques et les emplois, accroître le contrôle atikamekw sur la gestion territoriale, renouer avec les systèmes traditionnels de gestion, reconnaître qu'il existe différentes visions de la forêt et accepter chacune d'elles et, finalement, soutenir l'évolution tant des positions atikamekw que des positions industrielles. Les décisions concernant la participation autochtone à la foresterie ne relèvent pas seulement de questions techniques ou économiques, elles sont au cœur d'un enjeu politique qui consiste à déterminer qui gère les forêts.
Valoriser les savoirs des Cris de Waswanipi sur l'orignal pour améliorer
l'aménagement forestier de leurs territoires de chasse
Hugo Jacqmain, Solange Nadeau, Louis Bélanger, Réhaume Courtois,
Luc Bouthillier et Christian Dussault
Cet article propose d'intégrer savoirs autochtones et savoirs scientifiques dans le but de faciliter la convergence des points de vue et d'offrir des stratégies d'aménagement mieux adaptées au contexte socio-écologique des Cris de Waswanipi. Dans le premier volet de cette étude, des entrevues ont été menées, auprès des chasseurs cris, sur l'habitat de l'orignal et sur les impacts, pour cet animal, des pratiques de l'industrie forestière. Après analyse, il s'avère que les informations fournies par les trappeurs cris rejoignent les connaissances scientifiques existantes sur l'espèce étudiée. Par contre, certains éléments fondamentaux divergent. C'est sur ceux-ci que portera le second volet de cette recherche intégrative qui vise à l'amélioration des connaissances scientifiques sur l'orignal dans cet habitat nordique. Les deux savoirs seront ensuite intégrés sur une base écosystémique commune en vue d'élaborer une foresterie plus acceptable pour le territoire des Cris, Eeyou Astchee.
De la consultation à la justice
sociale : les conditions de la diffusion
d'une éthique autochtone en matière de gestion des ressources forestières
Martin Hébert
Combinant une analyse ethnographique et une analyse discursive, le présent article tente de cerner les modalités selon lesquelles les positions autochtones ont, ou n'ont pas, été retenues lors du Congrès forestier mondial de 2003, en particulier lors du processus de formulation d'énoncés dits « consensuels » en matière de gestion globale des ressources forestières. Utilisant la notion d'éthique forestière, l'auteur tente, d'une part, d'évaluer la diffusion de l'éthique autochtone dans ce contexte discursif et, d'autre part, de rendre compte de l'appréciation qu'ont les acteurs autochtones eux-mêmes du degré de diffusion de leur éthique. Il apparaît, au terme de cette étude, que même s'il subsiste des différences fondamentales entre l'éthique forestière autochtone énoncée lors de cet événement et les positions « consensuelles » ayant alors émergé, l'expérience même d'avoir à formuler un discours autochtone dans ce type de contexte a eu des effets qui sont évalués très positivement par les participants autochtones, et ce, même s'ils ont le sentiment d'avoir été plus ou moins entendus par les gouvernements et les entreprises privées.
Rapprocher le savoir écologique traditionnel et la science occidentale
dans la gestion durable des forêts : le cas de la Commission scientifique Clayoquot
David Lertzman
L'auteur de cet article postule que le savoir écologique traditionnel (SET) des premières nations et la science occidentale traditionnelle (SOT) sont potentiellement complémentaires lorsqu'on veut réfléchir à une gestion forestière fondée sur le respect des écosystèmes. Malgré l'existence de zones de recoupement, ces deux traditions incarnent des systèmes de connaissance et des façons d'appréhender les savoirs qui sont différents. Tisser des liens entre les deux approches représente un véritable défi car les scientifiques, pour la plupart, ne sont pas familiers avec la philosophie qui sous-tend les SET et n'ont pas la formation nécessaire pour en comprendre les méthodes. L'auteur considère que les systèmes de SET se rapportent aux institutions et aux relations sociales (le capital social), qui émanent de croyances philosophiques et d'enseignements culturels (le capital culturel), tels que véhiculés par des pratiques et des protocoles (la méthodologie) caractéristiques de la tradition orale. Il présente une analyse épistémologique des points de convergence et de divergence entre les savoirs écologiques traditionnels et la science occidentale. Les idées développées dans son analyse sont appliquées au cas d'une forêt pluviale tempérée de la côte Pacifique, plus précisément à celui de la Commission scientifique pour les pratiques forestières durables dans la baie de Clayoquot. En s'appuyant tant sur les SET que sur la SOT, les aînés de la nation nuu-chah-nulth et les scientifiques qui siègent à cette Commission en sont arrivés à un consensus quant aux pratiques forestières durables et ce, dans l'un des contextes canadiens les plus conflictuels en matière d'environnement. L'analyse révèle que la notion d'écosystème constitue une zone conceptuelle partagée qui peut servir à concilier les SET et la SOT. Allier ces deux types de savoirs renforce les modèles de gestion forestière fondés sur le respect des écosystèmes. Toutefois, cela exige que l'on développe, de part et d'autre, des habiletés de communication interculturelle et que l'on accepte de travailler en se basant sur des standards biculturels.
La participation autochtone à l'aménagement durable des forêts en Ontario
: des avancées vers la coopération
Deborah McGregor
La participation des autochtones aux processus décisionnels en matière environnementale est de plus en plus reconnue comme un préalable au développement durable tant local que global. Cela est vrai de plusieurs secteurs d'activité, y compris de l'industrie forestière canadienne. En Ontario, la reconnaissance des intérêts des premières nations en matière de gestion des ressources forestières se fait attendre depuis longtemps. Cependant, le ministère des Richesses naturelles de l'Ontario (MRNO), en partenariat avec des représentants tant de l'industrie forestière que des premières nations, joue désormais un rôle actif dans l'amélioration de la participation autochtone à l'aménagement forestier. Cette participation occupe aujourd'hui une place importante dans la planification forestière de la province. Les bénéfices potentiels de cette nouvelle approche sont grands et comprennent, notamment, une coopération accrue entre le gouvernement, l'industrie et les premières nations en vue d'atteindre l'objectif commun d'un aménagement forestier durable. L'article fait ressortir les façons dont des avancées sont en voie de réalisation dans ce domaine. Il aborde, entre autres exemples, l'influence de la Stratégie nationale sur la forêt du Canada, particulièrement du thème « Droits et participation des peuples autochtones », sur la planification de l'aménagement forestier en Ontario. L'auteure décrit également la place croissante qu'occupe la participation autochtone dans le Manuel de planification de la gestion forestière utilisé par le MRNO. Finalement, le Conseil Anishinabek-Ontario de gestion des ressources est présenté comme exemple de collaboration entre le MRNO et les premières nations, et comme modèle potentiel de coopération entre autochtones et allochtones en matière de gestion des ressources naturelles.
L'économie forestière de la nation crie de Little Red River :
priorisation des modes de production
David C. Natcher
Plus de six cents communautés autochtones sont établies dans les régions forestières boréales et tempérées du Canada. La participation de ces communautés à l'industrie forestière est donc considérée par plusieurs comme étant la meilleure façon pour elles de devenir autosuffisantes sur le plan économique. Malgré cette possibilité, les peuples autochtones continuent à souffrir d'une sous-représentation dans l'accès à l'emploi et à la formation dans l'industrie forestière. En s'appuyant sur des travaux de recherche portant sur la nation crie de Little Red River en Alberta, cet article identifie quelques-uns des facteurs qui empêchent les Cris de cette nation de participer plus pleinement à l'industrie forestière. L'auteur soutient qu'en dépit des efforts des gouvernements et de l'industrie forestière, l'engagement des gens de Little Red River dans la foresterie commerciale conventionnelle continuera à être limité. Cela s'expliquerait par la faible valeur sociale que les Cris attribuent à l'emploi dans le secteur forestier et par le fait qu'ils continuent d'accorder la priorité aux modes informels de production forestière tels que les activités liées à la chasse et à la pêche.
Entre la mer et la forêt. La gestion des
ressources végétales par les Garifunas du nord-est du Honduras, au milieu
du xx e siècle
Pierre Beaucage
Cet article veut montrer l'intérêt que présente l'approche de l'écologie politique pour la compréhension des rapports dynamiques entre un groupe et son environnement forestier. D'une étude synchronique de l'écologie et de l'économie paysanne des Garifunas de la côte du Honduras réalisée par l'auteur dans les années 1960, il se dégageait une impression d'équilibre : travail féminin et travail masculin semblaient se compléter remarquablement pour assurer une exploitation équilibrée et durable tant des ressources maritimes que de la forêt dans laquelle se déroulaient l'horticulture sur brûlis, la chasse et la cueillette. Un examen plus poussé révèle cependant que le mode d'articulation de cette société au capitalisme extractif qui dominait sur la côte l'a rendue particulièrement vulnérable aux soubresauts de ce dernier. Et c'est la forêt tropicale elle-même qui disparaît présentement, en même temps que les essarts des Garifunas cèdent la place aux pâturages extensifs des Ladinos.
Relations de pouvoir et gestion durable
des ressources dans la Zona Maya du Quintana Roo, Mexique
Joëlle Gauvin-Racine
En puisant à l'anthropologie du développement, à l'écologie politique et aux études sur la gouvernementalité telles que développées par Michel Foucault, cet article propose une analyse de la transformation des relations de pouvoir liée à la mise en œuvre de programmes de gestion communautaire des ressources naturelles dans la Zona Maya du Quintana Roo, au Mexique. L'examen des projets « d'usage durable des ressources » implantés dans les communautés mayas par des ONG permet de mettre en lumière les limites de cette approche en ce qui a trait au contrôle des ressources par les communautés rurales et à l'atténuation des inégalités. L'analyse fait aussi ressortir comment les normes associées à la durabilité participent à l'intensification du contrôle gouvernemental sur les ressources et les activités des communautés, notamment via la présence des ONG sur le terrain.
Terre convoitée, terre de
conflits : conservation
et développement dans la forêt Lacandona au Chiapas
Manon Lévesque
Depuis les années 1970 jusqu'aux années 1990, diverses mesures ont été mises en place pour protéger la forêt Lacandona, une des régions les plus riches en biodiversité du Mexique. L'examen des processus ayant mené à la création d'aires protégées dans cette région révèle toutefois que, dans l'ensemble, les politiques et programmes gouvernementaux n'ont jamais cessé d'accorder la priorité au développement économique et cela, au détriment de la conservation. Aussi, dans les cas où les populations locales ont été prises en considération dans les initiatives de conservation, elles n'ont pu qu'occuper des rôles en périphérie des organes de pouvoir. La création d'aires protégées apparaît comme un moyen par lequel l'État a assuré son contrôle sur les ressources naturelles dont regorge la forêt Lacandona.
2006 (volume
XXXVI) n° 1 - Lieux coutumiers, identité,
tourisme
L'occupation amérindienne au Témiscamingue
: l'exemple du Lieu historique national du Canada du Fort-Témiscamingue (Obadjiwan),
une présence multi-millénaire
Marc Côté
Le Lieu historique national du Canada du Fort-Témiscamingue-Obadjiwan (LHNDCDFT-O) fut le théâtre d'échanges économiques entre les Algonquins qui occupaient les rives du lac Témiscamingue et les commerçants français, anglais et écossais qui ont tenu comptoir à cet endroit. Aux premiers jours des fouilles, il est apparu que la découverte d'occupations antérieures à la période historique s'ajoutait à ce qui était déjà documenté. Cet article présente l'analyse de 5 600 témoins céramiques, lithiques et écofactuels antérieurs à l'installation des premiers traiteurs français sur le site. Ces vestiges ont été abandonnés par les populations algonquiennes qui ont occupé « Obadjiwan » de façon répétée mais épisodique depuis 6 000 ans.
Le
site CjEd-5 : lieu d'habitation coutumier et lieu de rituel dans le
Bas-Saint-Laurent
Adrian L. Burke
Le site CjEd-5 se trouve sur la rivière Madawaska, au Témiscouata dans le Bas-Saint-Laurent, près de la frontière avec le Nouveau-Brunswick. Ce petit site a été occupé à maintes reprises par des chasseurs-pêcheurs-cueilleurs entre le Sylvicole moyen et la période de contact. Pendant un de leurs séjours, les occupants ont vraisemblablement renoué avec leurs traditions ancestrales en pratiquant un rituel dont les traces ont été découvertes lors des fouilles de 2004. Ce rituel a combiné un petit festin de castors avec le « sacrifice » de bifaces en quartzite de Ramah. Ces bifaces ont été cassés intentionnellement et brûlés dans un foyer avec les restes d'au moins six castors. Cette structure et le rituel associé sont ici comparés à d'autres structures de rituel semblables dans le Nord-Est.
La logique du lien dans l'art du « travail
aux piquants » des Amérindiens des Prairies
Marie Goyon
À partir d'une réflexion sur l'art de la broderie en piquants de porc-épic dans les Prairies canadiennes, l'auteure propose de mettre en évidence une logique du lien à l'œuvre dans cet art. Elle étudie la symbolique et la pratique de la broderie à travers le rôle des brodeuses, ouvrières et passeuses de liens entre les générations, les catégories du vivant et les catégories de la pensée. Il s'agit de mettre en évidence une perspective dynamique de la tradition, ainsi que des rôles des artistes en tant que créateurs et négociateurs des représentations sociales et cosmogoniques au sein d'une culture donnée.
Les études sur l'ethnogenèse au Canada : enjeux
et horizons de recherche pour le Québec
Louis-Pascal Rousseau
L'histoire du continent nord-américain a été marquée par le métissage à la fois généalogique et culturel des populations coloniales, amérindiennes et inuites qui s'y sont rencontrées. Ces métissages ont mené à des transformations profondes de toutes ces populations et aussi, dans certains cas, à l'émergence de nouvelles collectivités métisses (c'est-à-dire des collectivités qui se considéraient comme distinctes à la fois des colons, d'une part, et des Amérindiens ou des Inuits d'autre part). Les études sur l'ethnogenèse, qui se sont développées dans le contexte canadien il y a environ vingt-cinq ans, ont précisément pour objectif d'expliquer le processus de formation de ces nouvelles collectivités. Elles tentent d'exposer comment naissent la culture et le sentiment d'altérité identitaire qui a amené certains groupes issus du métissage à se considérer comme différents de leurs populations parentes. Cet article explique comment ont progressé les théories et les méthodologies de ces études, depuis leur tout début jusqu'à aujourd'hui, en plus de situer les défis qui se dressent sur le chemin de leur développement actuel au Québec.
Idéologie, symbolisme et rapports entre
sexes dans la construction de la personne chacobo
Lorena Córdoba
Pour les Chacobos (Panos de l'Amazonie bolivienne), être femme n'est pas un état purement « naturel » ou « physiologique » ni défini une fois pour toutes. Les femmes y accèdent seulement à travers des étapes progressives de construction et de modelage social de leur personne. Cet article examine les représentations et pratiques constituant l'« humanité » et la « personne » pour les Chacobos en général. Dans le cas des femmes en particulier, l'auteure analyse les idées et valeurs attribuées au genre féminin dans la conceptualisation de la gestation et de la procréation, ainsi que dans la représentation mythique de la sexualité, les restrictions rituelles associées à la grossesse et à la couvade, l'initiation féminine, la division sexuelle du travail, l'idéologie des rapports entre sexes, et certains des principes fondamentaux de l'organisation sociale.
Le tourisme et le développement économique
des communautés autochtones du Québec
Katia Iankova
Cet article présente un panorama du développement touristique dans les collectivités autochtones au Québec. Il révèle les particularités du tourisme en tant qu'industrie, ainsi que les opportunités, les atouts et les restrictions qu'il offre pour un développement économique. Bien que le tourisme ne puisse pas résoudre tous les problèmes économiques, il apparaît comme une possibilité attirante pour la diversification des économies autochtones et la mise en valeur de leur culture.
2005 (volume
XXXV) n° 3 - Jeunes
autochtones - Espaces et expressions d’affirmation
Modèles de transmission et innovations dans quelques réserves
Marie-Pierre
Bousquet
Les jeunes
autochtones sont souvent présentés dans le discours populaire comme étant
« pris entre deux mondes », ce qui justifie les images d'individus
« à problèmes » qu'on projette sur eux. Seraient-ils donc
biculturels ? À l'aide de discours d'Algonquins nés depuis 1970, l'article
montre l'importance des représentations spatiales, juridiques et
générationnelles dans la définition de leur identité culturelle. Entre eux et
les aînés, derniers semi-nomades, une génération assure une médiation
culturelle, celle de leurs parents qui ont vécu les transitions du pensionnat,
de la sédentarisation et qui ont créé de nouveaux modèles. Les jeunes, pour
leur part, investissent de repères l'univers de la réserve, leur lieu de
référence, et innovent pour « faire évoluer la culture ». Ainsi, ils
élaborent une culture algonquine moderne. Mais la Loi sur les Indiens crée des tensions, venant
renforcer l'illusion d'une bipartition du monde.
Musique,
tradition et parcours identitaire de jeunes Atikamekw.
La pratique du tewehikan dans un processus de
convocation culturelle
Laurent
Jérôme
À travers
l'expérience d'un groupe de joueurs de tambour de la communauté atikamekw de
Wemotaci, cet article montre comment de jeunes autochtones négocient le
changement dans un contexte social et culturel en pleine mutation. La pratique
contemporaine du tambour est révélatrice de transformations et de persistances culturelles
véhiculées par la jeunesse : valorisé dans de nombreuses communautés, le
tambour s'inscrit dans un processus plus large de convocation culturelle qui a
pris naissance dans la communauté de Wemotaci dans les années 80. À côté de la
responsabilité culturelle que cette pratique implique, les membres du groupe
revendiquent aujourd'hui une responsabilité professionnelle intervenant tout
autant dans leur expérience et dans leur représentation de ce que signifie être
jeune et atikamekw aujourd'hui. Les dispositions musicales, les lois du marché,
le respect des contrats, les négociations et les conciliations liées à la
professionnalisation se positionnent donc aux côtés des savoirs locaux
persistant dans le contexte contemporain.
Les
chansons et musiques populaires innues
Contexte,
signification et pouvoir dans les expériences sociales de jeunes Innus
Véronique
Audet
Cet article
propose une compréhension des expressions musicales populaires innues en tant
que voix - et voies - d'affirmation identitaire et de revitalisation sociale et
culturelle. Ces chansons et musiques en langue innue, inspirées des courants
country, rock, folk, pop, etc., ainsi que des traditions innues,
panamérindiennes, chrétiennes et québécoises, se pratiquent, se créent
et se renouvellent depuis la deuxième moitié du xxe siècle, accompagnant les
divers événements, mouvements et transformations souvent radicales qui ont
marqué la vie sociale et culturelle des Innus au cours de ces années. Les
jeunes contemporains, comme ceux des quelques décennies précédentes, sont les
principaux porteurs de ce mouvement d'expression, qu'ils investissent pour
participer à la vie de leurs communautés, affirmer leurs identités, leurs
expériences et leurs préoccupations, contribuant ainsi à la revitalisation du
monde et du « mode d'être » innu. La présentation de quelques chanteurs,
groupes et chansons, représentatifs de l'expression musicale des jeunes Innus
contemporains et ayant un impact significatif au sein de leur société, offre
une compréhension sensible du contexte, de la signification et du pouvoir de
ces expressions.
L'espérance
politique et économique chez les jeunes Tzeltals et Tlapanèques du Mexique
Martin Hébert
À partir de
données ethnographiques recueillies dans les États du Chiapas et du Guerrero,
cet article tente de poser quelques jalons pour ce qui pourrait être nommé une
anthropologie des images-souhaits chez les autochtones du Mexique. Dans un
contexte de crise rurale prononcée et de mobilisations particulièrement
dynamiques, l'auteur a constaté que les discours politiques et économiques des
jeunes membres des communautés visitées étaient fortement marqués par l'idée
d'un « ailleurs » ou d'un « futur » meilleurs. Quels sont
les contours de cette espérance sociopolitique complexe? Comment des
aspirations économiques et des aspirations politiques parfois cohérentes et
parfois contradictoires entre elles, viennent-elles jouer dans le processus de
mobilisation collective?
Comment
flirter avec la modernité pour conforter son identité : projet éducatif
d'une communauté métisse au Manitoba
Thibault
Martin et Brieg Capitaine
En 1994, une
école francophone était créée au sein de la communauté métisse de Saint-Laurent
(Manitoba). La création de cette école institutionnalisait la division
préexistante entre Métis francophones et Métis anglophones. Cet article propose
une analyse du projet éducatif mis au point par l'école métisse francophone.
Selon l'auteur, ce projet est à la fois culturel, destiné à préserver la langue
vernaculaire des Métis, le mitchif, mais aussi politique, destiné à redonner aux Métis la
capacité de définir eux-mêmes leur futur. Sur le plan pédagogique, le projet
scolaire tente d'intégrer savoirs modernes et savoirs autochtones et
cherche à créer des liens entre les aînés et les jeunes ainsi qu'entre
l'école et la communauté. Ses fondements théoriques et idéologiques
s'inscrivent dans un courant qui traverse aujourd'hui un certain nombre de
collectivités autochtones. La particularité du projet réside dans une alliance
stratégique entre la communauté métisse et les Franco-Manitobains, et par-delà
cette alliance, dans une tentative de relier la communauté aux réseaux globaux,
via la francophonie.
Être
jeune et maori aujourd'hui : l'université comme site de (ré)affirmation et
de coexistence
Natacha Gagné
L'université
constitue un site important d'affirmation de diverses identités maories, et
c'est là que s'expriment et se négocient les rapports aux autres, maoris et non
maoris. L'entrée à l'université, c'est l'occasion d'une confrontation directe
avec les « deux mondes », l'un occidental et l'autre maori. Plusieurs
font alors vite l'expérience de l'université comme un lieu étranger, un lieu
non maori. Cependant, l'entrée à l'université signifie aussi la rencontre de
jeunes Maoris provenant de toute la Nouvelle-Zélande. Ces rencontres sont
enthousiasmantes, mais elles peuvent aussi être stressantes et
décevantes puisque la rhétorique très politisée concernant les
« vrais » Maoris en opposition aux « faux » Maoris est très
prégnante, et plusieurs sont vite appelés à devoir justifier leur maoritude. La
transition n'est donc souvent pas facile. Pour ceux qui décident de poursuivre
leurs études, cependant, cette période de leur vie associée à leurs études
universitaires est considérée comme déterminante, et ce, autant pour leurs
engagements dans les mondes maoris que dans la société plus large. Cette
période est d'ailleurs vécue par plusieurs comme une étape charnière, celle de
la « découverte » et/ou de la (ré)affirmation de leur identité maorie
par toutes sortes de moyens, dont un attachement particulier aux lieux
distinctement maoris de l'université.
L'espérance
passe de la forêt au milieu scolaire : clivage et continuité dans les
valeurs entre générations de Dènès Tha
Jean-Guy A.
Goulet et Kim Harvey-Trigoso
Que signifie
être un jeune Dènè Tha du Nord-Ouest albertain aujourd'hui? Sur la base de
données recueillies entre 1979 et 1999, les auteurs notent un clivage important
dans les valeurs sociales et les comportements parmi les enfants dènès tha. Au
terme de l'analyse d'un ensemble de données (récits, comportements et dessins),
une conclusion s'impose : plus l'enfant en milieu scolaire participe aux
activités traditionnelles de chasse, pêche et cueillette avec des membres de sa
parentèle, plus il s'oriente dans la vie en fonction de valeurs communautaires
et plus il a une attitude positive face à la vie. Les auteurs situent ces
résultats dans le cadre d'une présentation des principes épistémologiques et
éthiques différents qui sous-tendent les pratiques éducatives autochtones et
occidentales.
Regards
croisés sur une éducation relative à l'environnement en milieu autochtone
Lucie Sauvé,
Hélène Godmaire, Marie Saint-Arnaud, Renée Brunelle et Françoise Lathoud
Comment favoriser
chez les jeunes autochtones un processus d'appropriation de leur milieu de vie
en lien avec une démarche d'affirmation identitaire et de reconstruction des
relations sociales? Cette question préoccupante est examinée ici par les
auteures dans le cadre de projets d'« éducation relative à
l'environnement », en particulier chez les Innus du Labrador et les
Algonquins de l'Abitibi-Témiscamingue. Comment l'éducation formelle, jusqu'ici
souvent aliénante, peut-elle se transformer pour accompagner les jeunes
autochtones dans la construction et l'expression d'une vision de leur monde?
Comment peut-elle devenir un creuset de clarification de leurs inquiétudes,
attentes, espoirs, désirs? Comment peut-elle légitimer et valoriser leurs voix
et contribuer à les faire entendre et reconnaître? À partir de ce
questionnement, les auteures se sont penchées sur divers écrits et propositions
éducatives (programmes, projets) ayant trait à l'« environnement » en
contexte autochtone, pour en analyser les fondements et en examiner les
stratégies. Par ailleurs, elles portent un regard attentif sur leurs propres
expériences éducatives en milieu autochtone. Ces analyses critiques ont permis
de mettre en évidence ou de confirmer des enjeux, des écueils, mais aussi des
possibilités et des voies à privilégier.
L'importance
de l'aspect relationnel dans l'auto-(re)présentation de jeunes Innus de la
communauté de Uashat mak Mani-Utenam
Karoline
Truchon
Cet article présente les
fondements de ce que l'auteure nomme « le relationnel dans la technique ». La
trentaine de jeunes Innus de Uashat mak Mani-Utenam qui ont participé à ce
projet ont principalement photographié et commenté des aspects qu'ils aimaient
de leur quotidien plutôt que d'accentuer ce qu'ils aimaient moins. Ce résultat
contraste avec les images de victimisation et de misérabilisme fréquemment
véhiculées à leur sujet dans l'espace public par les adultes autochtones et non
autochtones. Selon l'auteure, pour ces jeunes, l'acte photographique ne sert
pas à fabriquer des photos, mais à présenter les liens les unissant aux
personnes, aux objets et aux événements photographiés. L'acceptation de ce
constat amène donc à réfléchir sur les impacts d'une surabondance d'images de
souffrance des jeunes autochtones. Se pourrait-il qu'un manque d'équilibre dans
le type de représentation de leur quotidien puisse favoriser une
intériorisation de ces propos négatifs et ainsi participer au déploiement d'une
prophétie autoréalisatrice?
2005 (volume XXXV) n° 2 - La culture matérielle - Archéologie de l’échange
interculturel
Le
scalp : un objet interculturel dans le contexte colonial nord-américain
(1701-1763)
Stéphanie
Chaffray
Pendant la première moitié du xviii e siècle, le
scalp a exprimé et subi de multiples appropriations. L'objet est déjà en
lui-même une appropriation. De plus, par l'action de scalper, le guerrier prend
une partie du corps de son ennemi et se l'approprie. Par cette même action, il
réalise une appropriation symbolique car cette pratique s'inscrit dans le cadre
d'un rituel qui lui confère une valeur. De leur côté, en représentant le scalp
comme un objet barbare et comme une preuve de la sauvagerie de ceux qui le
pratiquent, les auteurs européens réalisent une autre appropriation de l'objet
par le discours. De plus, en achetant des scalps à leurs alliés amérindiens
comme preuve matérielle du meurtre d'un ennemi, les Européens s'approprient
l'objet en le payant et lui confèrent alors une valeur monétaire. Finalement,
en le pratiquant à leur tour, ainsi qu'en conservant ces objets, ils réalisent
une autre forme d'appropriation qui est, quant à elle, culturelle.
Les
relations entre soldats français et Amérindiens : la question de la traite
(1683-1763)
Arnaud
Balvay
En Louisiane et au
Pays d'en Haut, les interactions entre Amérindiens et soldats français au xviii
e siècle étaient nombreuses et multiples. Cet article étudie la nature, le rôle
et les réalités de leurs échanges matériels en utilisant les différentes
sources disponibles : documents d'archives, ouvrages imprimés ou encore
rapports de fouilles archéologiques. Après avoir énuméré les différents
produits échangés et déterminé l'utilisation qui en était faite, l'auteur aborde
la manière dont la traite était organisée. Le rôle prééminent des officiers est
mis en avant ainsi que celui, plus modeste, des soldats. Il ressort de cette
analyse qu'il existait de réelles interdépendances, qui modifient les habitudes
de chacun et qui participent à la solidarité existant entre les soldats
français et leurs voisins autochtones.
Le calumet
de paix, un objet de contacts : étude et analyse d'une pipe amérindienne
Jean-François
Dumouchel
Cet article traite
du calumet de paix, une pipe principalement utilisée dans la région du
Mississippi et des Grandes Plaines. L'étude porte principalement sur la période
entre le xvi e et le xviii e siècle. L'auteur présente le calumet de paix dans
sa relation avec le tabac et les différents acteurs et identifie ses
différentes parties, le fourneau et le tuyau. Certaines pistes de compréhension
de la symbolique de l'objet ainsi que de son usage sont examinées. L'objet est
aussi défini par ses différentes fonctions : ratification, sauf-conduit, commerce
et calumet du chef. Après avoir considéré les études sur le complexe tabagique
menées par Von Gernet et Springer, l'auteur se réfère aux relations des
jésuites ainsi qu'aux témoignages des voyageurs européens lors de l'exploration
de l'Ouest, de même qu'à des travaux d'archéologues, anthropologues et
historiens.
La matière
du rêve : matériaux, objets, arts et techniques dans les pratiques
indianophiles
Olivier
Maligne
La culture
matérielle est bien souvent ce par quoi la culture des autres est le plus facilement
appréhendée, voire instrumentalisée et réinventée. Le phénomène indianophile
illustre parfaitement cette valeur d'emblème des objets issus d'une culture
« exotique », en même temps qu'il fournit un terrain privilégié pour
l'étude des processus complexes mis en jeu dans toute tentative de définition
et de recréation d'une culture matérielle. Les indianophiles, passionnés par
les cultures des Indiens d'Amérique du Nord, mettent en oeuvre de vastes
connaissances et des compétences très spécialisées pour recréer un univers
indien qui ne soit pas seulement une représentation mais une expérience vécue.
Les « objets indiens » qu'ils façonnent et utilisent, en effet, ne
constituent pas des collections destinées à demeurer sur une étagère. Ils sont
intégrés à des réseaux complexes de circulation (marchande et non marchande) et
servent de base à des pratiques d' actualisation , pratiques par
lesquelles les indianophiles font personnellement l'expérience de l'univers
indien. Bien loin de se réduire à une alternative étroite entre
« authentique » et « imitation », l'étude de
l'indianophilie permet d'éclaircir la question des usages sociaux d'objets
porteurs d'identité, et les phénomènes de décontextualisation et de
recontextualisation sur lesquels ils reposent.
Cet article examine
comment l'organisation de l'espace muséal crée des récits culturels différents
et comment le point de vue du spectateur réarticule ces récits. L'auteur
propose une analyse structurale de l'exposition « Nous, les premières nations »
à partir de ces éléments géométriques : des axes, des cercles et des triangles.
La forme circulaire du récit autochtone est traversée par des perspectives
géométriques linéaires qui la mettent en relation dynamique avec des concepts
occidentaux tels que l'État, le marché, la mondialisation et le cyberespace. La
disposition de l'objet dans l'espace crée un sens particulier, de la même
manière que l'occupation humaine du territoire produit le récit ethnohistorique
de la communauté. La compréhension de cette géométrie culturelle fait ressortir
les enjeux politiques d'aujourd'hui en ce qui concerne les communautés
autochtones au Québec et la place de la « tradition » et de la « modernité »
dans les politiques identitaires.
En privilégiant les
sources françaises négligées dans l'historiographie sur les wampums, l'auteur
présente différents emprunts interculturels qui ont émergé des procédures
diplomatiques entourant l'échange de wampums entre Français et Amérindiens à
l'époque coloniale. Dans un deuxième temps, l'auteur examine l'état des
connaissances sur les wampums des collections muséologiques actuelles. En
effet, les wampums que l'on retrouve dans les musées québécois et canadiens
sont pour la plupart très peu documentés. Plusieurs facteurs propres à l'époque
victorienne expliqueraient ce silence, notamment le recul de la tradition orale
qui leur était rattachée, la perte de leur importance politique de même que
l'intérêt des numismates pour ces objets, dans un contexte de collecte
ethnologique particulièrement intense. Bref, en insistant sur deux aspects
moins bien connus dans la littérature, cet article met en lumière les
différentes formes et sens nouveaux qu'ont acquis les wampums au fil des
années, en fonction de ceux qui les ont possédés et qui se les sont appropriés.
Cet article vise à
reconstruire les biographies historiques des objets pour déterminer comment ces
dernières servaient à produire de la valeur et à modeler l'identité d'un groupe
dans le contexte des échanges interculturels. À partir de la biographie d'un
objet, les perles de verre et de coquillages, l'auteur éclaire leurs divers
usages dans la culture d'origine française et identifie les nouveaux usages que
leur assignait la culture réceptrice, c'est-à-dire les différents groupes
amérindiens du nord-est de l'Amérique du Nord. En suivant le mouvement des
objets dans le temps et dans l'espace, d'une culture à une autre, il analyse la
façon dont ils acquièrent de la valeur et comment cette dernière s'exprime par
l'échange. L'auteur étudie aussi les utilisations que les Amérindiens du
Nord-Est faisaient des perles de coquillages à l'époque du Sylvicole tardif (
xv e siècle) et dans les débuts de la période des premiers contacts avec les
Européens ( xvi e et xvii e siècles), afin de mieux évaluer les répercussions
du contact sur la culture réceptrice. C'est en effet durant cette période des
premiers contacts que les relations de pouvoir se négocièrent et que
l'interaction fut la plus déterminante. L'analyse repose sur deux corpus
principaux : les archives notariales et les relations de voyage d'origine
européenne, et les collections archéologiques provenant de sites de contacts
amérindiens.
Le wampum, l'un des
symboles de la culture matérielle des Amérindiens du Nord-Est, a donné lieu à
une littérature foisonnante. Anthropologues, ethnohistoriens et historiens
traditionnels se sont d'ailleurs appliqués à montrer comment ces ceintures ou
colliers sont susceptibles d'aider à définir l'interculturalité entre Européens
et Amérindiens qui a marqué la vie coloniale de la Nouvelle-France. Rares sont
ceux, cependant, qui ont souligné le rôle important que les wampums ont joué
dans l'aménagement des chapelles des missions ou dans celles des villages des
domiciliés. Pourtant, nombreux sont les documents de l'époque qui nous montrent
des décors « métissés » tentant de concilier des objets issus de la
culture amérindienne avec les tableaux, les estampes ou le mobilier liturgique
chrétien. C'est cet apport autochtone dans l'économie cultuelle et
iconographique du sanctuaire catholique qui est l'objet de la présente analyse.
Il y a fort à parier, en effet, qu'une telle recherche révèle un nouvel aspect
de cette interaction culturelle qui a été principalement définie jusqu'ici en
termes d'alliance politique, diplomatique ou économique.
2005 (volume XXXV) n° 1 - Cultures et réalités autochtones
Critique de
la démocratie libérale et des droits de l'homme : la question autochtone
Dominique
Legros
Cet article montre en quoi un libéralisme
démocratique ouvert de type 2, formule proposée par Charles Taylor et Michael
Walzer, pourrait en partie permettre la reproduction des cultures des peuples
autochtones au sein de la fédération de l'État-nation canadien. Cependant, à
partir d'exemples tirés d'une tradition autochtone canadienne, il révèle que ce
libéralisme de type 2 est quand même incapable de promouvoir certains traits
culturels amérindiens fondamentaux lorsque ceux-ci reposent sur une éthique qui
diverge de celle de la société dominante. De ce point de vue, même le
libéralisme de type 2 constitue donc, lui aussi, une entrave à la démocratie
culturelle mondiale. À ce terme, tenant compte du caractère culturel de la
moralité propre aux démocraties libérales, il démontre en quoi les droits de
l'homme, que l'on présente comme la base de toute démocratie, ne sont pas
culturellement neutres et reposent en fait sur une définition univoque de la
vie juste, définition qui à son tour conduit à l'ethnocentrisme.
Dix ans de
lutte pour l'autonomie indienne au Mexique, 1994-2004
Marie-José
Nadal
Cet article
présente les tendances idéologiques du mouvement indien mexicain, et plus
particulièrement l'apport du mouvement zapatiste à la question de l'autonomie
et de la libre détermination des peuples autochtones. Avec les zapatistes, une
nouvelle manière d'envisager la question indienne se dessine : l'articulation
de la lutte des autochtones à la lutte nationale devient principale et entraîne
la recherche d'alliances avec les autres groupes de la société. De cette
manière, les zapatistes inscrivent la question autochtone dans la réforme de
l'État et entendent jouer un rôle actif dans la construction d'une citoyenneté
plurielle radicale. Cependant la pratique de l'autonomie dans un climat de
guerre de basse intensité montre que le pluralisme radical affirmé dans le
discours a du mal à s'appliquer.
Le mythe
nahua de Sentiopil, l'Enfant-Dieu-Maïs
Alfonso
Reynoso et Taller de Tradición Oral
S'inspirant de
façon sélective de quelques éléments de l'analyse structurale lévistraussienne
des mythes, les auteurs de cet article interprètent le mythe de Sentiopil,
l'Enfant-Dieu-Maïs des Maseuals (paysans autochtones nahuas de Cuetzalan,
Sierra Norte de Puebla, Mexique). Selon eux, le mythe étudié contient un
ensemble d'éléments clés de la vision du monde maseuale. Ils comparent cet
ensemble d'éléments, d'une part, avec des éléments similaires des conceptions
des anciens Aztèques et des idées d'autres peuples nahuas du centre du Mexique
aux xvi e et xvii e siècles (l'époque classique), et, d'autre part, avec
certaines conceptions de la tradition judéo-chrétiennes du catholicisme
occidental. Un rapport étroit est ainsi établi entre les conceptions fondamentales
du mythe maseual étudié et les deux traditions, ce qui peut contribuer à la
compréhension de la nature spécifique de la religion maseuale contemporaine. La
religion spécifique des Maseuals semble se nourrir en même temps d'éléments de
la tradition religieuse mésoaméricaine et du catholicisme dans un processus de
construction créative et logiquement intégré.
Frontières
et territoires : mode de tenure des terres des Cris de l'Est dans la
région frontalière Québec/Ontario - II - Reconstruction et renouveau
Colin Scott
et James Morrison
Dans cette seconde
partie de leur article, les auteurs examinent les conséquences qu'ont eues sur
le régime foncier autochtone les mesures administratives visant à reconstruire
les populations de castors et à aligner le piégeage et la traite des fourrures
avec les intérêts fiscaux et juridictionnels des gouvernements fédéral et
provinciaux. Les chasseurs cris du bassin hydrographique baie de Hannah/rivière
Harricana souffrirent particulièrement de ces mesures, non seulement parce que
les institutions et pratiques cries concernant la tenure des terres ne se
conformaient pas aux rigidités administratives des lignes de piégeage
enregistrées par le gouvernement, mais aussi parce que les administrateurs
tentèrent de forcer le respect de cette division artificielle de leurs
territoires traditionnels qu'était la frontière provinciale. Par différents
processus de résistance et des stratégies situationnelles, les Cris furent
capables de reproduire les pratiques foncières autochtones avec, cependant, des
compromis significatifs.
Cet article montre
comment les représentations sociales élaborées par la bureaucratie
gouvernementale fédérale sont venues modeler et légitimer à la fois l'idéologie
d'intégration des Indiens à la société canadienne, la politique éducationnelle
qui la prolonge et le système d'éducation qui en est l'agent de changement.
Dans cette seconde partie, l'auteur relate comment, immédiatement après la
Seconde Guerre mondiale, le gouvernement fédéral a modifié son approche
éducationnelle pour faciliter l'intégration des générations montantes. On verra
celui-ci favoriser les rapprochements entre les enfants amérindiens et les
enfants blancs, en procédant à l'intégration des systèmes scolaires des
provinces avec celui du gouvernement fédéral destiné aux enfants amérindiens. À
partir de la fin des années 1960, la politique multiculturelle du Canada vient
largement influencer la politique indienne fédérale en matière d'éducation. Il
s'agit désormais de rapprocher l'éducation des réalités amérindiennes au même
titre que les autres communautés culturelles canadiennes en vue de renforcer la
communauté politique canadienne. Cette éducation reste toutefois immuablement à
caractère monoculturel. L'article montre enfin que, si les rapports entre les
Indiens du Canada et le gouvernement fédéral ont évolué dans la forme, ils sont
restés relativement semblables sur le fond.
Trois
facettes de la coexistence entre les populations autochtones et canadienne en
Mauricie (1870-1910)
Sylvie LeBel
Les relations entre
les Atikamekw et les colons canadiens en Mauricie entre 1870 et 1910, encore
peu étudiées, ont engendré trois phénomènes sociaux et culturels d'importance.
D'abord, une certaine forme de cohabitation existait entre les deux groupes,
des Atikamekw pouvant habiter dans les villages de colonisation pendant une
certaine période. Il y avait également du métissage entre eux, le plus souvent
des employés des postes de traite qui s'unissaient avec des femmes autochtones.
Enfin, le contact avec les autochtones a participé à la différenciation des colons
du front pionnier mauricien d'avec les gens de leur lieu d'origine, la vallée
du Saint-Laurent. Cet article montre la nécessité d'étudier ces phénomènes,
malgré les difficultés liées à l'imprécision des sources et à la fluidité du
concept de « métis » dans l'est du Canada.
© Recherches amérindiennes au Québec 2005